L'Europe veut rendre les appareils mobiles plus durables

L'Europe veut rendre les appareils mobiles plus durables

Adieu l'obsolescence programmée ! La Commission européenne travaille sur un projet de loi afin de rendre les appareils mobiles plus durables, en prolongeant la durée du suivi des mises à jour et en facilitant les réparations.

Les appareils électroniques ont un impact non négligeable sur l'environnement. Une étude de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et de l'Autorité de régulation des communications électroniques (Arcep) a révélé que les écrans – téléviseurs, tablettes, smartphones, etc. – représentent 2,5 % de l'empreinte carbone en France. C'est pourquoi il est essentiel de rendre leur conception plus durable, afin d'éviter un renouvellement précoce et inutile d'équipements encore fonctionnels. C'est la fameuse obsolescence programméequi engendre la multiplication des déchets électroniques – et donc de la pollution.

La Commission européenne s'attaque à ce problème, reconnaissant que les smartphones et tablettes "sont souvent remplacés prématurément par les utilisateurs" et ne sont "pas suffisamment utilisés ou recyclés." Une situation qui a un coût en termes de ressources utilisées et en déchets. La Commission européenne estime que, si l'on portait la durée de vie de ces appareils de 2-3 ans à 5 ans, cela reviendrait à retirer jusqu'à 5 millions de voitures en circulation – les transports étant une des causes majeures de la pollution – comme le rapporte le Financial Times. Une décision qui s'inscrit dans le projet global de l'Union européenne visant à parvenir à une économie circulaire d'ici 2050 – soit éviter d'extraire des ressources qui se raréfient pour fabriquer des produits qui deviennent des déchets, mais plutôt transformer ces derniers pour fabriquer une nouvelle génération de produits.

Une mise à jour des logiciels portée à 5 ans

En premier lieu, l'Europe veut mettre en place une durée minimale pour les mises à jour logicielles. En effet, au bout d'un moment, le constructeur n'effectue plus de mises à jour du système d'exploitation (OS) ni de correctifs de sécurité. – certaines applications deviennent incompatibles et des failles de sécurité ne sont plus corrigées, ce qui expose à des risques. Une situation qui est vue comme une incitation à changer d'appareil bien avant sa fin de vie. La politique des mises à jour fournies dépend des constructeurs (voir notre fiche pratique des meilleures marques de smartphones à ce sujet) et des modèles, et, si la plupart ont fait des efforts ces dernières années, la Commission européenne ne les juge pas suffisants. Pour un appareil Android, elle veut passer à trois ans de mises à jour majeures (Android 13, 14…) et cinq ans de correctifs de sécurité. Toutes devront être déployées dans les deux à quatre mois suivant leur sortie.

 Une politique qu'applique déjà en partie Apple et Samsung – qui propose quatre ans de mises à jour Android et cinq ans de sécurité pour ses smartphones Galaxy (Z, S et Tab), et quatre ans d'Android et de sécurité pour ses autres modèles. Google, avec le lancement des Pixel 6 et 6 Pro, a augmenté la durée des correctifs de sécurité à cinq ans. En revanche, pour les autres constructeurs, cela varie énormément d'un modèle à l'autre, surtout pour les smartphones d'entrée de gamme qui sont pénalisés – avec une moyenne d'environ deux mises à jour Android et trois de sécurité.

Des éléments remplaçables plus facilement

La Commission européenne souhaite également que les fabricants et vendeurs de smartphones mettent à disposition des pièces et des services de réparation afin de faire durer les smartphones plus longtemps, en remplaçant simplement la pièce défectueuse au lieu de changer l'appareil en entier – et ainsi réduire les déchets. C'est pourquoi ils devront mettre à disposition ces pièces – batterie, appareil photo, écran, bouton, microphone, haut-parleur, charnière – et services pendant au moins cinq ans après la date à laquelle le smartphone est retiré du marché.

Quant à la batterie, elles devront soit être amovibles – comme c'était le cas avant – soit conserver au moins 83 % de leur capacité nominale après 500 cycles de charges, et 80 % après 1 000 cycles. Et il y a encore du travail pour y parvenir ! Sur son support, Apple explique qu'une batterie "normale" est conçue pour conserver jusqu'à 80 % de sa capacité d'origine au bout de 500 cycles de charge complets  – mais il propose de la changer moyennant finance. Du côté d'Android, ça dépend du constructeur. Pour Oppo/OnePlus, le batterie de certains de ses modèles, comme le Find X5 Pro, le Reno 8 ou le OnePlus 10T, conservent au moins 80 % de leur capacité après 1 600 cycles de charge – soit environ 4 ans d'utilisation. Cette volonté fait suite à la décision de l'Union européenne d'imposer la connectique USB-C sur tous les appareils en 2024 – une contrainte qui pourrait facilement s'appliquer au reste du monde, les constructeurs n'allant pas construire un modèle spécialement pour l'Europe, qui constitue un marché important.

Des mesures vraiment qui soulèvent des contestations

Ce projet de loi n'est encore qu'au tout début de son développement, surtout qu'il continue de faire l'objet de discussions – certains États, comme l'Allemagne, veulent imposer sept ans de mises à jour – et il faudra du temps avant que le vote puis son application aient lieu. Il vise surtout les smartphones d'entrée et de milieu de gamme, qui ne bénéficient pas de la même attention que les modèles premium – en même temps, mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de débourser 1 800 euros. Néanmoins, certains sont sceptiques quant à l'application et aux conséquences de telles mesures. D'une part, cela risque d'augmenter le coût des appareils puisqu'il faudra réaliser des investissements – investissements qui vont donc affecter le prix final des appareils. Ensuite, ce domaine évolue très vite, et certaines fonctions introduites par les nouvelles mises à jour du système d'exploitation pourraient ne pas fonctionner sur d'anciens produits. Idem du côté de la capacité de calcul des anciens processeurs mobiles, ce qui pourrait créer des ralentissements ou des impossibilités de fonctionner. Un projet de loi à affiner et détailler donc.

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