OnlyFans, Mym et commerce sexuel : le Sénat s'attaque au proxénétisme en ligne

OnlyFans, Mym et commerce sexuel : le Sénat s'attaque au proxénétisme en ligne

Face aux dérives observées sur les plateformes de contenus pour adultes à la demande comme OnlyFans ou Mym, le Sénat va examiner une proposition de loi visant à lutter contre le commerce sexuel et le proxénétisme en ligne.

L'achat de services sexuels en ligne est en pleine expansion depuis la crise sanitaire. La transaction s'effectue principalement via des plateformes de partage de contenus, comme Mym (pour Me You More) et OnlyFans, qui permettent aux créateurs et, surtout, créatrices de proposer du contenu érotique, parfois réalisé sur mesure suite à une demande du client, à leurs abonnés payants. C'est une toute nouvelle industrie qui s'est développée, que certains n'hésitent pas à qualifier de prostitution numérique, avec de nouveaux métiers à réguler.

En effet, alors que certains médias et influenceurs présentent faussement la création de ce type de contenu comme une façon de s'enrichir rapidement et sans aucun effort, des "agents" n'ont pas tardé à faire leur apparition. Leur mission ? Développer la carrière et la popularité des créatrices de contenu grâce au marketing, quitte à aller racoler des jeunes filles sur les réseaux sociaux. Mais ce phénomène s'accompagne toutefois de dérives très importantes qui peuvent être assimilées à du "proxénétisme 2.0" ou à de l'exploitation sexuelle.

Aussi, la sénatrice (LR) Marie Mercier a déposé une proposition de loi visant à élargir la définition de la prostitution aux actes sexuels numériques et à sanctionner les intermédiaires de ces transactions, en créant une nouvelle infraction d'"exploitation sexuelle en ligne". Ce texte a été adopté le 3 février à l'unanimité en commission des Lois, même s'il a été largement remanié, et sera examiné le 10 février par le Sénat en première lecture. 

Commerce sexuel en ligne : la chasse aux proxénètes du Web

Actuellement, la définition légale de la prostitution repose uniquement sur un échange physique, ce qui fait que les plateformes de partage de contenu en ligne comme OnlyFans et Mym échappent à toute interdiction, et les intermédiaires qui s'enrichissent de ces transactions ne sont pas assimilés à des proxénètes. Un point que le projet de loi devrait corriger.

À l'origine, le texte s'attaquait à l'ensemble du système, et donc aux clients qui pouvaient s'exposer à une nouvelle infraction qualifiée comme étant "l'achat de contenus individualisés à caractère sexuel en ligne", passible d'une amende pouvant monter jusqu'à 3 750 euros en cas de récidive. Cette infraction a finalement été écartée en commission des lois, car elle constituait une "atteinte excessive à la liberté d'échanger ces contenus entre adultes consentants."

Aussi, les sénateurs se focalisent pour le moment uniquement sur les agents et les intermédiaires, en créant une infraction spécifique d'"exploitation sexuelle en ligne". Infraction qui serait punie de sept ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende, avec des peines aggravées lorsque les faits sont commis à l'encontre d'un mineur, en bande organisée ou en recourant à des tortures ou à des actes de barbarie.

Les agents sont chargés de gérer et de promouvoir les comptes en ligne des créatrices de contenu, ce pour quoi ils touchent un joli pourcentage. Ils n'hésitent parfois pas à s'associer à des tchatteurs, qui, depuis l'autre bout du monde, alimentent les conversations érotiques avec les clients en se faisant passer pour la créatrice du compte. Cette dernière peut alors se "concentrer" sur la production de photos et de vidéos pour les abonnés, ce qui peut aller du cliché d'un pied nu à des scènes filmées dignes de films pornographiques.

Ces femmes, parfois mineures, sont appâtées par la promesse d'argent rapide et facile ainsi qu'une fausse sensation de liberté et de contrôle. Mais tout cela peut rapidement dériver en esclavage. Si jamais elles refusent de produire certains types de contenu ou n'ont pas un rythme de production assez soutenu, le harcèlement, les menaces et les violences pointent rapidement le bout de leur nez. Comme pour la prostitution classique, ce commerce est poussé par une logique implacable de rendement et de course au pire, avec des demandes pour des femmes enceintes ou en situation de handicap, des personnes de petite taille qui se déguisent en enfants, entre des membres d'une même famille… Il n'y a aucune limite.

Commerce sexuel en ligne : quels risques pour OnlyFans et Mym ? 

Avec cette proposition de loi, la France suit l'exemple de la Suède, qui a interdit en mai dernier la vente en ligne d'actes sexuels "à la demande". Il s'agit d'étoffer un arsenal législatif déjà conséquent, mais sous-utilisé, pour faire face à la métamorphose d'un système de prostitution dématérialisé, qui prend de l'ampleur grâce au numérique et cible des filles de plus en plus jeunes – parfois dès 10 ans...

© Mym

Une évolution législative permettrait d'insister sur la responsabilité des plateformes, qui promeuvent, structurent, monétisent ce type de contenus. Car Mym et OnlyFans sont loin d'être les seuls sites à jouer un rôle dans le commerce du sexe, d'autres servent parfois de passerelles. Ainsi, les jeunes filles se font aujourd'hui démarcher sur Snapchat, TikTok ou encore Instagram par ces fameux proxénètes du Web. D'autres, comme sexemodel.com, sont devenus de véritables trottoirs virtuels qui regorgent d'annonces très explicites, renvoyant parfois à des comptes de vidéos à la demande.

À ce jour, malgré plusieurs actions judiciaires engagées – notamment à l'encontre de coco.gg et Wannonce, qui ont depuis fermé – aucune plateforme n'a été condamnée pour avoir bénéficié de l'exploitation de femmes ou de mineures. Quant à l'enquête visant le site de petites annonces Vivastreet, ouverte en 2017 à la suite de soupçons de proxénétisme aggravé, elle a été classée sans suite, faute d'éléments suffisants pour caractériser une infraction.

Commerce sexuel en ligne : une interdiction à double tranchant

Reste que ce genre de loi divise fortement. Beaucoup dénoncent ses effets pervers, à savoir la précarisation des travailleurs du sexe, des conditions de travail plus dangereuses et une marginalisation accrue. Pour les travailleurs du sexe, cette mesure est perçue comme une attaque directe contre leur activité. Elle risque d'entraîner une diminution, voire une disparition, de leurs revenus, dans un contexte où les services sexuels en ligne se sont largement banalisés.

Au-delà de l'impact économique, une interdiction du travail sexuel à distance pourrait compromettre la sécurité même des personnes concernées, puisque, pour nombre d'entre elles, l'exercice en ligne constitue une alternative nettement moins dangereuse que la prostitution de rue. Un tel bouleversement pourrait favoriser un retour à des pratiques plus traditionnelles, exposant davantage les travailleuses du sexe à des risques physiques bien réels. Sans compter qu'elles pourraient aussi être poussées vers des plateformes non réglementées ou illégales... Le plus vieux métier du monde ne disparaîtra pas, surtout sur le Web où, lorsque les autorités parviennent à fermer un site, deux font leur apparition…