C'est historique : Meta et Google sont reconnus coupables de l'addiction à leurs réseaux sociaux

C'est historique : Meta et Google sont reconnus coupables de l'addiction à leurs réseaux sociaux

Pour la première fois, Meta et Google ont été condamnés par un jury pour l'addiction volontaire engendrée par leurs réseaux sociaux, qui accentuent les troubles mentaux chez les adolescents. Une décision historique !

Pornographie, cyberharcèlement, contenus inappropriés, désinformation, standards de beauté inatteignables, addiction aux écrans… Les dangers auxquels font face les plus jeunes – et pas que – sur Internet sont nombreux, d'autant qu'à cet âge, les internautes sont plus vulnérables face aux propos et aux contenus mis en ligne par d'autres personnes, notamment sur les réseaux sociaux. 

Si les impacts des plateformes sur la santé mentale des jeunes ont déjà été prouvés scientifiquement, deux mastodontes du secteur, Meta (maison mère de Facebook et d'Instagram) et Google (propriétaire de YouTube), viennent pour la toute première fois d'être reconnus coupables par un jury californien pour avoir contribué à l'addiction d'une jeune femme et aux troubles psychologiques qui en ont découlé. Ils ont été condamnés à lui verser au moins 3 millions de dollars de dommages et intérêts.

Meta et Google condamnés : des plateformes nocives pour les jeunes

Comme le New York Times l'explique, l'affaire repose sur le témoignage d'une Américaine, aujourd'hui âgée de 20 ans, qui explique avoir commencé à utiliser YouTube dès l'âge de 6 ans, puis Instagram à 9 ans. Selon elle, cette exposition précoce et prolongée aux plateformes a entraîné une dépendance progressive, accompagnée de dépression, d'anxiété et d'autres troubles mentaux à l'adolescence.

Au terme de plusieurs semaines de procès et de délibérations, le jury a conclu que les deux entreprises avaient failli à leur obligation de prudence. Il a estimé qu'Instagram et YouTube n'étaient pas de simples outils neutres, mais qu'ils avaient été conçus de manière à capter l'attention de façon prolongée, notamment grâce à des mécanismes comme le défilement infini, la lecture automatique des vidéos, les recommandations algorithmiques ou les notifications fréquentes. Les avocats de la plaignante avaient notamment fourni des documents internes de Meta et Google montrant que les dirigeants avaient connaissance des effets négatifs de ces fonctions sur les mineurs, mais qu'ils avaient choisi les profits plutôt que les enfants.

De plus, les jurés ont estimé que les deux entreprises n'avaient pas suffisamment averti les utilisateurs, et en particulier les mineurs, des risques associés à une utilisation intensive de leurs services. Ces manquements ont constitué un "facteur substantiel" des problèmes de santé mentale rencontrés par la plaignante.

Notons que, pour la première fois, les poursuites ne portent pas sur les contenus publiés par les utilisateurs, mais sur la conception même des plateformes. Cela permet de contourner en partie les protections juridiques dont bénéficient habituellement les réseaux sociaux aux États-Unis, notamment avec la fameuse liberté d'expression. Le débat se déplace ainsi vers la question du design des interfaces et des choix techniques destinés à maximiser l'engagement des utilisateurs, plutôt que sur le contenu en lui-même.

Meta et Google condamnés : une pression juridique qui s'intensifie

"Des années durant, les réseaux sociaux ont soumis des enfants au marketing ciblé en dissimulant leur fonctionnement addictif […] Le verdict rendu aujourd'hui est sans appel […] et appelle à rendre des comptes", s'est réjoui un des avocats de la plaignante.

La condamnation financière s'élève à environ 6 millions de dollars, répartis entre Meta (70 %) et Google (30 %). Cette somme comprend à la fois des dommages compensatoires et des dommages punitifs. Une somme malheureusement anecdotique pour des sociétés qui engrangent des milliards par an. Notons que Snapchat et TikTok, également mis en cause par la plaignante en 2023, ont préféré régler le contentieux à l'amiable.

Meta et Google ont bien entendu contesté cette décision et annoncé leur intention de faire appel. Pendant de longues semaines, les deux géants du numérique se sont efforcés de prouver que les problèmes de santé mentale des adolescents sont multifactoriels et ne peuvent être attribués à leurs seules plateformes. Ces dernières étaient au contraire utilisées pour surmonter des problèmes familiaux responsables de cette détresse émotionnelle. Ils ont également mis en avant la présence d'outils de contrôle parental et de dispositifs de sécurité intégrés à leurs plateformes.

Malgré ces contestations, le verdict est perçu comme historique. Il s'agit du premier procès de ce type à aboutir à une condamnation aux États-Unis, alors même que des milliers de plaintes similaires sont en cours. Il ouvre la voie à une possible reconnaissance plus large de la responsabilité des entreprises technologiques dans les effets psychologiques de leurs produits. 

Récemment, un jury du Nouveau-Mexique a d'ailleurs condamné Meta à 375 millions de dollars d'amende pour n'avoir pas protégé ses utilisateurs contre des prédateurs sexuels. Un autre procès portant sur l'addiction aux réseaux sociaux est également prévu à Los Angeles à partir de juillet, tandis qu'une procédure à l'échelle nationale, regroupant des centaines de plaintes similaires, est en cours d'examen devant un juge fédéral californien. La pression judiciaire sur le secteur des réseaux sociaux s'intensifie, la récréation est finie !