Avec Google Personal Intelligence, Gemini accède à toutes vos données… pour votre bien !

Avec Google Personal Intelligence, Gemini accède à toutes vos données… pour votre bien !

Personal Intelligence, c'est une nouvelle fonction IA permettant à Gemini d'accéder aux données des autres services de Google pour obtenir des infos supplémentaires et personnaliser ses réponses. Et tant pis pour la vie privée !

Avec le lancement de Gemini 3, Google a clairement rattrapé son retard en termes d'IA générative, au point d'inquiéter sérieusement OpenAI, qui a dû réagir en conséquence. Depuis, la course acharnée n'a fait que reprendre de plus belle entre les deux concurrents. Pour se démarquer, Google mise sur son vaste écosystème d'applications et de services que la majorité des utilisateurs utilisent quotidiennement. Le but : offrir des réponses toujours plus personnalisées, en accédant à toujours plus de données personnelles.

Et justement, dans un billet de blog, la firme de Mountain View vient d'annoncer le lancement de Personal Intelligence, une option qui permet à Gemini d'accéder à certaines données personnelles stockées dans les applications du groupe telles que Gmail, Google Photos, YouTube ou encore l'historique de recherche. L'objectif est de rendre les réponses de l'IA plus pertinentes et adaptées au contexte de chaque utilisateur en tirant parti de ce que l'entreprise sait déjà sur ses préférences, ses habitudes ou ses activités passées. Ce n'est donc pas une nouvelle interface, mais une nouvelle façon de fonctionner pour l'assistant virtuel.

Google Personal Intelligence : une IA qui sait absolument tout

Lorsque l'utilisateur active Personal Intelligence dans les paramètres de l'application Gemini, il peut choisir précisément quelles applications il souhaite connecter. Une fois ces connexions autorisées, Gemini peut alors, en réponse à une requête, aller chercher des détails directement au sein des autres services de Google. Par exemple, au lieu de simplement donner une réponse générale à une question, l'IA peut retrouver une information précise dans un e-mail, repérer un objet ou un texte dans une photo, consulter l'historique de navigation ou encore croiser toutes ces sources pour affiner ses suggestions. Cela rend l'assistant capable de remonter des informations spécifiques – comme des détails techniques, des dates ou des préférences – sans que l'utilisateur ait besoin de répéter le contexte ou d'ajouter des informations. 

Ainsi, Gemini va pouvoir planifier un voyage en se basant sur des destinations déjà consultées ou aimées, effectuer des recommandations de produits en tenant compte de ce qui est mentionné dans certains messages et des recherches antérieures, ou encore aider à l'organisation d'événements ou de projets personnels.

© Google

L'exemple donné par Josh Woodward, vice-président de Google Labs et Google Gemini, permet de comprendre très clairement l'étendue du savoir que l'assistant virtuel peut acquérir sur son utilisateur. "Il y a deux semaines, nous avions besoin de nouveaux pneus pour notre minibus Honda 2019. Alors que je faisais la queue au magasin, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas la taille des pneus. J'ai demandé à Gemini […]. Il m'a proposé différentes options : une pour la conduite quotidienne et une autre pour toutes les conditions météorologiques, en se référant à nos voyages en famille dans l'Oklahoma trouvés dans Google Photos." Gemini a même été en mesure de récupérer le numéro d'immatriculation à sept chiffres du véhicule. C'est aussi impressionnant qu'inquiétant !

Google Personal Intelligence : une technologie à utiliser avec précaution

Sur le papier, l'argument est séduisant : plus l'IA connaît son utilisateur, plus elle est capable de fournir des réponses utiles, précises et contextualisées à presque toutes les demandes. Dans les faits, cela implique que Gemini peut analyser des informations très intimes, parfois sans que l'utilisateur ait pleinement conscience de tout ce que ces données révèlent sur lui. Et c'est sans compter sur la sécurité de ces données !

Google insiste sur le fait que Personal Intelligence est désactivée par défaut et repose sur le consentement explicite de l'utilisateur. Ce dernier choisit d'ailleurs les applications auxquelles l'IA a accès et peut retirer ces autorisations à tout moment. L'entreprise affirme également que les données personnelles utilisées dans ce cadre ne servent pas à entraîner les modèles d'IA de manière globale et qu'elles restent cantonnées à l'usage individuel. Pour reprendre l'exemple de la voiture cité plus haut, Josh Woodward explique que "nous ne formons pas nos systèmes pour apprendre votre numéro de plaque d'immatriculation ; nous les formons pour comprendre que lorsque vous en demandez un, nous pouvons le localiser". Enfin, certaines informations sensibles sont protégées par des garde-fous, comme celles relatives à la santé.

Mais malgré ces propos rassurants, Personal Intelligence reste très intrusif et possède quelques zones d'ombre. La première concerne la compréhension réelle du consentement. Autoriser l'accès à Gmail ou à Google Photos se fait d'un simple tapotement de doigt, mais il est peu probable que l'utilisateur mesure concrètement ce que l'IA pourra déduire comme informations, ni dans quelles situations elles seront mobilisées.

© Google

Google Personal Intelligence : quels risques pour la vie privée ?

La deuxième zone d'ombre touche au risque d'erreur ou de mauvaise interprétation. Une IA peut tout à fait mal comprendre un contexte, associer des informations qui ne devraient pas l'être ou produire des réponses qui révèlent involontairement des éléments privés au mauvais moment. Josh Woodward l'avoue lui-même : "vous pouvez rencontrer des réponses inexactes ou une 'surpersonnalisation', où le modèle établit des liens entre des sujets non liés".

De même, Gemini peut "avoir du mal avec le timing ou la nuance, en particulier en ce qui concerne les changements relationnels, comme les divorces ou vos divers intérêts. Par exemple, voir des centaines de photos de vous sur un terrain de golf pourrait le conduire à supposer que vous aimez le golf. Mais il manque la nuance : vous n'aimez pas le golf, mais vous aimez votre fils, et c'est pourquoi vous y êtes." L'entreprise invite les utilisateurs à corriger l'IA et mettre un pouce vers le bas à la réponse pour éviter que ces erreurs ne se reproduisent.

Enfin, il existe un enjeu de confiance à long terme. Même si Google assure aujourd'hui que ces données ne sont pas utilisées à des fins publicitaires ou pour entraîner ses modèles de langage, l'histoire du numérique nous a montré que les usages des données peuvent tout à fait évoluer. La centralisation de volumes importants d'informations personnelles dans un système automatisé accroît mécaniquement les risques en cas de faille de sécurité ou de changement de politique. Comme toute technologie reposant sur des données personnelles, l'équilibre entre utilité et respect de la vie privée reste particulièrement délicat. 

Pour l'instant, Personal Intelligence est proposé en version bêta pour les abonnés Google AI Pro et AI Ultra aux États-Unis. Comme toujours, Google prévoit un déploiement progressif dans le monde entier par la suite, l'entreprise doit juste se mettre en conformité avec la législation européenne avant cela. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela s'annonce délicat.