Casques audio dangereux : ces écouteurs sont contaminés par des perturbateurs endocriniens
Après qu'une étude a révélé la présence de traces de perturbateurs endocriniens dans des casques et des écouteurs populaires, des détaillants européens commencent à retirer de la vente les modèles les plus à risque.
C'est un véritable électrochoc qui a secoué le secteur de l'audio ces dernières semaines ! Dans le cadre d'une enquête européenne menée pour le projet ToxFree LIFE for All, 81 modèles de casques audio et d'écouteurs disponibles sur le marché ont été analysés afin de détecter la présence de substances chimiques potentiellement dangereuses dans ces objets du quotidien, utilisés parfois pendant de longues heures.
Le constat est sans appel : tous les produits testés contiennent des composés préoccupants, et aucune marque n'est épargnée, y compris celles de renom telles qu'Apple, Beats, Samsung, Bose, JBL Razer et Sennheiser. Les auteurs de l'étude ont constaté que tous contenaient au moins des traces de substances chimiques nocives, des perturbateurs endocriniens bien connus des services de santé.
En soi, il s'agissait là d'une alerte sanitaire parmi d'autres. Sauf que celle-ci a été particulièrement prise au sérieux, ce qui a amené certaines enseignes européennes à retirer de leurs catalogues les modèles les plus à risque, comme le rapporte The Verge. C'est le cas de MediaMarkt, Coolblue ou encore Bol.com. En revanche, les constructeurs, eux, n'ont nullement entamé de démarches de cette sorte. Au contraire, ils assurent que leurs produits sont conformes aux exigences légales en matière de sécurité et pointent du doigt la sévérité des seuils de l'étude, jugés bien plus stricts que les normes officielles. Notons qu'en France, aucun retrait massif n'a encore été signalé, contrairement aux Pays-Bas ou à l'Allemagne.
Casques audio contaminés : quels sont les modèles concernés ?
Au total, 81 modèles de casques et d'écouteurs audio ont été testés positifs. Voici la liste complète, triée par catégorie.
Écouteurs pour adultes
- Apple AirPods Pro (2e Gen)
- Beats Solo Buds
- Bose QuietComfort Ultra Earbuds
- Huawei FreeBuds Pro 3 ou 4
- Jabra Elite 10 Gen 2
- JBL Tour Pro 3 et Wave Beam
- JLab JBuds Mini
- Marshall Motif II ANC
- Samsung Galaxy Buds3 Pro
- Sennheiser Accentum (Wireless et True Wireless)
- Sony WF-1000XM5, WF-C510 et LinkBuds Fit
- Xiaomi Redmi Buds 5 Pro
- Autres modèles (Shein, Temu, Auchan…) : KZ EDX Pro, JMMO Wireless, LifeBee Digital Pro 40, Cool Black In-Ear, Silvercrest True Wireless.
Casques pour adultes
- Apple AirPods Max 2024
- Beats Solo 4
- Bose QuietComfort headphone
- Haylou S35 ANC
- JBL Tune 720BT
- JLab JBuds Lux ANC
- Marshall Major V
- Niceboy Hive Prodigy 4
- Panasonic RB-HX220BDEK
- Philips SHD8850
- Sennheiser Momentum Wireless 4
- Sony WH-1000XM5, WH-CH720N et Ult Wear
- Temu, Auchan : Picun B8, Qilive 136030
Casques gaming
- Corsair HS80 RGB
- HyperX Cloud III
- Logitech G733 Lightspeed
- Onikuma X26
- Razer Kraken V3
- SteelSeries Arctis Nova 5
- Qilive 600181408
Casques et écouteurs pour enfants
- Buddyphones Connect
- Claire's Earbuds & winder caticorn
- Hama Freedom Lit
- JBL JR310BT
- JLab JBuddies Studio
- JVC HA-KD7
- Maxell HP-BT350
- Nextly wireless headphone with cat ears
- Onikuma B90
- Pepco Dasounds
- Philips TAK4206
- Skullcandy Grom
- Tonies Lauscher (2e Gen)
- Unicorn Decor (Shein)
- Qilive Kids
- Xinxu Wireless
Casques audio contaminés : des substances toxiques à fortes doses
Les analyses révèlent la présence massive de perturbateurs endocriniens, en particulier des bisphénols comme le BPA, détecté dans 98 % des échantillons, ainsi que le Bisphénol S (BPS), retrouvé dans plus de trois quarts des cas. À cela s'ajoutent d'autres substances chimiques telles que des phtalates, des PFAS (souvent appelés "polluants éternels") ou encore des retardateurs de flamme.
Ces composés sont couramment utilisés dans la fabrication des plastiques afin d'améliorer leur résistance ou leur souplesse, mais ils sont également connus pour leur capacité à interférer avec le système hormonal. Et certains modèles, comme le Sennheiser Accentum True Wireless ou le Bose QuietComfort, affichent des concentrations grimpant jusqu'à 315 mg/kg, soit trente fois la limite de 10 mg/kg recommandée par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA).
Bien que ces substances chimiques aient été détectées à de faibles concentrations, leur présence dans les écouteurs étudiés témoigne de l'ampleur et de la fréquence de leur utilisation, souvent négligée. Cela soulève également des questions quant aux effets cumulatifs que les produits contenant ces substances pourraient avoir sur les personnes les plus vulnérables, notamment les enfants, les adolescents et les femmes enceintes.
Ces résultats sont d'autant plus inquiétants que ces appareils sont en contact direct avec la peau, souvent pendant de longues périodes. En plus, la chaleur corporelle et la transpiration facilitent l'absorption cutanée de certains composés, ce qui renforce les interrogations sur les effets d'une exposition quotidienne prolongée.
Casques audio contaminés : quelles sont les conséquences sur la santé ?
Le risque, c'est que toutes ces substances sont des perturbateurs endocriniens capables d'imiter ou de bloquer l'action des hormones naturelles, ce qui peut perturber de nombreux processus biologiques. Ils sont soupçonnés d'être impliqués dans divers troubles, allant de problèmes de fertilité à des maladies chroniques, voire à des cancers hormonodépendants, même si les liens de causalité restent encore difficiles à établir avec certitude.
Il faut toutefois nuancer un peu les résultats obtenus. En effet, l'étude mesure la concentration de ces substances dans les matériaux, sans pour autant évaluer leur passage effectif dans l'organisme en conditions réelles. Elle repose donc sur une analyse chimique et ne constitue pas une démonstration clinique d'une contamination directe. De plus, elle a été publiée par un consortium d'associations de consommateurs et d'ONG environnementales, sans passer par le circuit classique des publications scientifiques à comité de lecture.
Les constructeurs incriminés n'ont d'ailleurs pas tardé à remettre en cause l'étude au niveau de sa méthodologie. "L'étude a utilisé ses propres critères de test et a signalé le produit en se basant sur des seuils de substances apparentées au BPA plus stricts que ceux généralement appliqués aux plastiques utilisés dans les produits électroniques", a déclaré Anna Forsgren, responsable de la conformité des produits et du développement durable chez Marshall Group, à The Verge. Sennheiser, de son côté, a indiqué avoir contacté les auteurs du rapport "dans l'espoir d'obtenir les données exactes concernant les produits Sennheiser testés, afin de vérifier nos résultats et de décider des prochaines étapes", sans succès jusqu'ici. En tout cas, leur intérêt pour l'étude peut laisser espérer que les entreprises cherchent à améliorer leurs produits.
