Sites pirates : la (précieuse) liste noire de l'Union européenne

Sites pirates : la (précieuse) liste noire de l'Union européenne

La Commission européenne vient de mettre à jour sa liste de surveillance de la contrefaçon et du piratage. Un document public qui donne en clair les noms et les adresses des sites et des services permettant de récupérer toutes sortes de contenus piratés !

Les sites donnant accès à des contenus piratés, que ce soit leur fonction première ou non, sont toujours aussi populaires. Et ce ne sont pas la multiplication des plateformes de streaming et leurs augmentations constantes de tarifs qui vont arranger les choses… Cette popularité – et ses conséquences – n'échappe évidemment pas aux autorités, qu'il s'agisse de l'Arcom ou des représentants des ayants doits qui se voient lésés de leurs revenus. Mais, qu'ils proposent des fichiers à télécharger, des contenus en streaming ou des outils de piratage, ces sites et ces services en ligne spécialisés sont aussi dans le viseur de la Commission européenne, qui vient ainsi de publier la troisième édition de sa liste de surveillance de la contrefaçon et du piratage. Si elle n'a aucune valeur juridique, celle liste cherche à encourager les opérateurs, les propriétaires, les gouvernements et les autorités à prendre les mesures appropriées. Il s'agit donc d'une forme de "pression" diplomatique permettant aussi de renforcer la coopération avec les partenaires de l'UE.

Liste des sites pirates : des noms et des adresses en clair

Le document diffusé par la vénérable institution cible des plateformes bien connues, notamment celles situées en dehors de l'Union européenne, qui facilitent, tirent profit ou se livrent ouvertement à du piratage et de la contrefaçon, portant ainsi atteinte aux droits de propriété intellectuelle. Détail étonnant, voire amusant, elle donne en clair les noms et les adresses – les URL – des sites et des services visés. Une aubaine pour ceux qui ne les connaîtraient pas : il suffit en effet de saisir leur URL dans la barre d'adresse d'un navigateur pour y accéder, en changeant si besoin les DNS par défaut (voir notre article)…

Dans cette troisième édition, on peut noter la disparition pure et simple des célèbres Bookfi.net, de cyberlocker Wi.to, de Youtubeconverter.io et du service illégal de télévision sur IP Electrotv-sat.com. D'autres sites ont également été retirés de la liste, sans que les raisons ne soient indiquées. C'est le cas pour le service de partage de fichiers 4shared et la messagerie instantanée Telegram. Et des petits nouveaux font leur entrée, soulignant l'activité incessante du milieu où les spécialisent jouent au chat et à la souris avec le autorités pour passer sous els radars et contourner les mesures de blocage...

Sites pirates : le hit parade de la Commission européenne

La liste de la Commission européenne pointe du doigt différents types de sites. Tout d'abord, on retrouve des sites d'hébergement de fichiers (aussi appelés cyberlockers) pour du téléchargement direct (DDL pour direct download), des services d'hébergement de vidéos en streaming et des services d'extraction de flux (technique dite de stream ripping,  qui permettent de récupérer des contenus audio-vidéo depuis des plateformes de streaming en les convertissant en fichiers téléchargeables). Sont également listés des sites catalogues qui hébergent des liens vers des contenus piratés, des sites d'indexation de torrents (P2P et BitTorrent), des listes contenant applications de piratage, des fournisseurs d'hébergement, des services IPTV illégaux, des réseaux sociaux et des services dits de soutien au piratage.

Cette année, on retrouve ainsi The Pirate Bay, Rarbg.to, Rutracker.org et 1337x.to, mentionnés depuis deux ans, ainsi que Uptobox.com, Rapidgator.net, Y2mate.com, Savefrom.net, Sci-Hub, Libgen et Seasonvar.ru. Des petits nouveaux se sont aussi invités, comme Fmovies.to (un portail de streaming populaire qui compte des millions d'utilisateurs réguliers), Snappea.com (qui permet de télécharger des contenus depuis YouTube), DDoS-Guard (un hébergeur accusé de soutenir des sites de piratage,) et Mega, une grande plateforme de stockage dans le cloud – qui a pris la suite du célèbre Megaupload après sa fermeture. Voici la dernière version de fameuse liste.

Sites d'hébergement de fichiers

  • Mega.nz / Mega.io
  • Uptobox.com
  • Uptostream.com
  • Rapidgator.net
  • Uploaded.net, ul.to, uploaded.to
  • Dbree.org

Services d'extraction de flux (stream ripping)

  • Y2mate.com - y2mate.com - en.y2mate.is
  • Savefrom - Savefrom.net - ssyoutube.com - sfrom.ne
  • Flvto.biz - 2conv.com
  • Snappea.com

Sites de liens

  • Fmovies.to - fmoviesto.site - fmovies.ink - fmoviesto.cc - fmoviesto.hn
  • Seasonvar.ru
  • Rlsbb.ru
  • Rezka.ag

Sites d'indexation de torrents

  • ThePirateBay.org - pirateproxy.space - thepiratebays.com
  • Rarbg.to
  • Rutracker.org
  • 1337x.to

Sites de téléchargement sans licence

  • Music-Bazaar.com - Music-Bazaar.mobi
  • Sci-hub.io - Sci-hub.tw - sci-hub.cc - sci-hub.ac - sci-hub.bz
  • Libgen.onl

Applications de piratage

  • IPTV Smarters
  • EVPAD
  • Shabakaty

Fournisseurs d'hébergement

  • DDoS-Guard.net
  • Private Layer
  • Amarutu Technology Ltd (Amarutu ou Koddos)
  • AS-Istqservers
  • Istqserverses (Istq)
  • HostPalace Web Solution PVT LTD (Host Palace)

Services IPTV sans licence

  • BIPTV.best
  • BestBuyIPTV.store
  • King365tv.com - Theking365tv.pro
  • VolkaIPTV.com

Réseaux sociaux

  • VK.com (V Kontakte)

Services de soutien au piratage

  • 2embed.ru
  • Fembed.com

Mega : une plateforme toujours suspecte

Le cas de Mega – ex-Megaupload – est un peu particulier car le site se revendique comme une entreprise respectueuse de la loi. La Commission européenne pointe toutefois dans son rapport l'absence de filtres de téléchargement et une récente décision de justice russe.  Elle explique que "les parties prenantes signalent à Mega l'absence de mesures préventives pour éviter les téléchargements de contenus illicites. Selon leurs informations, en janvier 2022, les fournisseurs d'accès à Internet en Russie ont reçu l'ordre de bloquer définitivement le site à la suite d'actions des titulaires de droits musicaux", notamment Universal Music.

Une décision qui ne plait pas du tout à Mega, surtout que le site n'a pas eu la chance de s'expliquer. "Malheureusement, la Commission n'a jamais contacté Mega pour obtenir des éclaircissements ou des commentaires, ils ont donc mal compris Mega et déformé nos opérations. Mega n'a pas eu l'occasion de corriger les malentendus ", déplore Stephen Hall à Torrentfreak. L'entreprise souligne qu'elle prend très au sérieux ses responsabilités en matière de retrait des droits d'auteur, avec la suppression de plus de 1,7 million de fichiers piratés lors des trois premiers trimestres de 2022. Il souligne également que la décision du tribunal russe citée dans le rapport a été annulée après un appel puisque "les réclamations d'Universal Music étaient fondées sur deux liens publics qui avaient été immédiatement désactivés, conformément à la procédure publiée par Mega pour traiter les réclamations de droits d'auteur signalées". Il n'est pas impossible que Mega demande à être entendu par la Commission européenne afin de se défendre. Ce ne serait pas la première fois puisque Cloudfare, cité dans une précédente version de la liste, avait réussi à la faire changer d'avis.

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