La Gouvernement remplace Teams et Google Meet par Visio, son outil 100 % français

La Gouvernement remplace Teams et Google Meet par Visio, son outil 100 % français

Pour s'émanciper des solutions américaines telles que Zoom et Teams, le Gouvernement a décidé de généraliser Visio, son logiciel de visioconférence souverain et sécurisé, dans l'ensemble des administrations publiques d'ici 2027.

Le récent comportement des géants de la tech américains et de Donald Trump, qui marchent main dans la main, inquiète fortement les utilisateurs français, qui craignent pour la sécurité de leurs données et pour leur souveraineté numérique. Certains vont même jusqu'à appeler au boycott des grandes plateformes et services numériques (voir notre article) ! Alors que les relations avec Washington se tendent, le Gouvernement cherche lui aussi des outils alternatifs afin de garantir sa souveraineté numérique.

C'est pourquoi il annonce dans un communiqué la généralisation officielle de sa plateforme de visioconférence Visio, conçue comme une solution 100 % française destinée à remplacer progressivement les outils étrangers tels que Microsoft Teams, Zoom, Google Meet ou Webex dans l'ensemble des administrations publiques d'ici 2027. De quoi reprendre le contrôle des technologies et des infrastructures numériques utilisées par l'État, afin de réduire sa dépendance à des acteurs non européens – et en particulier américains – jugés trop puissants et exposés à des lois extraterritoriales ou à des pressions politiques.

Visio : un outil 100 % français, sécurisé et souverain

Visio a été développé par la Direction interministérielle du numérique (DINUM) et fait partie d'un ensemble d'outils collaboratifs et sécurisés baptisé Suite Numérique, pensé pour les besoins du secteur public français. Issue d'un partenariat avec les gouvernements allemands et néerlandais, cette dernière regroupe des alternatives nationales et open source aux solutions américaines dominantes du marché telles que Docs, Gmail, Slack ou encore WeTransfer, tout en garantissant la sécurité et la confidentialité des données de l'État dans un environnement de travail souverain. Une réponse aux préoccupations croissantes concernant la dépendance aux géants du numérique étrangers.

© Gouvernement français

Sur le plan technique, Visio repose sur du cloud souverain hébergé en France, et plus précisément par Outscale, filiale de Dassault Systèmes. De plus, il est certifié SecNumCloud par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), ce qui signifie que les données restent physiquement et juridiquement sous maîtrise française et européenne, ce qui n'est pas le cas avec les solutions américaines. La plateforme intègre plusieurs fonctions IA, comme la transcription automatique des réunions, qui est assurée par Pyannote, une start-up française spécialisée dans la séparation des locuteurs. Le sous-titrage en temps réel est prévu pour l'été 2026 et reposera sur les modèles du laboratoire de recherche français Kyutai. Le logiciel peut accueillir jusqu'à 150 participants.

Visio est testé depuis environ un an et compte déjà 40 000 utilisateurs. Un nombre qui devrait vite augmenter puisque le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le ministère des Armées, l'Assurance Maladie et la Direction générale des finances publiques basculeront sur la plateforme dès le premier trimestre 2026 – elle est en cours de déploiement auprès de 200 000 agents. Elle est donc actuellement disponible, mais le grand public ne peut pas en profiter librement, puisqu'elle est pour le moment réservée à certains métiers publics, comme l'enseignement – peut-être un jour, qui sait !

Visio : prendre son indépendance vis-à-vis des États-Unis

Le Gouvernement dispose de plusieurs solides arguments pour pousser ses agents à migrer vers Visio. Le premier est celui de la sécurité et de la confidentialité des communications publiques. En centralisant les échanges sur une plateforme maîtrisée localement, il devient plus difficile pour des acteurs externes ou des États étrangers d'accéder à des données sensibles.

© Gouvernement français

Le deuxième est économique : l'abandon des licences auprès des géants étrangers devrait permettre des économies substantielles sur le long terme, estimées à environ un million d'euros par an pour chaque tranche de 100 000 utilisateurs remplaçant des solutions payantes par Visio. Enfin, derrière ces considérations techniques et financières, c'est un enjeu politique et stratégique plus large de souveraineté numérique dont il est question, dans un contexte de tensions internationales croissantes et d'exemples récents où des services étrangers ont été bloqués ou soumis à des lois jugées incompatibles avec les besoins européens.

Comme le résume le ministre, David Amiel : "Nous ne pouvons pas prendre le risque de voir nos échanges scientifiques, nos données sensibles, nos innovations stratégiques exposées à des acteurs non-européens. La souveraineté numérique, c'est à la fois un impératif pour nos services publics, une opportunité pour nos entreprises et une assurance contre les menaces futures." Le message est on ne peut plus clair !

L'État se donne un an pour opérer la transition vers Visio. Après quoi, il prévoit de carrément bloquer les autres plateformes sur les réseaux officiels de l'administration, comme le fait savoir Rozier, qui officie comme conseiller en stratégie numérique publique auprès de la présidence de la République, sur X. De quoi être sûr que la nouvelle consigne ne puisse pas être contournée techniquement. Cette mesure ne s'applique cependant qu'au réseau interministériel de l'État, et non aux usages privés des agents publics hors de leur contexte professionnel.