L'Europe veut imposer un chargeur universel en USB-C

L'Europe veut imposer un chargeur universel en USB-C

CHARGEUR USB-C. Afin de limiter les déchets électroniques, la Commission européenne prévoit d'imposer l'utilisation de chargeurs au format USB-C pour la plupart des appareils mobiles. Une initiative ambitieuse, mais qui ne fait pas l'unanimité.

C'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées. Après une première tentative en 2009 qui s'était traduite par la signature avec les constructeurs d'appareils électroniques pour favoriser l'adoption du Micro USB, la Commission européenne souhaite toujours permettre à l'ensemble des consommateurs européens d'utiliser un seul et même chargeur pour la plupart de leurs appareils électroniques mobiles (smartphones, tablettes, casques audio, appareils photo numériques, enceintes, consoles de jeux…). Un chargeur universel avec une prise au format USB Type-C (aussi appelé USB-C tout court) que les fabricants devront proposer sur l'ensemble des produits concernés. Un texte allant dans ce sens a été présenté le 23 septembre dernier. Il s'agit d'un projet de révision de la directive sur la mise à disposition sur le marché des équipements radioélectriques. Une fois le projet adopté, les constructeurs auront deux ans pour éliminer les ports actuels comme le Micro USB ou le Lightning et équiper leurs produits de prises USB-C pour s'adapter au nouveau format et accepter les chargeurs universels. Un délai raisonnable pour cette évolution importante, compte tenu des conséquences qu'elle entraîne sur les lignes de production des industriels.

Limiter la multiplication des déchets électroniques

Le but de la Commission européenne est double : d'une part, éviter aux utilisateurs de devoir jongler avec de multiples chargeurs, comme c'est souvent le cas ; de l'autre, limiter la multiplication des déchets électroniques, en évitant l'immense gâchis de ressources (métaux, terres rares, etc.) qui accompagne la transformation numérique de la société, en particulier avec les appareils mobiles.   

En pratique, cette initiative ne sera définitivement adoptée qu'une fois négociée par le Parlement européen et après avoir obtenu l'aval du Conseil européen, où siègent les chefs d'État et de gouvernement des 27 États membres. "Notre projet va dans le sens des consommateurs et celui de l'environnement, tout en préservant l'innovation. C'est l'illustration de l'Europe concrète, qui agit en faveur de ses citoyens et du climat", s'est félicité Thierry Breton, le commissaire au marché intérieur, cité par Le Monde.

"Cela fait suffisamment longtemps que les consommateurs européens sont agacés par l'accumulation de chargeurs incompatibles dans leurs tiroirs. Nous avons donné au secteur tout le temps nécessaire pour qu'il propose ses propres solutions, mais le temps est désormais venu de prendre des mesures législatives en faveur d'un chargeur universel. Il s'agit d'un gain important pour nos consommateurs et notre environnement, conforme à nos ambitions écologiques et numériques", a expliqué Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence, dans un communiqué. L'objectif, ambitieux, est de contraindre les fabricants de smartphones, de tablettes, de consoles de jeux, d'enceintes portables et autres caméras numériques à équiper leurs appareils d'un port de charge USB Type-C et de les obliger à vendre aussi leurs appareils sans chargeur. Aujourd'hui, le port USB-C est déjà présent sur la plupart des smartphones fonctionnant sous Android (à commencer par les téléphones récents de marques comme Samsung, Xiaomi ou Huawei).

Les ordinateurs portables et la recharge par induction ne sont pas concernés

Le projet de directive présenté par la Commission de Bruxelles comporte toutefois deux exceptions notables : il ne concerne pas les ordinateurs portables (même si certains modèles récents se rechargent très via des adaptateurs USB-C…) ni les appareils qui se rechargent uniquement par induction, avec des technologies sans fil. Les fabricants de ces produits ne seront donc pas obligés de les livrer avec un câble USB Type-C, ni d'y intégrer un mode de recharge par USB Type-C.

Par ailleurs, la Commission européenne souhaite également pousser à l'adoption d'un standard de recharge rapide par tous les constructeurs. Pour certains spécialistes, l'USB Power Delivery, avec a priori un minimum de 20 watts, devrait être la norme. Le problème, c'est que les technologies de recharge rapide sont plus complexes que les systèmes de recharge "simple", et qu'elles s'appuient sur des composants et des logiciels spécifiques, souvent propres aux constructeurs et parfois à certains modèles, notamment pour éviter d'endommager la batteries et les autres composants des appareils par une surchauffe. 

Apple récalcitrant au format USB-C 

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Ce projet de révision de directive européenne ne fait pas les affaires de l'un des grands noms de l'électronique grand public, à savoir Apple dont les iPhone se rechargent aujourd'hui non sur des ports Lightning. L'Américain est vent debout contre ce texte. "Cette réglementation étoufferait l'innovation au lieu de l'encourager et nuirait aux consommateurs en Europe et dans le monde", explique Apple. "Nous continuons à craindre qu'une régulation stricte imposant un type de connecteur n'étouffe l'innovation au lieu de l'encourager, ce qui nuira finalement aux consommateurs en Europe et à travers le monde", poursuit le groupe américain cité par l'agence Reuters. "Plus d'un milliard d'appareils Apple intègrent un connecteur Lightning. Nous voulons être sûrs que la nouvelle législation ne causera pas d'envoi de câbles inutiles, et ne rendra pas ces appareils obsolètes", insiste le constructeur. Que l'on se rassure, le constructeur aura le temps, comme les autres, de s'adapter à la nouvelle législation et d'adopter ce standard, déjà largement répandu dans le monde Android. Et, pour les anciens appareils, il sera toujours possible d'utiliser des adaptateurs Lightning-USB-C que l'on trouve pour quelques euros chez de nombreux revendeurs.