Licenciements chez Meta : la fin de l'âge d'or pour Zuckerberg ?

Licenciements chez Meta : la fin de l'âge d'or pour Zuckerberg ?

Les beaux jours sont finis pour Mark Zukerberg ! Meta subit le contrecoup d'une série de mauvaises décisions et doit licencier 11 000 employés. Une première pour l'entreprise qui n'abandonne pas pour autant son obsession du métaverse...

" Aujourd'hui, je partage avec vous certains des changements les plus difficiles que nous ayons apportés dans l'histoire de Meta ." C'est ainsi que Mark Zuckerberg débute son message à destination de l'ensemble des salariés de Meta, le groupe derrière Facebook, WhatsApp, Messenger et Instagram. L'entreprise s'apprête à procéder à un licenciement massif, résultat de la chute fracassante de sa capitalisation boursière depuis début 2022 et de ses résultats financiers désastreux. En effet, elle avait annoncé fin mars un chiffre d'affaires de 27,71 milliards de dollars, soit un recul de 4 % sur un an. Quant au bénéfice net, il a été réduit à 4,40 milliards de dollars, soit une baisse de 52 % par rapport au troisième trimestre de 2021 ! Du côté de la bourse, l'action de Meta a chuté de plus de 70 % en 2022, passant de 1 000 milliards de dollars à moins de 350 milliards. Bref, tous les indicateurs sont dans le rouge... Mark Zuckerberg avait à l'époque essayé de relativiser, déclarant que "nous affrontons un environnement macroéconomique instable, une concurrence accrue, des problèmes de ciblage publicitaire et des coûts en hausse pour nos investissements à  long terme, mais je dois dire que nos produits ont l'air de s'en sortir mieux que certains commentaires ne le prétendent ." Depuis, le patron de Meta a changé de discours, avouant avoir fait plusieurs erreurs et être responsable de la situation. Cet épisode marque un tournant dans l'histoire du groupe, qui se dirige vers un avenir plein de turbulences...

Licenciements chez Meta : le résultat de mauvaises prévisions

Si, fin octobre, Meta avait sous-entendu étudier un possible licenciement de 10 % de ses effectifs, il semblerait que la situation soit pire que prévu. Ce mercredi 9 novembre, la frime a annoncé le départ forcé de 13 % de ses employés, soit 11 000 personnes dans le monde. Ceux qui sont touchés recevront 16 semaines de salaire au minimum en guise d'indemnités de départ et leurs congés payés non pris seront remboursés. Ils bénéficieront également d'une prise en charge des coûts des soins de santé pendant six mois, d'un accompagnement de trois mois pour retrouver du travail et d'une aide administrative pour les travailleurs immigrés qui vont devoir renouveler leur visa. Des mesures sociales qui devraient les aider à faire passer la pilule...

C'est une grande première dans l'histoire du groupe Meta – anciennement Facebook – qui comptait plus de 87 000 employés fin septembre et profitait d'une augmentation progressive de son personnel depuis sa création en 2004. L'entreprise avait notamment embauché de nombreuses personnes – trop – durant la pandémie, persuadée que sa croissance allait perdurer. Avec les confinements successifs liés au Covid-19, le e-commerce a connu un fort essor et Internet a pris une place encore plus importante dans la vie quotidienne. De nombreux experts estimaient alors que cette croissance se maintiendrait une fois la situation revenue à la normale, et Mark Zuckerberg a décidé d'augmenter ses effectifs de façon importante. 27 000 personnes ont ainsi été embauchées entre 2020 et 2021, et 15 344 autres sont arrivées en 2022. Et c'est sans compter l'augmentation des investissements au même moment.

Le patron de Meta a pêché d'une vision trop optimiste puisque, une fois la pandémie passée, les différents secteurs sont revenus à la normale. En plus, l'entreprise a souffert du "ralentissement macroéconomique, l'intensification de la concurrence et la perte de publicités", qu'il pointe du doigt dans sa déclaration. En plus, tout ne s'est pas bien passé du côté de ses réseaux sociaux, qui ont fait face à la concurrence acharnée de TikTok et l'obligation de la part d'Apple de laisser le choix à ses utilisateurs d'accepter ou non le suivi de leurs appareils – sans surprise, beaucoup refusent –, et ont donc vu leur capacité à cibler les publicités réduite – ce qui a, de fil en aiguille, effrayé les investisseurs. Résultat : les revenus se sont avérés bien inférieurs à ce qui avait été estimé. Mark Zuckerberg affirme vouloir "assumer la responsabilité de ces décisions et de la façon dont nous en sommes arrivés là ".

Projet Métaverse : un gouffre financier qui peine à convaincre

L'autre gros problème auquel doit faire face Meta est le développement du métaverse – ou metavers, selon les versions – qui, alors qu'il est annoncé comme étant une véritable révolution, se révèle être un véritable gouffre financier. La division Reality Labs, qui s'occupe de son développement, perd plus de deux milliards de dollars chaque trimestre,  diminuant sérieusement la trésorerie de l'entreprise. Horizon Worlds n'arrive pas à séduire les internautes, même les employés de l'entreprise ne l'utilisent pas – à tel point qu'ils sont  fini par être obligés d'y aller au moins une fois par semaine. Au final, le monde numérique fait plutôt figure de désert, avec moins de 200 000 utilisateurs actifs mensuels. En général, ils finissent par ne plus y venir au bout d'un mois à cause de la présence de nombreux bugs, de problèmes de stabilité et de l'absence d'internautes avec qui interagir. C'est un cercle vicieux : Horizon Worlds perd des utilisateurs car il en manque, ce qui lui en fait perdre encore plus, et ainsi de suite. Le fait que l'accès au métaverse – qui est actuellement disponible au Canada, aux États-Unis, en France, en Espagne et au Royaume-Uni– soit si restreint, puisque seules les personnes ayant en leur possession un casque de réalité virtuelle peuvent s'y rendre, n'aide certainement pas. Et ce n'est certainement pas le nouveau modèle de l'entreprise, le Meta Quest Pro, qui risque d'y remédier vu son prix ! Pour séduire plus de personnes, la firme a prévu de lancer une version web sur navigateur et une application pour smartphone. Elle a toutefois dû reporter les nouveautés à ajouter – qui sont pourtant très attendues – afin de se concentrer sur la résolution des bugs, et a annulé plusieurs objets destinés à populariser le métaverse, comme ses premières lunettes connectées pour la réalité augmentée.

© Meta

Cette obsession du métaverse et les investissements colossaux qu'il nécessite ne convainquent pas les investisseurs. "En même temps que Meta a augmenté ses dépenses, vous avez perdu la confiance des investisseurs", estime Brad Gerstner, un important actionnaire du groupe, dans une lettre ouverte adressée à la firme. Mais celle-ci semble vraiment déterminée à investir dedans envers et contre tout. En effet, Mark Zunkerberg a affirmé dans son communiqué vouloir concentrer les efforts du groupe sur "un plus petit nombre de domaines de croissance hautement prioritaires, comme nos recherches en IA, nos publicités et nos plateformes commerciales et notre vision à long terme du métaverse." D'ailleurs, il envisagerait d'accélérer les investissements de Reality Labs, qui ne prévoit pas être rentable avant au moins 2030, afin de privilégier sa vision sur le long terme à laquelle il croit fortement. Un pari qui s'annonce très risqué, surtout avec l'inflation croissante, la crise énergétique et le réchauffement climatique qui nécessitent plus que jamais de repenser notre rapport à la consommation ...

Les temps s'annoncent durs, mais pas uniquement pour Meta. C'est tout le monde de la tech qui semble touché. Avec son rachat par Elon Musk, Twitter s'apprête à perdre 50 % de ses effectifs, si ce n'est plus. De même, Snap, la maison mère de Snapchat, a déclaré qu'elle allait réduire son personnel de 20 %, soit environ 1 000 employés. Idem pour la société de logiciels d'entreprise Salesforce, qui a commencé à se séparer de certains de ses employés cette semaine. De leur côté, Amazon a gelé les embauches, la société de paiement en ligne Stripe a  supprimé 14 % de ses effectifs, et le concurrent d'Uber, Lyft, s'est délesté de 13 % de ses salariés. Les acteurs de la tech sont vraiment entrés dans une période de crise : reste à savoir comment elle se traduira pour les consommateurs et les utilisateurs…

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