Performances, fiabilité, IA : Microsoft promet de corriger tous les défauts de Windows 11
Sous le feu des critiques depuis deux ans, Microsoft a officiellement annoncé se lancer dans un grand chantier de réparation et d'amélioration de Windows en 2026. Un mea culpa riche en promesses qu'il ne reste plus qu'à tenir.
Il y a des annonces qui ressemblent à des aveux. Celle de Microsoft, publiée le 20 mars dernier sous le titre sobre "Our commitment to Windows quality" ("Notre engagement pour la qualité de Windows", en français), en fait partie. Pavan Davuluri, vice-président exécutif de la division Windows & Devices, a confirmé que des améliorations majeures sont en cours pour Windows 11. Au menu, une meilleure réactivité, une stabilité accrue, moins de publicités, Copilot réduit à la portion congrue, et davantage d'options de personnalisation, notamment la possibilité de déplacer la barre des tâches, comme dans… Windows 10 (voir notre article). Autant de points qui figuraient depuis des mois en tête des réclamations des utilisateurs – et qui n'avaient jusqu'ici reçu aucune réponse satisfaisante.
La réputation de Windows 11 a atteint des profondeurs inédites ces derniers mois. Tout au long de 2025, Microsoft a accumulé les critiques pour avoir surchargé son système avec des publicités, des suggestions intempestives et des intégrations d'intelligence artificielle que personne n'avait demandées, au détriment des fondamentaux : vitesse, stabilité, et respect de l'utilisateur. Et les mises à jour catastrophiques qui se sont enchaînées jusqu'à ces dernières semaines n'ont rien arrangé à l'affaire.
Si l'engouement récent pour Linux, et notamment des distributions comme Zorin OS (voir notre article), a déjà soulevé quelques inquiétudes en fin d'année, la concurrence d'Apple avec l'arrivée fracassante du MacBook Neo (voir notre article) a du sonner l'alerte d'urgence absolue au QG de Redmond. Attirant des utilisateurs de PC, ce Mac portable de haute qualité à 700 euros connaît un succès fulgurant depuis sa commercialisation, comme Tim Cook l'a souligné en se réjouissant. Et s'il fait trembler les fabricants de PC comme Asus, il amplifie aussi le malaise chez Microsoft en offrant un point de comparaison particulièrement défavorable à Windows sur la question de la gestion de la mémoire vive et de la fluidité générale du système.
Selon des sources proches de la direction de Microsoft citées par le site Windows Central, ce plan de redressement porterait même un nom de code interne : Windows K2, en référence au deuxième plus haut sommet du monde. Ce chantier aurait conduit à repousser, voire annuler, d'autres projets prévus cette année, tant il est devenu la priorité absolue pour toutes les équipes Windows.
Refonte de Windows 11 : vitesse et fiabilité, les chantiers de fond
Le cœur du problème est technique. Windows 11, tel qu'il existe aujourd'hui, souffre d'une architecture hybride héritée de choix discutables : une partie du système repose sur des composants Web comme React ou WebView2, ce qui introduit une latence perceptible entre les actions de l'utilisateur et la réponse de l'interface. Microsoft annonce vouloir migrer davantage d'éléments de l'interface vers WinUI 3, son framework natif moderne, en commençant par le menu Démarrer. Cette transition devrait se traduire par des animations plus fluides, des temps de réponse réduits et une cohérence visuelle enfin au rendez-vous.
Sur le plan de la mémoire, Microsoft promet de réduire l'empreinte de base du système d'exploitation, afin de libérer davantage de RAM pour les applications. Un point sensible : sur une machine équipée de 8 Go de mémoire, Windows 11 peut en consommer jusqu'à 6 Go au repos, laissant peu de marge pour le reste. L'Explorateur de fichiers, régulièrement moqué pour sa lenteur comparé à son équivalent sous Windows 10, bénéficiera lui aussi d'optimisations concrètes : temps de chargement réduit, navigation plus rapide, copie de fichiers volumineux améliorée.
Microsoft travaille également avec les fabricants de PC et les éditeurs de pilotes pour améliorer la stabilité globale du système : connexions Bluetooth plus fiables, gestion USB assainie, réveil depuis le mode veille rendu plus prévisible, notamment dans les configurations avec station d'accueil. L'objectif affiché est de réduire significativement les plantages, ces fameux écrans bleus qui constituent depuis des années le symbole le plus caricatural – mais aussi le plus réel – des failles de Windows.
Refonte de Windows 11 : publicité, IA, compte Microsoft, trois irritants dans le viseur
Au-delà des performances pures, c'est le rapport quotidien avec le système qui a suscité le plus de grogne. Microsoft confirme qu'il va réduire la présence de Copilot, son assistant d'intelligence artificielle, dans plusieurs applications où il s'était invité sans être vraiment utile : Bloc-notes, Photos, l'outil de capture d'écran et les Widgets. La promesse est d'adopter une approche plus mesurée, fondée sur le choix et la transparence plutôt que sur l'omniprésence.
Les publicités déguisées en recommandations dans le menu Démarrer feront également l'objet d'un traitement. La section "Recommandé" du menu sera épurée, et il sera possible de désactiver entièrement ce flux publicitaire. C'est une capitulation partielle mais symboliquement forte : Microsoft reconnaît implicitement avoir transformé son système en panneau publicitaire pour ses propres services.
Les mises à jour automatiques, autre source de frustration chronique, vont elles aussi être assouplies. Microsoft promet de permettre aux utilisateurs de les reporter indéfiniment, et de réduire le nombre de redémarrages forcés en visant un seul redémarrage mensuel. Une petite révolution pour tous ceux qui ont déjà vu leur travail interrompu par un Windows Update qui ne souffrait aucun délai.
Reste un sujet sur lequel Microsoft n'a pas encore officiellement tranché : l'obligation de se connecter avec un compte Microsoft lors de l'installation initiale du système. Des ingénieurs seniors travaillant sur Windows militent en interne pour supprimer cette contrainte. Scott Hanselman, vice-président chez Microsoft, a publiquement réagi à une plainte d'utilisateur sur ce sujet en écrivant : "Ouais, je déteste ça. On y travaille." Une déclaration qui confirme que la pression vient de l'intérieur même de l'entreprise, même si aucune décision officielle n'a encore été annoncée.
Refonte de Windows 11 : des promesses crédibles, mais une confiance à rebâtir
Le plan présenté par Microsoft est sérieux dans sa forme : structuré en trois axes (performance, fiabilité, soin apporté à l'interface), détaillé, et assorti d'un calendrier partiel – les premières modifications, dont la barre des tâches déplaçable, devraient arriver chez les testeurs dès avril. Pour la première fois depuis longtemps, des responsables et développeurs de Microsoft ont relayé publiquement ces annonces, et le ton des commentaires sur les réseaux sociaux s'est momentanément retourné en faveur de l'entreprise.
Pourtant, la méfiance reste de mise. Ce n'est pas la première fois que Microsoft promet de revenir aux fondamentaux : en décembre 2025, la société avait déjà évoqué une philosophie de "performance fondamentale" pour améliorer le jeu sur PC, et en janvier 2026, Pavan Davuluri avait promis des améliorations concrètes. Ces déclarations n'avaient alors pas suffi à calmer les esprits.
Ce qui change cette fois, c'est la pression extérieure. Windows 10 arrive en fin de support étendu, et des millions d'utilisateurs rechignent encore à migrer vers Windows 11. La concurrence d'Apple sur les machines d'entrée de gamme oblige les fabricants partenaires de Microsoft à réévaluer leurs propres standards de qualité, et l'entreprise ne peut plus se permettre de livrer un système que même ses propres ingénieurs critiquent en privé. Le document publié le 20 mars ressemble moins à une feuille de route enthousiaste qu'à une lettre de réconciliation avec une base d'utilisateurs dont la patience a été trop longtemps mise à l'épreuve. Reste à voir si les actes seront à la hauteur.


