Téléchargement et streaming illégal : les nouvelles astuces

Téléchargement et streaming illégal : les nouvelles astuces

Alors que le partage en peer-to-peer est délaissé, le téléchargement en direct download et le visionnage en streaming de contenus piratés gagnent en popularité, grâce aux réseaux sociaux et aux messageries instantanées.

Le téléchargement de torrents n'a pas plus la cote. Alors qu'elle est était très prisée il y a encore une dizaine d'années, cette technique de partage de fichiers en peer-to-peer (P2P pour les intimes ou pair-à-pair en français) n'a plus les faveurs des amateurs de contenus piratés. Il faut dire que sous la pression des ayants droit, l'Hadopi – qui a récemment fusionné avec le CSA pour devenir l'Arcom – a mené une longue bataille pour bloquer les sites proposant des liens de téléchargement tout en traquant les gros consommateurs à grands renforts d'avertissements et, parfois, de sanctions.

Désormais, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique se concentre sur d'autres cibles et techniques, en particulier sur l'IPTV et le streaming illégal, comme en témoigne le récent blocage de sites pirates imposé aux fournisseurs d'accès à Internet (FAI) par le régulateur. Une mesure réclamée – et acclamée – par les chaînes TV spécialisées dans le sport, qui se voyaient privés des revenus substantiels générés par ce spectacle populaire et qui augure une lutte sans pitié contre les diffuseurs "alternatifs". Mais, comme souvent,  les pirates ont plusieurs longueurs d'avance sur les autorités, et il existe toujours de nombreux moyens pour contourner les blocages et profiter illégalement de toutes sortes de contenus, aussi bien en téléchargement qu'en streaming. Et, le plus étonnant, c'est que beaucoup les partagent – souvent naïvement – sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées…

Direct Download : le téléchargement facile

L'une des techniques les plus prisées par les amateurs de contenus piratés reste le Direct Download. Cette technique de téléchargement direct permet en effet de récupérer facilement des fichiers complets – pesant parfois plusieurs giga-octets – sur des services de dépôt (comme Uploaded, Rapidgator, 1fichier.com, Turbobit, etc.) à des vitesses variables. À condition, bien entendu, d'avoir les liens correspondants. Et c'est justement ce que proposent des sites de référencement. Le plus connu en France a longtemps été Zone Téléchargement, qui était même devenu l'un des sites les plus populaires dans l'Hexagone. Mais il en existe beaucoup d'autres, comme WawaCity, Libertyland, Zone-Annuaire, Free-Telecharger, Zone-Mania ou DownMagaz.

Tous fonctionnent peu ou prou sur le même principe. Stricto senso, ces plateformes n'hébergent aucun fichier protégé par des droits d'auteur. Mais elles fournissent tous les moyens pour se procurer des films, des albums de musique, des jeux vidéo, des logiciels, des livres ou des magazines en proposant des liens pour les récupérer sur des services de téléchargement direct – ou pour regarder des vidéos en streaming. La plupart font preuve de beaucoup d'application, en affichant les pochettes et les affiches originales, avec un descriptif complet (synopsis, distribution, etc.) voire en donnant des liens vers des sites officiels comme AlloCiné dans le cas de films et des séries !  Et même s'il faut jongler avec des pages de publicité souvent douteuses et des captchas, l'opération s'avère assez simple, y compris pour des non initiés – ce qui n'est pas le cas de certaines méthodes de téléchargement, réservées à des experts – et quelques minutes suffisent généralement pour récupérer un film du box office en qualité standard, un jeu à la mode ou le journal du jour, sans rien payer, évidemment… Bref, des sortes de supermarchés sans caisse.

Seulement, voilà : le plus difficile n'est pas de les utiliser, mais de les trouver. Car pour échapper aux poursuites judiciaires, aux mesures de déréférencement des moteurs de recherche comme Google et aux blocages des FAI, les sites de téléchargement illégal sont désormais contraints de déménager régulièrement. Et alors qu'elles avaient pratiquement pignon sur rue il y a encore quelques années, ces plateformes jouent désormais à cache-cache sur le Web, en changeant fréquemment d'URL. Et beaucoup doivent faire face à l'apparition de clones plus ou moins bien réalisés qui profitent de leur "notoriété" pour attirer les amateurs de contenus piratés : une guerre des clones qui participe à la confusion générale, s'ajoutant aux changements d'adresse perpétuels et aux risques encourus en termes de sécurité, et incitant nombre d'utilisateurs à se tourner vers des solutions payantes mais légales et sûres. Et pour éviter de voir leurs fidèles fuir, ces sites n'hésitent pas à orienter vers des pages annexes où elles référencent leurs nouvelles URL tout en signalant les – vilains – copieurs qui usurpent leur nom et en indiquant les méthodes pour échapper aux blocages et aux radars. Certains vont même à indiquer leur page Facebook !

Streaming gratuit : des services en accès libre

Si le téléchargement a toujours ses adeptes, beaucoup préfèrent aujourd'hui se tourner vers le streaming pour regarder des vidéos en direct, sans les stocker. Il faut dire que le déploiement du très haut débit – fibre optique, 4G et 5G – favorise cette pratique de consommation instantanée, tout comme le développement des services de SVOD légaux, tels Netflix, Disney+ ou Amazon Prime Video, désormais bien entrés dans les mœurs. Et là encore, malgré les efforts des moteurs de recherche, des ayants droits, des FAI et des autorités de régulation, les plateformes illégales pullulent. Sans même parler des sites étrangers, il existe des dizaines de plateformes en accès libre proposant des séries et des films en streaming gratuit, en français comme en VOST (version originale sous-titrée), tels 01streaming, HDSS, Streamdeouf, French-Stream, Wiflix, Coflix, Filmcomplet, CPasMal, FilmsRip, VoirSeries, Cinezzz, DuStreaming, Serie.zone, Papdustream ou encore VostFree pour n'en citer qu'une poignée. 

Réalisés souvent de façon artisanale, tous ces sites permettent de regarder facilement des films et des séries directement dans un navigateur Web,  sans nécessiter d'installation de logiciel ni d'inscription. Pour les amateurs de la pratique, leur utilisation est enfantine. Sauf que ces plateformes parfaitement illégales souffrent des mêmes problèmes que les "services" de téléchargement direct : elles doivent elles aussi changer régulièrement d'adresse pour contourner les blocages et les déréférecements, tout en luttant contre la multiplication des clones sauvages et autres imitations. Là encore, c'est la guerre "fratricide", et un parcours du combattant pour les utilisateurs.  

Blogs, réseaux sociaux, messageries… Les pistes pour trouver les sites pirates

Parallèlement à la multiplication de ces sites, une communication souterraine s'est développée au fil des ans pour aider les amateurs de téléchargement pirate et de streaming gratuit à suivre ou à retrouver leurs plateformes préférées et à en découvrir de nouvelles. En plus de sites personnels, des blogs et des forums qui recensent ces services illégaux,  de nouvelles méthodes apparaissent depuis quelques temps pour faire leur promotion sur les réseaux sociaux et les messageries. Sur TikTok, on voit de plus en plus de vidéos – généralement réalisées par des adolescents enthousiastes et inconscients – qui n'hésitent pas à montrer comment regarder gratuitement des films et des séries en streaming "gratuit". Sur Discord, ce sont des salons de discussion très spécialisés qui donnent les adresses des sites. Et sur Telegram, la messagerie préférée des trafiquants en tout genre, il suffit de lancer une recherche avec quelques mots clés bien choisis pour trouver des sources. Même sans aller jusqu'à cet outil particulier, une requête dans Google avec des termes comme BDrip, HDrip, 1080p ou VOSTF donne déjà de nombreuses pistes, en dépit des mesures prises par le moteur de recherche… 

Que ce soit grâce à TikTok, Discord ou Google, on tombe ainsi assez facilement sur des sites qui proposent des contenus piratés en téléchargement ou en streaming, certains faisant même office de catalogues avec des outils de recherche et des classements par genre, par année, par plateforme d'origine (séries Netflix ou Amazon Prime Video, films Marvel ou Disney, etc.). Beaucoup fournissent de multiples sources, pour basculer sur un autre site quand l'un ne fonctionne plus, voire des listes de liens dans des feuilles de calcul Google Sheets. Certains salons spécialisés sur Discord, pourtant récents, comptent déjà des dizaines de milliers de membres, ce qui montre l'ampleur et la popularité du phénomène. Et il ne faut parfois que quelques secondes pour télécharger un épisode de série et le regarder sur un smartphone. Certes, il faut souvent se battre contre les innombrables fenêtres de publicités qui envahissent l'écran, passer des captchas et éviter les téléchargements douteux – et trompeurs – qui peuvent installer des malwares, mais les manipulations restent assez simples, à la portée des novices et des plus jeunes. Et le tout, aux yeux de tous, en parfaite illégalité. 

VPN et DNS : les techniques pour contourner les blocages

Au-delà de la recherche d'adresses valables, le problème qui se pose souvent vient des différents blocages mis en place par les FAI, quand ils ont été saisis par les autorités. Et du risque de se faire repérer par les autorités. Qu'à cela ne tienne : la plupart des sites illégaux indiquent la marche à suivre pour contourner les limitations et la surveillance, notamment en changeant de DNS et en installant un VPN. Des techniques simples et parfaitement légales, elles, qui permettent aux amateurs de profiter de contenus piratés en toute tranquillité. Les éditeurs de VPN ne s'y sont d'ailleurs pas trompés, en soulignant discrètement ces avantages – bien réels – dans leur communication.   

La question se pose alors sur l'efficacité des moyens mis en place et des mesures prises  par des organismes comme l'Arcom pour lutter contre ce "sport", surtout quand on voit comment il est promu sur des réseaux sociaux très grand public. Ainsi, même s'il est symboliquement fort, le récent blocage d'une trentaine de sites de streaming qui diffusent du sport en streaming n'empêche nullement d'y accéder en France, en changeant de serveur DNS ou en passant par un VPN. Entre la facilité d'utilisation, les augmentations de prix qui se profilent chez certains fournisseurs de SVOD et les innombrables voies détournées pour accéder aux sites pirates, il n'est pas certain que la pratique cesse de sitôt…

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