Le boycott des applis américaines s'intensifie : un concurrent européen de X arrive
Après les menaces de Donald Trump sur le Groenland, les appels au boycott se multiplient en Europe. Alors que des applis dédiées gagnent en popularité, un nouveau réseau social, W Social, vient concurrencer X.
Avec ses ambitions expansionnistes de plus en plus affirmées à l'encontre du Groenland et ses multiples déclarations moqueuses et hostiles à l'égard de son allié historique, Donald Trump s'est mis une partie de l'Europe à dos. Aussi, comme en mars 2025, les appels au boycott des produits made in USA connaissent un regain de popularité, en particulier au Danemark. Et, en première ligne de mire, se trouvent les services numériques américains, tels que Facebook, X (ex-Twitter) ou encore Google.
En effet, depuis que le président a débuté son second mandat, les géants de la tech d'Outre-Atlantique ne cessent de multiplier les signes d'allégeance, notamment en modifiant certains aspects de leurs services pour plaire à leur nouveau souverain – d'ailleurs, la régulation des GAFAM par l'Union européenne représente un point de friction régulier entre Washington et l'Union européenne. Aussi, la meilleure arme étant toujours le portefeuille, le boycott apparaît pour certains comme la solution.
Comme le rapporte Techcrunch, deux applications mobiles, qui permettent de vérifier l'origine américaine des produits et de trouver des alternatives européennes, sont en tête de l'App Store danois ces derniers jours. Et, justement, pour proposer un substitut à X, le réseau social d'Elon Musk, Anna Zeiter, ex-responsable de la protection des données chez eBay, a dévoilé lors du forum économique de Davos W Social, un concurrent direct pensé pour être son exact opposé.
W Social : un concurrent européen et transparent à X
"À travers l'Europe et au-delà, la désinformation systémique érode la confiance du public et affaiblit la prise de décision démocratique", écrit Anna Zeiter sur LinkedIn. "Nous estimons qu'il y a un besoin urgent d'une nouvelle plateforme de réseaux sociaux construite, gouvernée et hébergée en Europe. Avec la vérification humaine, la liberté d'expression et la confidentialité des données au cœur de la réalité." Aussi, afin de réduire, au moins partiellement, la dépendance technologique de l'Europe vis-à-vis des États-Unis et restaurer la confiance dans l'information en ligne, elle lance W Social, un réseau social européen dont elle est la PDG.
En lançant sa plateforme le 19 janvier, Anna Zeiter répond à une demande bien réelle. Quelques jours plus tôt, 54 députés européens adressaient une lettre ouverte à Ursula von der Leyen pour dénoncer la transformation de X en "système de diffusion unidirectionnel pour Musk lui-même" et réclamer des alternatives continentales. C'est désormais chose faite !
Le nom n'a rien d'un hasard. Outre le fait de prendre une lettre de l'alphabet pour afficher clairement son opposition au X d'Elon Musk, W fait référence à la règle des 5 W du journalisme : Who, Why, When, What, Where (Qui, pourquoi, quand, quoi et où). Mais il peut aussi se lire comme la fusion de deux V, pour Valeurs et Vérifié. Le ton est donné !
La conception même de W Social est faite pour éviter les dérives observées sur X. Ainsi, chaque utilisateur devra obligatoirement vérifier son identité avant de publier, photo et documents à l'appui. Une façon claire et nette d'en finir avec les comptes anonymes et les bots utilisés pour relayer la propagande. La plateforme entend également lutter contre le phénomène des "bulles de filtres", qui conduit les algorithmes à ne proposer aux utilisateurs que des contenus similaires. Sur demande, elle proposera volontairement aux internautes des publications provenant de différents courants d'opinion. Enfin, toutes les données seront hébergées de manière décentralisée en Europe par des entreprises européennes. Et, bien sûr, la plateforme respectera scrupuleusement le RGPD.
Une version bêta de W Social devrait être lancée en février, avant une ouverture au grand public qui devrait intervenir d'ici la fin de l'année. Reste à savoir si elle rencontrera le succès escompté et parviendra à relocaliser le débat public sur le territoire européen, alors que le secteur est déjà bien occupé par X, mais aussi Threads de Meta et Bluesky des anciens fondateurs de Twitter. Car Mastodon, la plateforme européenne qui devait elle aussi remplacer X, s'est rapidement retrouvée au placard avec "seulement" 7 millions d'utilisateurs…
Boycott américain : un mouvement qui a du mal à prendre
Mais le boycott américain ne s'arrête pas à X. Ainsi, sur Android et iOS, les applications NonUSA et Made O'Meter ont le vent en poupe. Toutes deux permettent de vérifier l'origine des produits en scannant leurs codes-barres et surtout, de proposer des alternatives locales. D'ailleurs, Made O'Meter est très clair à ce sujet : "Soutenez-vous Trump lorsque vous faites vos achats ?", questionne-t-il. "Chaque fois que vous achetez un produit américain, vous soutenez indirectement un système qui va à l'encontre de nombreuses valeurs qui nous sont chères en Europe."
Et le Danemark est loin d'être le seul à suivre ce mouvement, qui est porté par une partie des pays nordiques tels que la Norvège, la Suède et l'Islande. Après, l'impact du boycott est à modérer, étant donné que leur marché reste modeste comparé à celui des États-Unis ou des grands pays européens. D'autant plus que, s'il peine à décoller, ce n'est pas seulement une question de confort des utilisateurs, mais aussi du manque d'appui politique – le gouvernement norvégien s'était même publiquement positionné contre cette initiative, pour ne pas froisser les Américains.
Ce manque de prise de position est dû à plusieurs facteurs. Premièrement, les administrations européennes dépendent énormément des services numériques d'Outre-Atlantique : cloud (AWS, Azure), outils collaboratifs (Microsoft, Google), réseaux sociaux pour la communication publique… Difficile clairement d'appeler au boycott quand son ministère tourne sous Microsoft 365 ou héberge ses données chez Amazon. Et c'est sans compter le coût financier que demanderaient le rapatriement massif de données des serveurs américains et la mise à jour des infrastructures…
Il y a aussi la peur très concrète de représailles économiques et diplomatiques. En effet, les services numériques américains sont liés à des accords commerciaux, à l'OTAN et, plus largement à la relation transatlantique. Un boycott assumé serait perçu comme un acte politique hostile. Beaucoup de dirigeants européens préfèrent donc une critique "technique" ou juridique, beaucoup plus discrète, notamment via les textes de régulation comme le RGPD, le DMA ou le DSA. Jusqu'à ce qu'une goutte d'eau fasse déborder le vase...
