Ce célèbre acteur a breveté son visage et sa voix pour se protéger des copies par IA

Ce célèbre acteur a breveté son visage et sa voix pour se protéger des copies par IA

Face à la montée des vidéos truquées par intelligence artificielle, un grand acteur américain a pris une décision sans précédent : il a déposé son visage et sa voix en marques protégées pour éviter tout clonage sans son accord.

L'intelligence artificielle bouleverse profondément le monde du cinéma. Les outils qui génèrent des images et des sons synthétiques sont devenus capables de produire des deepfakes — des vidéos ou des enregistrements où une personne semble dire ou faire quelque chose qu'elle n'a jamais dit ou fait. Ces créations peuvent paraître extrêmement réalistes et sont de plus en plus diffusées sur les plateformes en ligne, semant la confusion entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas. Une étude montre que presque personne n'est capable d'identifier précisément ces manipulations, ce qui rend la situation encore plus préoccupante.

Dans l'industrie du cinéma, ces technologies sont au cœur des débats depuis plusieurs années. Certaines productions explorent déjà l'usage de l'IA pour doubler des voix ou générer des scènes, tandis que d'autres professionnels s'inquiètent de la facilité avec laquelle leurs performances peuvent être reproduites et exploitées sans consentement. Les syndicats d'acteurs américains ont d'ailleurs réclamé un encadrement juridique strict pour protéger leurs membres.

C'est dans ce contexte que l'acteur Matthew McConaughey – célèbre pour ses rôles dans Interstellar, The Gentlemen, ou encore La défense Lincoln — a adopté une stratégie surprenante et innovante. Plutôt que d'attendre que les lois se mettent à jour, il a décidé de passer à l'offensive en déposant auprès de l'Office des brevets et marques des États-Unis des demandes de protection pour des aspects de son identité. Au total, huit marques ont été approuvées ces derniers mois, couvrant des éléments de son visage, des séquences vidéo le montrant dans différentes postures, et même l'enregistrement de sa voix lorsqu'il prononce sa célèbre phrase "Alright, alright, alright".

© Matthew McConaughey - Instagram

Ce procédé est destiné à permettre à McConaughey et à ses avocats d'agir rapidement si quelqu'un crée ou diffuse un deepfake se fondant sur son image ou sa voix sans son accord. Les lois actuelles aux États-Unis protègent déjà les célébrités contre l'exploitation commerciale de leur image, par exemple pour vendre des produits, mais ces protections ne couvrent pas clairement les utilisations générées par l'intelligence artificielle, surtout lorsqu'elles apparaissent sur des plateformes en ligne où des contenus monétisés par la publicité peuvent circuler.

L'acteur lui-même a expliqué qu'il souhaitait que toute utilisation de sa voix ou de son image survienne seulement si elle avait été approuvée par lui au préalable. Il a souligné l'importance de définir des frontières claires autour de ce qui constitue une utilisation consentie, avec mention de l'auteur afin d'éviter les abus.

Cette démarche juridique est inhabituelle parce qu'elle place la protection de l'identité numérique d'un individu au même niveau que la protection d'une marque commerciale traditionnelle. Elle pourrait servir de précédent si d'autres personnalités publiques décident de suivre la même voie pour protéger leur présence numérique contre les imitations artificielles. Ses avocats admettent toutefois que personne ne sait encore avec certitude comment les tribunaux répondront lorsque ces marques seront mises à l'épreuve dans un cas concret.

McConaughey n'est pas hostile à l'intelligence artificielle. Il est investisseur dans une société spécialisée dans les voix synthétiques et a collaboré avec elle pour produire des versions de son contenu en d'autres langues, ce qui montre qu'il n'est pas question d'exclure cette technologie, mais plutôt de garder le contrôle sur son usage.

Ce pas vers la protection proactive de son identité soulève des questions plus larges sur la manière dont acteurs, musiciens et autres créateurs pourront exercer leurs droits à l'ère numérique. Au-delà du cinéma, c'est tout un pan de la culture visuelle et sonore qui se trouve transformé par ces outils, rendant indispensable une réflexion collective sur ce qui doit rester humain et ce qui peut être généré par algorithmes.