Voici à quoi ressemblera Aluminium OS, la fusion d'Android et de ChromeOS pour PC

Voici à quoi ressemblera Aluminium OS, la fusion d'Android et de ChromeOS pour PC

C'est la fin du suspense. Une fuite accidentelle vient de confirmer ce que Google prépare en silence depuis des mois : la fusion entre Android et ChromeOS est bel et bien en marche avec le projet de système Aluminium OS.

Souvenez-vous. En 2024, Google annonçait un projet ambitieux : un nouveau système d'exploitation pour ordinateur destiné à remplacer ChromeOS et basé sur Android (voir notre article). Objectif de ce chantier gigantesque : faciliter le travail des développeurs qui n'auront qu'à cibler une seule plateforme et laisser Google faire le reste. Du côté des constructeurs, c'est aussi le gage d'une besogne facilitée sur les pilotes. En clair : davantage d'applications seront compatibles sans demander de réécriture du code, et les prochains Chromebook bénéficieront d'un plus grand nombre de mises à jour.

Pour développer ce nouveau système, connu pour le moment sous le nom de code d'Aluminium OS, Google s'appuie sur deux briques libres et dont le développement est facilement consultable : Chromium et AOSP (Android Open Source Project). Travailler aussi ouvertement n'est pas compatible avec l'absence de communication de Google et va même aux antipodes du quasi-silence qui nous a été servi depuis l'annonce initiale. Ce ne sont que quelques maladresses des développeurs planchant sur le projet qui nous ont donné droit à des indiscrétions techniques.

Et en parlant de maladresse, c'est la dernière en date qui nous intéresse aujourd'hui, et elle vaut son pesant d'or. En publiant par erreur un rapport de bug lié à la navigation privée de Chrome, les ingénieurs de Google ont offert au monde le premier aperçu concret du projet AluminiumOS. Repérées initialement par 9to5Google , les captures d'écran issues de ce ticket révèlent bien plus qu'une simple mise à jour.

Aluminium OS : une interface qui mélange Android et ChromeOS

Pour saisir l'importance de cette fuite, il faut balayer un malentendu tenace. Nous ne parlons pas ici du mode bureau rudimentaire aperçu dans les bêtas d'Android 16, conçu pour projeter l'écran d'un smartphone Pixel sur un moniteur externe. Il s'agit de la véritable bascule structurelle promise par Google en 2024 : le remplacement du noyau Linux spécifique de ChromeOS par la pile technique d'Android, tournant nativement sur un simple PC portable, en l'occurrence un HP Elite Dragonfly, un modèle qui prend déjà en charge ChromeOS.

Les visuels sont sans appel : Google ne cherche pas à réinventer la roue, mais à rassurer les habitués du duo clavier-souris. L'interface dévoilée s'éloigne des codes du tactile pour adopter une structure bipolaire rigide. En bas, on retrouve une barre des tâches persistante, héritage direct de l'actuel ChromeOS, abritant le lanceur d'applications et les logiciels épinglés. C'est en haut que la rupture esthétique s'opère : une barre d'état densifiée affiche l'heure, la batterie et, fait notable, des indicateurs de confidentialité (caméra, micro) similaires à ceux de nos smartphones, mais agencés à la manière de macOS.

Interface d'AluminiumOS
Interface d'AluminiumOS © 9to5google

Le détail qui change tout ne se trouve pas dans les bordures, mais au cœur des fenêtres. Les images en fuite montre une version de Google Chrome intégrant le support complet des extensions, le Saint Graal qui manquait jusqu'à présent à l'écosystème Android. La gestion du fenêtrage (redimensionnement, fermeture, plein écran) reprend les boutons standards, prouvant que ce système, identifié sous le nom de code "ALOS" (Aluminium OS) dans le rapport, est pensé dès le départ pour le multitâche intensif et non comme une simple émulation.

Aluminium OS : la fin de l'exception culturelle

Cette interface matérialise le changement de cap brutal opéré par Google. Jusqu'ici, la firme maintenait deux forteresses : un Android hégémonique sur mobile et un ChromeOS léger pour le secteur éducatif et professionnel. Cette stratégie de la double peine est terminée. En imposant Android comme moteur unique sous le capot des futurs ordinateurs, Google cherche à résoudre son éternel problème d'offre logicielle sur grand écran alors que son pari du « tout dans le cloud » a échoué — et sans passer par des moyens détournés comme l'émulation et la virtualisation.

L'enjeu est colossal : offrir aux développeurs une cible unique. Plutôt que de porter péniblement leurs applications sur ChromeOS, ils pourront bientôt déployer le même code sur smartphone et sur PC, avec une interface qui s'adapte dynamiquement. C'est la réponse tardive mais frontale à l'unification réussie par Apple de ses différentes plateformes avec ses puces Silicon. Reste une inconnue majeure : en injectant la lourdeur structurelle d'Android dans nos PC portables, Google parviendra-t-il à conserver l'accessibilité, la fluidité et la sécurité "sans maintenance" qui ont fait le succès des Chromebooks ?

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