dav2d : la solution miracle de VLC pour le futur de la vidéo en streaming

dav2d : la solution miracle de VLC pour le futur de la vidéo en streaming

VideoLAN vient de rendre public dav2d, un décodeur open source pour le futur codec AV2. Une nouvelle étape dans la longue bataille pour libérer la vidéo numérique des licences propriétaires coûteuses.

Le cône orange de VLC media player est l'une des icônes les plus reconnaissables de l'informatique grand public. Depuis sa création en 2001 par des étudiants de l'École Centrale Paris, le logiciel a été téléchargé plus de 5 milliards de fois. Mais derrière ce lecteur multimédia universel et gratuit se cache une organisation bien plus ambitieuse : VideoLAN, association française à but non lucratif, dont les contributions techniques pèsent aujourd'hui autant, sinon plus, que le logiciel lui-même dans l'écosystème mondial de la vidéo numérique. Son dernier projet, baptisé dav2d, illustre parfaitement cette montée en puissance silencieuse.

VideoLAN vient de rendre public le dépôt de code de dav2d sur son GitLab – un décodeur open source pour AV2, le codec vidéo de prochaine génération développé par l'Alliance for Open Media. Ce geste est inhabituel : le code arrive avant la norme elle-même, alors que les spécifications d'AV2 ne sont toujours pas totalement finalisées. Pour comprendre pourquoi c'est important, il faut d'abord revenir sur le problème que tout cela cherche à résoudre.

Codecs audio-vidéo : comment les brevets bloquent l'innovation

Chaque fois que vous regardez une vidéo sur Netflix, YouTube ou une chaîne de télévision en ligne, votre appareil décode en temps réel un flux compressé. Le codec – contraction de " codeur-décodeur " – est le logiciel qui effectue cette opération. Pendant des décennies, les codecs dominants ont été développés par des consortiums industriels sous licences propriétaires : H.264, puis H.265 (HEVC), et désormais H.266 (VVC). Plusieurs patent pools contrôlent les droits du VVC, avec des frais de licence suffisamment élevés pour que Netflix, Google et Amazon aient largement évité ce format. Le problème n'est pas uniquement financier : l'incertitude juridique sur qui détient quels brevets a suffi à bloquer l'adoption de H.265 pendant des années, alors même que sa supériorité technique sur H.264 était incontestable.

C'est précisément pour contourner cette impasse que l'Alliance for Open Media a été fondée en 2015, réunissant Amazon, Apple, Cisco, Google, Intel, Meta, Microsoft, Mozilla, Netflix et d'autres. Son objectif : développer des formats vidéo ouverts sous une politique de brevets sans redevances, apportant des technologies de nouvelle génération au plus grand nombre, plus rapidement. Le premier fruit de ce travail, AV1, a été publié en 2018. Il offrait des performances équivalentes à H.265 sans aucun frais de licence – et VideoLAN était dans la boucle depuis le début.

dav1d : le décodeur de référence mondial

La réponse de VideoLAN à AV1 ne s'est pas limitée à intégrer le codec dans VLC. Jean-Baptiste Kempf, président de l'association et architecte principal du projet, a proposé à l'Alliance for Open Media de développer un décodeur AV1 entièrement nouveau, optimisé pour la vitesse et l'efficacité sur toutes les plateformes. dav1d, dévoilé en octobre 2018, est un décodeur haute performance créé par les équipes de VideoLAN et FFmpeg, optimisé pour une faible consommation mémoire et des performances élevées grâce à des optimisations SIMD.

Le succès a dépassé toutes les espérances. dav1d est devenu le décodeur AV1 le plus utilisé au monde, adopté par Android et Apple, et intégré dans chaque navigateur, de Safari à Chrome en passant par Edge et Firefox, ainsi que dans la quasi-totalité des systèmes d'exploitation. Google a adopté dav1d comme décodeur logiciel de référence pour Android, permettant aux appareils d'entrée de gamme et de milieu de gamme de lire des vidéos AV1 sans nécessiter de décodeur matériel dédié. En pratique, une grande partie des vidéos que vous regardez chaque jour passent par ce logiciel conçu par une association française de quelques dizaines de personnes. Netflix s'appuie sur dav1d depuis 2020 pour son streaming AV1, et en décembre 2025, le codec représentait environ 30 % du streaming mondial de la plateforme.

dav2d : aller plus vite que la norme

AV2 est la prochaine étape. Après cinq ans de travail et plus de 2 700 commits sur l'implémentation de référence, l'Alliance for Open Media a publié début 2026 la spécification provisoire d'AV2. Ce codec de nouvelle génération promet jusqu'à 40 % de réduction de bande passante par rapport à AV1 à qualité équivalente. Les prototypes d'AV2 montraient en 2025 des améliorations significatives du débit, avec des performances globales attendues similaires à VVC, mais sans aucune redevance.

VideoLAN n'a pas attendu la finalisation des spécifications pour agir. Au CES 2026, une démonstration de lecture AV2 dans VLC 4 a déjà été lancée sur un MacBook, et Google a également présenté une lecture AV2 via Chrome et YouTube. La publication du dépôt de dav2d sur GitLab confirme que le travail de fond est bien avancé. Dérivé directement de dav1d, le projet est présenté comme un décodeur multi-plateforme centré d'abord sur la conformité aux spécifications, avec les optimisations de performances prévues dans un second temps.

Ces optimisations à venir couvrent un périmètre très large. Les architectures visées incluent x86, ARM, RISC-V, PowerPC et d'autres, avec au programme des jeux d'instructions AVX2, SSSE3+, ARMv8, ARMv7 et AVX-512, ainsi qu'un travail approfondi sur le threading pour exploiter les processeurs multicœurs. C'est exactement la même philosophie qui avait fait le succès de dav1d : construire d'abord une implémentation propre et conforme, puis itérer sur les performances jusqu'à devancer tous les concurrents.

Il reste quelques nuages à l'horizon. La société luxembourgeoise Sisvel, connue pour ses activités de gestion de portefeuilles de brevets, a déjà annoncé son intention de constituer un patent pool couvrant AV2 – exactement ce qui avait empoisonné l'adoption de H.265. L'Alliance for Open Media conteste la validité de ces prétentions, et le précédent AV1 montre que de telles menaces n'ont pas empêché un déploiement massif. Mais la vigilance s'impose.

Pour l'heure, dav2d reste expérimental et aucune date n'est donnée pour une intégration stable dans VLC ou FFmpeg. Tant que le codec et le décodeur n'auront pas atteint un état plus stable, le support restera surtout expérimental. Mais le fait que VideoLAN, Google et AOMedia montrent déjà des chaînes de lecture AV2 indique que la phase de préparation logicielle est bien lancée, bien avant la disponibilité d'un support grand public. Pour des millions d'utilisateurs qui ignorent tout de ces batailles techniques, cela se traduira simplement par des vidéos de meilleure qualité qui se chargent plus vite – et sans que personne n'ait à payer de licence pour ça.