Wish : pourquoi la plateforme est bien interdite en France

Wish : pourquoi la plateforme est bien interdite en France

Wish n'est pas prêt de se réimplanter en France ! Le Conseil constitutionnel vient de valider les sanctions prononcées à l'encontre de la plateforme d'e-commerce qui n'apparaitra plus dans les moteurs de recherche ni dans les magasins d'applications.

Wish ne reviendra pas sur les moteurs de recherche et dans les magasins d'applications mobiles – le Play Store et l'App Store – en France ! Le Conseil constitutionnel a validé, le vendredi 21 octobre, les sanctions imposées à la plateforme d'e-commerce par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) en 2021. À l'époque, Wish avait tenté un recours auprès du tribunal administratif de Paris qui avait échoué. Ses avocats avaient ensuite déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) auprès du Conseil constitutionnel se fondant sur la liberté d'expression et la liberté d'entreprendre, Conseil qui vient de confirmer la sentence, en soulignant que ces sanctions ont pour but de "renforcer la protection des consommateurs et assurer la loyauté des transactions commerciales en ligne"et "poursui[vent] un objectif d'intérêt général", et que le site propose bel et bien des articles interdits par la loi. La sentence est donc irrévocable et écarte définitivement Wish du marché français.

Pour rappel, la plateforme de e-commerce américaine était accusée par les autorités de proposer à la vente des articles dangereux, non conformes aux normes européennes et, surtout, de n'avoir rien fait pour remédier à cette situation. C'était la deuxième fois que Wish – et par extension la société ContextLogic Inc. qui exploite cette marketplace – s'attirait les foudres de la DGCCRF. À la fin de l'année 2020, la plateforme avait déjà été ciblée par une enquête concernant des "annonces de réduction de prix trompeuses et à la mise en avant frauduleuse de produits de marques notoires non disponibles" sur le site et l'application Wish. Pour l'anecdote, après avoir notifié la plateforme de la présence de ces produits illicites, la DGCCRF avait constaté que, même une fois retirés, ils réapparaissaient souvent sur Wish… sous un autre nom ! La DGCCRF avait alors transmis le résultat de ses investigations au Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris.

Wish : des produits non conformes et dangereux

La plateforme de e-commerce Wish est surtout connue pour vendre des produits à des prix défiant toute concurrence. C'est bien simple, presque tout est fait en Chine. Forcément, cela s'en ressent sur la qualité. Les photos ne sont pas représentatives, les articles ne sont pas aux bonnes dimensions, les matériaux ne sont pas ceux indiqués, les commandes sont livrées au bout de longues semaines, les arnaques sont nombreuses… Le scandale "Bestdeeal9", révélé par le New York Times, en a été le parfait exemple : 213 000 clients avaient été arnaqués par un même vendeur sans que son signalement ne pose problème à la société. Mais le vrai et gros soucis est que de nombreux produits qui y sont vendus sont dangereux.

En effet, Wish a été épinglé dans le cadre d'une enquête que la DGCCRF réalise chaque année sur la conformité et la sécurité des produits vendus sur les places de marchés et les plateformes en ligne – un marché dont le chiffre d'affaires a dépassé les 112 milliards d'euros en France en 2020. "L'enquête menée en 2020, renouvelant deux enquêtes similaires de 2018 et 2019, a de nouveau mis en lumière des niveaux de manquements élevés. Ainsi, en 2020, pour 129 tests de produits effectués, plus de 60 % étaient en anomalie (28 % non-conformes et 32 % non-conformes et dangereux)", relélait la DGCCRF. Dans le cas de Wish, sur les 140 produits mis en vente sur la marketplace et analysés par le SCL (Service commun des laboratoires) à la demande de la DGCCRF, 90 % des appareils électriques analysés étaient considérés comme dangereux, tout comme 62 % des bijoux fantaisie et 45 % des jouets. En pratique, "certains jouets étaient fabriqués avec de petits éléments qui se détachaient trop facilement, au risque d'être ingérés et d'entraîner la suffocation des touts petits", précise le ministère de l'Économie, cité par Le Parisien. Même constat sur les appareils électriques dont 95 % étaient non conformes, avec 90 % de produits risqués. Exemple : la guirlande électrique de Noël, capable d'embraser le sapin de Noël… et de mettre le feu à des habitations.

L'administration a donc enjoint Wish de se mettre en conformité et estimant n'avoir pas reçu en retour de "réponse satisfaisante" a décidé d'opter pour la manière forte en imposant un déréférencement du site Web par les moteurs de recherche (Google, Bing, DuckDuckGo, Ecosia, Qwant…) et de l'application Wish pour les plateformes de téléchargement d'applications (AppStore, Google Play Store…). Cette décision pourrait toutefois être annulée dans l'hypothèse où Wish choisirait de se mettre en conformité avec la loi français et de respecter les normes de sécurité et de qualité européennes.

Wish interdit : un avertissement aux plateformes d'e-commerce

"Il n'y a pas de raison de tolérer en ligne ce que nous n'acceptons pas dans les commerces physiques", avait à l'époque déclaré Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, qui avait été interrogé par le quotidien Le Parisien. "Ces acteurs bafouent la réglementation sur la sécurité des produits. C'est inacceptable", poursuivait le ministre dans un communiqué. Toutefois – et c'est l'un des paradoxes de la décision prise par la DGCCRF – l'accès au site Wish demeure possible en rentrant directement l'URL. Et les néophytes en quête de sensations – et de petits prix – peuvent également continuer à trouver, à leurs risques et périls, le site sur les moteurs de recherche actifs hors de France, en utilisant un simple VPN et en sélectionnant un serveur-relai situé à l'étranger. Toutefois, la sanction prise par la DGCCRF a déjà considérablement réduit son activité. D'après la Fédération d'e-commerce et de vente à distance, interrogée par Le Monde, Wish était le huitième site marchand le plus fréquenté en France en 2020. En 2022, il ne figure même plus dans le Top 20. Son action en bourse est passée de 24 dollars à sa cotation en 2020 à seulement 2 dollars en juillet 2022. Les responsables de l'entreprise sont bien conscients du gros point faible de leur plateforme puisqu'ils ont reconnu, dans leur dossier d'introduction en Bourse, que leur réputation "pourrait souffrir si nos marchands recourent à des pratiques non éthiques ou illégales, comme la vente de produits frauduleux ou contrefaits". La dégringolade a cependant commencé avant les sanctions de la DGCCRF, du fait de la mauvaise réputation acquise par la plateforme auprès des consommateurs.

La décision de la DGCCRF est un sérieux avertissement adressé à d'autres acteurs de marché en ligne – comme AliExpress, Joom, Amazon MarketPlace… – qui ne brillent pas toujours par l'excellence des produits proposés à la vente. Le 15 octobre 2021, la DGCCRF indiquait ainsi que, concernant l'édition 2020 de son enquête sur les produits vendus en marketplaces, sur les tests de produits effectués, plus de 60 % étaient en anomalie – 28 % non-conformes et 32 % non-conformes et dangereux. Comme le soulignait, Capital, le magazine de la chaîne M6, dans une émission diffusée le 15 septembre 2019, beaucoup des marketplaces – aujourd'hui dans le viseur de la DGCCRF – ont choisi, pour s'imposer et rester compétitives, d'appliquer une formule magique : elles se contentent de mettre en relation des fabricants et des clients. Elles proposent en grande majorité des produits "made in China" à des prix défiant toute concurrence ; elles n'ont pas de stocks, pas de frais de logistique ni de livraison… Mais tout cela a un coût, le plus souvent payé au prix fort par le consommateur.

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