Microsoft dévoile les PC Copilot+ : de l'IA partout, mais pas pour tout le monde

Microsoft dévoile les PC Copilot+ : de l'IA partout, mais pas pour tout le monde

La grande révolution des PC Windows annoncée par Microsoft a désormais un nom : Copilot+. Avec ce nouveau label, l'entreprise veut intégrer des outils d'IA novateurs à tous les étages de Windows. Cependant, seuls certains PC bien particuliers y auront droit.

Profitant de la présentation de ses nouveaux PC portables Surface et de l'ouverture de sa conférence annuelle dédiée aux développeurs, Microsoft vient de faire plusieurs annonces d'importance qui vont peut-être marquer un tournant majeur dans le monde des ordinateurs Windows. D'une part, le système d'exploitation va enfin devenir vraiment fonctionnel et performant sur les processeurs à architecture Arm, du moins selon les promesses de l'entreprise. D'autre part, l'intégration progressive de l'intelligence artificielle dans toutes les strates de Windows arrive enfin à maturation et se cristallise sous la forme d'une toute nouvelle appellation marketing : les PC Copilot+.

PC Copilot+ : l'IA en local sur PC

Derrière ce nom, qui évoque plus une formule de lessive concentrée qu'une nouvelle génération d'ordinateurs révolutionnaires, se cache deux choses : un ensemble de fonctions et d'applications innovantes s'appuyant sur les logiciels de génération algorithmique, appelés couramment "intelligence artificielle", et une série de caractéristiques matérielles auxquelles doivent répondre les PC pour faire tourner localement et efficacement ces fonctions "d'IA".

Ainsi, les PC estampillés Copilot+ seront capables d'offrir des fonctions novatrices comme Recall, une sorte de super-historique enregistrant tout ce que fait l'utilisateur sur son ordinateur, Live Captions, un outil de traduction en temps-réel de la voix, ou encore Cocreator, un générateur d'images à partir d'instructions textuelles. Toutes ces fonctions et bien d'autres auront la particularité de s'exécuter localement et (presque) en temps-réel sur l'ordinateur de l'utilisateur, sans faire appel à de puissants serveurs en ligne comme c'est le cas pour la grande majorité des applications d'IA actuelles.

Cette exécution locale est permise par deux nouveautés qui caractérisent donc ces fameux PC Copilot+. Premièrement, Microsoft a modifié Windows en profondeur, en intégrant dans le système d'exploitation des Small Languages Model (SLM), ou Petit Modèles de Langage, qui sont des versions allégées des Large Languages Models (LLM), les logiciels à la base du fonctionnement des outils d'IA comme ChatGPT. Ces Petits Modèles de Langages pourront ainsi fonctionner localement, sans faire appel à des serveurs externes, et donc sans nécessiter une connexion permanente à Internet.

Deuxièmement, depuis l'émergence des applications de génération algorithmique, les fabricants de processeurs ont progressivement intégré de nouveaux composants dans leurs puces, des Neural Processing Unit (NPU) pour Unité de Traitement Neuronal, des circuits spécialisés dans les calculs d'inférence nécessaires à ces applications. La puissance de ces NPU n'a cessé de croitre ces derniers mois, pour atteindre un niveau qui leur permet aujourd'hui d'opérer localement les Petits Modèles de Langages cités plus haut, et même quelques Grands Modèles de Langages avec une efficacité convenable.

Et c'est justement sur ce point qu'intervient la deuxième dimension du label Copilot+. Pour pouvoir exécuter convenablement ces nouvelles fonctions, c'est-à-dire avec un temps de réponse acceptable et sans vider instantanément la batterie, les PC prétendant au titre Copilot+ devront répondre à certaines exigences matérielles, à savoir disposer d'un moins 16 Go de mémoire vive, d'un stockage minimum de 256 Go et, surtout, d'un processeur doté d'un NPU capable d'effectuer au moins 40 000 milliards d'opérations par secondes (40 TOPS).

Ça tombe bien, les processeurs Snapdragon X Elite et X Plus de Qualcomm, qui équipent justement les nouveaux ordinateurs Surface Laptop et Surface Pro de Microsoft, dont la sortie est prévue pour le 18 juin 2024, sont dotés d'un NPU capable d'offrir 45 TOPS. Et d'autres constructeurs ont d'ores et déjà annoncé l'arrivée prochaine de PC équipés de ces mêmes processeurs Snapdragon X, comme Acer avec le Swift 14 AI, Asus avec le Vivbook S 15 ou Lenovo avec le Yoga Slim 7x, pour des arrivées prévues dans le courant de l'été. Malheureusement, ce dernier prérequis va également poser un souci de taille à bon nombre de processeurs et d'ordinateurs, mêmes récents, qui se verront dès lors privés du label Copilot+ et des fonctions innovantes qui l'accompagnent.

PC Copilot+ : un label au cahier des charges drastique qui va exclure de nombreux PC

Le problème, c'est qu'aucun des processeurs Intel et AMD actuellement commercialisés ne répond aux exigences imposées par Microsoft pour prétendre au titre de PC Copilot+, que ce soit les fameux Core Ultra d'Intel, présentés en grande pompe en décembre 2023, ou les tous derniers Ryzen 8040 d'AMD fraîchement débarqués. Bien que ces processeurs soient dotés de NPU, ceux-ci n'atteignent absolument pas les 40 TOPS requis par le label Copilot+, et plafonnent plutôt entre 10 et 35 TOPS au grand maximum.

Ainsi, des ordinateurs très récents embarquant ces processeurs vont se retrouver instantanément déprécier sur le volet des performances en matière d'IA, ce qui va mettre Intel et AMD dans une position délicate. On rappelle que, lors du lancement des processeurs Core Ultra, Intel avait répété à l'envie que cette génération de processeurs était justement "taillée pour l'ère des PC IA" et que, de son côté, AMD avait fait les même promesses quant à ses Ryzen 8040 dotés de NPU XDNA.

© AMD

Les conditions posées par Microsoft pour obtenir l'étiquette Copilot+ sonnent donc comme un désaveu assez terrible pour les deux concepteurs historiques, qui vont devoir rapidement remettre à niveau leur gammes de produits pour atteindre les sacro-saints 40 TOPS. Mais ces prérequis vont également segmenter encore un peu plus le monde Windows, avec d'un côté les utilisateurs disposant du matériel adéquat pour profiter des fonctions Copilot+, et de l'autre le reste de la "populace" qui devra se contenter d'une version amoindrie de Windows 11, dépourvue de ces nouveaux outils d'IA.

Une stratégie particulièrement hostile aux utilisateurs, et pour le moins étrange de la part de Microsoft, quand on considère que l'entreprise déplore depuis des années le faible taux d'adoption de Windows 11, qui a même récemment reculé au profit de son prédécesseur Windows 10. L'une des explications à ce désamour tient aux exigences matérielles drastiques, et pas vraiment légitimes, imposées par Microsoft pour l'installation de Windows 11, qui ont empêchées de nombreux PC de passer à la dernière version du système d'exploitation. Il n'est donc pas certain qu'ajouter de nouvelles contraintes matérielles soit de nature à inverser cette tendance.

© Intel

L'autre facteur souvent invoqué pour expliquer le manque d'intérêt pour Windows 11 est le peu de nouveautés apportées par le système par rapport à Windows 10, jugées insuffisantes pour motiver les possesseurs d'un PC non compatible à investir dans une nouvelle machine. En réservant ses dernières innovations en matière d'IA à une certaine version de Windows, qui nécessite un PC bien spécifique, Microsoft escompte peut-être inciter ses clients restés sur Windows 10 à (enfin) renouveler leur matériel. Si c'est bien le cas, il s'agit d'un jeu dangereux de la part de l'entreprise.

À l'heure actuelle, aucun des fameux PC Copilot+ n'est réellement disponible sur le marchés. Les utilisateurs qui s'apprêtaient à renouveler leur matériel pour profiter des dernières avancées en matière d'IA auront donc bien meilleur compte à reporter leur achat. Et quand à tous ceux qui viennent d'acquérir un nouvel ordinateur ou qui le feront dans les prochains jours, ils en seront pour leurs frais à l'automne 2024 lors de la sortie du futur "Windows Copliot+", qui sera incompatible avec leur PC flambant neuf. Enfin, pour ceux encore sur Windows 10 et qui n'ont cure des fonctions d'IA, ils pourraient décider de changer d'écurie à l'approche de la fin de vie de l'OS et tout simplement partir chez Apple ou sur Linux. Un sacré pari pour Microsoft donc.