Données personnelles sur TikTok : quel danger pour les utilisateurs ?

Données personnelles sur TikTok : quel danger pour les utilisateurs ?

Toujours dans le viseur des autorités européennes et américaines, TikTok reconnaît que les données personnelles de ses utilisateurs peuvent être consultées par ses employés. Un aveu inquiétant quant à l'exploitation de ces précieuses informations…

L'omniprésence des réseaux sociaux dans la vie quotidienne a de quoi susciter des craintes légitimes, surtout dans le domaine de la vie privée. Il faut dire que les mastodontes d'Internet récoltent à chaque seconde une quantité phénoménale de données personnelles de leurs utilisateurs. En utilisant des plateformes comme Facebook, Instagram ou encore TikTok, il faut accepter de faire confiance aveuglément aux entreprises pour qu'elles n'exploitent pas le potentiel de ces véritables mines d'or tout en assurant leur sécurité. Et quand les tensions politiques s'en mêlent, les choses se compliquent. C'est notamment le cas pour TikTok. Depuis de nombreuses années, le réseau social à succès est suspecté de transférer les données personnelles des utilisateurs américains et européens vers sa maison mère, ByteDance, située en Chine. Et, contre toute attente, la plateforme a reconnu les faits qui lui sont reprochés dans un article de son blog officiel, à l'occasion de la mise à jour de sa politique de confidentialité pour l'Espace économique européen.

TikTok : les données personnelles des utilisateurs accessibles par des employés

Sans surprise, on apprend dans le communiqué que les données personnelles des utilisateurs européens ne sont pas stockées sur des serveurs situés sur le Vieux Continent, mais à Singapour et aux États-Unis. Il en est de même pour les données des internautes américains. Le problème, c'est que ByteDance "autorise certains employés de notre groupe situés au Brésil, au Canada, en Chine, en Israël, au Japon, en Malaisie, aux Philippines, à Singapour, en Corée du Sud et aux États-Unis à accéder, à distance, aux données des utilisateurs TikTok" – y compris de ceux résidant en Europe et aux États-Unis. La firme jure qu'il ne s'agit que d'un moyen pour contrôler les performances de ses services, comme ses algorithmes de recommandation des contenus.

Elaine Fox, responsable de la protection de la vie privée de TikTok, tente d'être rassurante, assurant que leurs "efforts sont axés sur la limitation du nombre d'employés ayant accès aux données des utilisateurs européens" et que des mesures de sécurité sont mises en place avant d'autoriser un quelconque employé à accéder à ces données, dont "une série de contrôles de sécurité et de protocoles d'approbation robustes par le biais de méthodes reconnues par le règlement général sur la protection des données (RGPD)". Enfin, le réseau social ne "collecte pas d'informations de localisation précises" et se contente d'obtenir des informations "approximatives" sur l'endroit de façon générale où se trouve l'utilisateur.

Ces déclarations jettent de l'huile sur le feu en ravivant les craintes d'ingérence de la part du gouvernement chinois. Même si ByteDance dément fermement que les données puissent être collectées par les autorités chinoises, l'entreprise est bel et bien membre de la Fédération chinoise des sociétés et de l'internet. Or, comme le précisent les statuts de cette organisation, chaque société adhérente s'engage à suivre "la voie de Xi Jinping" – l'actuel président de Chine – tout en acceptant d'être supervisée par l'administration chinoise du cyberespace – l'institution chinoise chargée de la surveillance et de la censure du web. C'est d'ailleurs pour cela que, en septembre 2021, le régulateur irlandais, qui a autorité en la matière à l'échelle de l'Union européenne, a lancé une enquête sur les transferts par TikTok de données personnelles vers la Chine.

Données personnelles en Chine : TikTok bientôt banni des États-Unis ?

Aux États-Unis, de nombreuses voix se sont de nouveau élevées pour demander l'interdiction pure et simple de TikTok sur le territoire américain. C'est notamment le cas de Brendan Carr, commissaire de la FCC (Federal Communications Commission) – l'agence américaine de régulation des télécoms–, qui s'est inquiété dans une interview donnée par Axios de la quantité de données récoltées par ByteDance et de leur utilisation potentielle, surtout pour une tentative d'interférer dans les processus politiques aux États-Unis. En effet, nombreux ont encore en mémoire les événements de Cambridge Analytica, lorsque les données récoltées par Facebook avaient permis à une organisation tierce d'influencer les opinions politiques au moment des élections présidentielles, et ce au profit de Donald Trump. Surtout qu'en ce moment, les relations sont quelque peu tendues avec la Chine... C'est pourquoi, pour Brendan Carr, il n'est possible d'avancer que par une interdiction totale de TikTok aux États-Unis.

Le commissaire de la FCC avait déjà déclaré en début d'année, devant des membres de la Chambre des représentants, que TikTok était "un outil de surveillance sophistiqué qui recueille de grandes quantités de données sensibles". Mais s'il ne possède pas le pouvoir nécessaire pour interdire la plateforme, ses propos renforcent la pression qui pèse sur le réseau social chinois, actuellement en pleine négociation avec le gouvernement de Joe Biden, qui a demandé au département américain du Commerce de mener une enquête et de produire des recommandations pour protéger les données des citoyens contre les "adversaires étrangers". Une interdiction de TikTok sur le territoire américain est-elle possible ? L'Inde est le seul pays à l'avoir déjà fait, mais ce qui est sûr, c'est que cela ne plairait pas aux 94,1 millions d'utilisateurs de l'application présents aux États-Unis.