Tim Cook cède à Trump : les fans d'Apple furieux appellent au boycott

Tim Cook cède à Trump : les fans d'Apple furieux appellent au boycott

Tim Cook, le patron d'Apple, est la cible de violentes attaques depuis qu'il a assisté à la projection privée du documentaire sur Melania Trump à la Maison Blanche. Au point que les clients appellent au boycott de la marque.

Depuis que Donald Trump a débuté son second mandat, les géants de la tech d'outre-Atlantique ne cessent de multiplier les signes d'allégeance, notamment en effectuant des dons importants à la Maison Blanche, en chantant les louanges de leur nouveau souverain et en modifiant certains aspects de leurs services pour lui être sympathiques. On se souvient ainsi qu'à l'investiture du nouveau président, chacun des grands patrons a effectué une coquette donation. Plus tard, ils sont revenus une fois encore déposer des millions pour le projet de la salle de bal à la Maison-Blanche. 

Depuis que Donald Trump a repris le pouvoir, les dîners mondains, promesses d'investissements massifs aux États-Unis, et dons politiques s'enchaînent entre les dirigeants de la tech et l'administration américaine. Depuis un an, tous défilent à Mar-a-Lago, la résidence de Floride du président, pour lui signifier leur chaleureuse et intéressée amitié. Un rapprochement qui s'est transformé en machine à profits, avec à la clé des allègements réglementaires, des politiques plus favorables et, parfois, des contrats publics lucratifs.

Malgré cette tendance, Apple était jusqu'ici parvenue à garder l'image d'une entreprise démocrate, cool, ouverte au monde, aux autres et aux différences. Or, depuis ce week-end, son célèbre patron, Tim Cook, est violemment pris à partie sur les réseaux sociaux, certains l'accusant d'être un "lèche-bottes des fascistes" et appelant au boycott de la marque. La raison ? Sa présence à une petite soirée pour la diffusion en avant-première d'un documentaire à la gloire de Melania Trump, alors que les tensions au sein de la société et vis-à-vis du gouvernement sont plus fortes que jamais. De nombreux internautes tiennent à dénoncer une forme de complicité morale entre les dirigeants de la tech et une administration accusée de dérives autoritaires.

Tim Cook chez Trump : une avant-première qui a du mal à passer

Pour comprendre d'où vient cette grogne, il est important de replanter le contexte américain. Quelques heures avant l'avant-première du documentaire, des agents de la police des frontières ont abattu de plusieurs balles Alex Pretti, un infirmier de 37 ans travaillant aux soins intensifs d'un hôpital pour anciens combattants de Minneapolis, en marge d'un rassemblement contre les opérations de la police de l'immigration – la fameuse ICE. Les autorités fédérales ont rapidement parlé d'un acte de légitime défense, affirmant qu'Alex Pretti se montrait dangereux et braquait les agents avec un pistolet, mais les images filmées par des témoins contredisent cette version. Un drame qui en rappelle un autre, celui de l'assassinat de Renée Good par l'ICE. Ce meurtre a bien évidemment déclenché de nouvelles manifestations massives dans toute la ville.

© Brett Ratner

Peu de temps après, Tim Cook était l'un des invités d'honneur de l'avant-première d'un documentaire, distribué par Amazon MGM, retraçant les 20 jours de Melania Trump durant la seconde inauguration de son époux comme président américain en janvier 2025. Plus compromettant encore, le patron d'Apple a été photographié en compagnie de Brett Ratner, le réalisateur du documentaire en question accusé d'agressions sexuelles – et qui, accessoirement, apparaît dans les dossiers Epstein –, comme le relève The Verge. "Quand on est prêt à cautionner le fascisme, qu'est-ce que quelques accusations d'inconduite sexuelle ? Ratner, qui a réalisé Melania, a fait l'objet de multiples accusations d'agression et de harcèlement sexuels, ce qui a conduit Warner Bros. à rompre ses liens avec lui", indiquent nos confrères. 

Cet événement a été la goutte de trop pour beaucoup. "Alors, qu'avez-vous pensé de ce film ? Celui que vous avez regardé pendant que des Américains se faisaient tirer dessus. Pendant que les applications de suivi de l'ICE étaient interdites sur l'App Store. Pendant que vous gardiez le silence sur Trump", s'est enquis l'investisseur Adam Cochran. De son côté, Rick Wilson, pourtant consultant pour le Parti républicain, commentait amèrement : "Si vous êtes un PDG prêt à siéger au sein de ce régime, votre excuse de la 'valeur de l'action' semble bien sanglante ce soir."

Apple et Trump : des valeurs historiques oubliées

Mais pourquoi Tim Cook concentre-t-il sur lui toutes les critiques ? Après tout, il n'était pas le seul représentant de la tech présent ce soir-là. L'avant-première pouvait également compter sur la venue d'Andy Jassy (CEO d'Amazon), d'Eric Yuan (CEO de Zoom) et de Lisa Su (la patronne d'AMD). Mais le fait est que l'homme à la tête d'Apple a passé des années à se construire une image de patron engagé, grand défenseur des droits LGBTQ+ et ayant à cœur de défendre la vie privée de ses utilisateurs.

Pendant plus d'une décennie, il a rendu les valeurs progressistes d'Apple indissociables de lui-même. Ouvertement gay, il s'est notamment opposé aux lois sur les toilettes publiques visant les personnes transgenres ou avait encore déclaré en 2014 à un investisseur : "Si vous voulez que je prenne des décisions uniquement en fonction du retour sur investissement, vous feriez mieux de vendre vos actions". Sa biographie Twitter a même l'ironie de reprendre une citation de Martin Luther King Jr. : "La question la plus persistante et la plus urgente de la vie est : 'Que faites-vous pour les autres ?'". Et si les clients d'Apple acceptent de payer des prix aussi élevés pour les produits de la firme, c'est aussi en partie parce qu'ils s'identifient à ces valeurs. Or, il est très difficile pour eux de concilier le Tim Cook d'aujourd'hui avec celui de 2014.

Ce n'est pas la première fois que Tim Cook fait des courbettes à Donald Trump. En août, il lui avait offert un ornement de bureau en or 24 carats afin de flatter son ego. En réalité, il fait ce que ses actionnaires attendent de lui. Et actuellement, son rôle est de veiller à ce que le président, avec sa susceptibilité exacerbée, ne s'en prenne pas à Apple pour une quelconque raison. C'est aussi simple que cela. Et si, pour cela, il doit noter le documentaire de Melania 6 étoiles sur 5, nul doute qu'il le fera ! Reste que, pour une large part de l'opinion, ce pragmatisme ressemble aujourd'hui à une compromission idéologique, et l'image de marque d'Apple en pâtit directement.