MVNO : SFR et Bouygues rachètent les opérateurs virtuels

MVNO : SFR et Bouygues rachètent les opérateurs virtuels

Bouygues Telecom et SFR se livrent à une guerre sans merci en rachetant les opérateurs virtuels (MVNO) les uns après les autres. Une concentration du marché déguisée qui n'est pas à l'avantage du consommateur.

Début mai 2022, SFR rachetait Syma Mobile, un opérateur virtuel (ou MVNO, pour Mobile Virtual Network Operator en anglais )) qui proposait des forfaits téléphoniques à bas prix. L'opérateur au logo rouge – qui appartient depuis 2014 au groupe de télécoms et de médias Altice fondé par Patrick Drahi – n'en est pas son coup d'essai : depuis 2021, il a en effet déjà acquis Prixtel, Afone et Coriolis, trois autres opérateurs virtuels. Mais SFR n'est pas le seul à puiser dans ce vivier de "croissance externe" : fin 2020, Bouygues Telecom, son concurrent le plus direct, rachetait El Telecom, la filiale télécom de Crédit Mutuel en charge de la commercialisation des offres de cinq opérateurs virtuels, à savoir Crédit Mutuel Mobile, CIC Mobile, NRJ Mobile, Auchan Telecom et Cdiscount Mobile. De fait, une guerre de fond s'est engagée entre ces "grands" opérateurs qui récupérèrent ainsi des millions d'abonnés en conservant, ou pas, certaines des marques acquises. Et en les contraignant à utiliser leur propre réseau, quand certaines, comme Syma Mobile ou Cdiscount Mobile, laissaient à leurs clients le choix du réseau à la souscription de leur abonnement. Sans le dire, à défaut du retour à trois "gros" opérateurs que certains espèrent, on assiste à une discrète mais très efficace concentration du marché qui réduit le choix des consommateurs, avant, peut-être, de changer radicalement les règles du jeu de la concurrence.

Opérateurs virtuels : la fin d'une belle époque

Lancés en 2005, bien avant les offres low-cost des opérateurs traditionnels et à un moment où ces mêmes opérateurs (Bouygues Telecom, Orange et SFR) écopaient d'une amende record de plusieurs centaines de millions d'euros pour entente sur les prix, les MVNO (opérateurs virtuels de téléphonie mobile) ont connu leur heure de gloire et longtemps proposé des forfaits qui ont pu paraître attractifs aux consommateurs. Mais ils ont depuis perdu de leur superbe. En septembre 2021, ils représentaient encore, selon l'Arcep, 6,9 millions de cartes SIM (soit 8,9% de parts de marché) contre 8,8 millions de cartes SIM (et 11,7% de parts de marché) un an plus tôt.

Que s'est-il passé? Ces opérateurs que l'on appelle virtuels car ils n'ont pas de réseau propre (un peu comme les concurrents d'EDF ou d'Engie qui sur le marché de l'électricité achètent, vendent, mais ne produisent pas d'électricité), n'ont pas survécu ou su résister aux différents coups de boutoir portés au fil des ans par les opérateurs historiques. Et bien souvent, le consommateur qui se pensait engagé auprès d'un opérateur alternatif se retrouve à devoir intégrer et souscrire aux propositions commerciales des opérateurs traditionnels.

SFR et Bouygues : des rachats de MVNO à la chaîne

Tout a commencé, peu après 2012, par un premier mouvement de consolidation marqué par l'arrivée d'un quatrième opérateur de téléphonie mobile (Free Mobile), puis par le déploiement d'offres dite low-cost (B&You, RED by SFR et Sosh) de ses trois concurrents (Bouygues Telecom, Orange et SFR). Moins compétitifs et ne bénéficiant pas toujours de la puissance de feu en termes de marketing et de communication de leurs aînés, certains MVNO se recentraient alors sur des communautés de niche (marchés professionnels, clients d'une banque ou supporters d'équipe de foot, ou les deux à la fois pour ceux désireux de faire l'acquisition d'une carte de crédit aux couleurs de leur club préféré). Cette période fut marquée de 2014 à 2016 par la disparition (c'est-à-dire par le rachat) par SFR de l'un des plus importants acteurs du marché des MVNO, Virgin Mobile. Le coup de grâce a été donné en 2020 et 2021 avec les rachats successifs par Bouygues Télécom, puis par SFR d'Euro-Information Telecom et de ses cinq marques MVNO (NRJ Mobile, Crédit Mutuel Mobile, CIC Mobile, Cdiscount Mobile et Auchan Telecom) et du groupe Afone Participations (Reglo Mobile, ex-Leclerc Mobile, Prixtel, et Coriolis).

Rachats des MVNO : un choix plus réduit pour les consommateurs

À chaque fois, ces opérations – que le consommateur ne perçoit que de loin – permettent aux opérateurs traditionnels de consolider leur base clients et donc de facto de s'emparer des millions d'abonnés (2 millions pour le seul MVNO du Crédit Mutuel) des opérateurs virtuels rachetés. Scénario classique en la matière, pour les clients l'heure est souvent à la recommandation appuyée. Ainsi dans le cas du rachat de CIC Mobile et de Crédit Mutuel Mobile se souvient-on que le site Web des opérateurs est devenu inaccessible, que Bouygues Telecom a rapidement annoncé la fin de la commercialisation des offres dédiées (CIC Mobile et Crédit Mutuel Mobile proposant des forfaits Bouygues) : une manière diplomatique, mais ferme, de rediriger des clients vers un autre opérateur que celui auprès duquel ils avaient souscrit antérieurement.

Aujourd'hui, si le marché des MVNO n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut, quelques opérateurs virtuels surnagent toujours. Mais pour combien de temps encore ? À l'instar de La Poste Mobile qui, via ses 9 300 points de contact (5 000 agences postales communales et 4300 relais-Poste gérés par des commerçants) et bénéficiant du réseau SFR peut se targuer d'avoir 1,95 million d'abonnés. Ou de CTExcel, le MVNO de China Telecom (le plus gros opérateur mondial qui en France utilise le réseau Orange) qui vient de lancer au début de l'année 2022 deux forfaits post-payés avec (80 Go ou 200 Go de datas en France métropolitaine), appels et SMS illimités en France…et appels illimités vers la Chine.

Difficile de dire aujourd'hui à quoi ressemblera le marché de la téléphonie mobile dans quelques mois ou années. Verra-t-on une ultime concentration avec seulement trois "maxi opérateurs", une fois que Bouygues et SFR auront atteint des tailles critiques et que Free Mobile aura été englouti ? Quelle sera la politique tarifaire des opérateurs une fois tous les MVNO absorbés ? Trouvera-t-on encore des offres à bas prix, sans engagement, avec des promotions perpétuelles pour attirer toujours plus de clients, comme c'est le cas actuellement ? Une choise semble sure : le consommateur sera perdant, avec un choix réduit et des règles dictées par des mastodontes.