Android, Linux et Windows dans un smartphone : le pari fou du NexPhone
Un smartphone qui fait tourner trois systèmes d'exploitation, c'est la pari audacieux de Nex avec son NexPhone. Sur le papier, le rêve. Dans les faits, ce beau triptyque est censé être animé par un processeur de 2021….
Les créateurs du NexDock, cette coquille qui transforme un téléphone en ordinateur portable, récidivent. Cette fois, ils inversent la proposition : le NexPhone embarque directement Android, Linux et Windows 11 dans un seul appareil. Pour ceux qui rêvaient d'unifier tous leurs outils numériques en un seul terminal, l'idée semble séduisante. Sauf que tout repose sur un détail technique qui change tout : le processeur. Et c'est là que le bât blesse.
Le NexPhone débarque avec Android 16 préinstallé, une distribution Debian pour Linux, et la possibilité de basculer sur Windows 11 après un redémarrage. Branchez l'appareil à un écran, et vous accédez à Linux en mode bureau complet. Côté Windows, le constructeur propose même une interface mobile inspirée de Windows Phone pour ceux qui voudraient l'utiliser sans dock. L'écran Full HD+ de 6,58 pouces à 120 Hz et les 12 Go de RAM complètent un ensemble qui paraît cohérent.
NexPhone : un triple boot séduisant, mais avec une puce d'un autre temps
Voilà où la promesse de Nex commence à s'effondrer : sous le capot se cache un Qualcomm QCM6490. Cette puce destinée à l'origine aux objets connectés et produits industriels affiche des performances équivalentes au Snapdragon 780G, un chipset milieu de gamme sorti fin 2021.
Avec un score AnTuTu autour de 590 000 points et un Geekbench monocœur à 1 097, les chiffres placent cette puce bien loin des standards actuels pour faire tourner Windows confortablement, malgré les progrès remarquables faits sur la compatibilité ARM du système d'exploitation de Microsoft ces dernières années.
Le constructeur met en avant le support prolongé du QCM6490 jusqu'en 2036 par Qualcomm et sa compatibilité officielle avec Windows 11. Cette longévité exceptionnelle découle directement de son statut de puce industrielle, conçue pour les objets connectés, les bornes de paiement et les tablettes durcies. C'est d'ailleurs ce qui avait motivé Fairphone à l'adopter pour son Fairphone 5, afin de garantir huit ans de mises à jour. Deux arguments rassurants, mais qui ne changent rien au problème de fond : faire tourner un environnement Windows complet sur une architecture aussi modeste relève du pari risqué. Même avec 12 Go de mémoire vive, l'utilisation promet d'être laborieuse dès qu'on dépasse la consultation de mails.
Quant à la batterie de 5 000 mAh, elle paraît bien chétive pour alimenter un ordinateur de bureau complet coincé dans un châssis de smartphone, bien que ce ne soit pas un problème une fois celui-ci connecté à un écran compatible (l'unique port USB-C prenant en charge l'affichage et l'alimentation simultanément).
Le boîtier en caoutchouc gris et les 13,1 mm d'épaisseur pour 256 grammes n'arrangent rien au tableau. Le prix, lui, reste contenu : 549 dollars en précommande avec 199 dollars d'acompte pour une livraison prévue au troisième trimestre 2026. Le concept mérite le détour, mais attendre que Google peaufine le mode « Bureau » introduit avec Android 16 semble plus raisonnable que de parier sur un processeur de 2021 pour remplacer tous vos appareils.