Un cadeau empoisonné : ces mois d'abonnement gratuits cachent un piège à retardement

Un cadeau empoisonné : ces mois d'abonnement gratuits cachent un piège à retardement

Deux ou trois mois totalement gratuits pour tester un abonnement à un service : difficile de résister à ce genre d'offre d'essai, apparemment sans risque. Mais dans certains cas, ce joli cadeau se transforme en véritable piège…

L'affaire a refait surface ces dernières semaines. Comme le rapportent Que Choisir et RMC Conso, des clients de la Fnac témoignent s'être retrouvés abonnés à Canal+ sans l'avoir réellement voulu : tout heureux de profiter d'une offre d'essai gratuite, certains sont repartis d'un magasin avec un contrat assorti d'un engagement de 24 mois.

En février dernier, lors d'un passage en boutique, un client s'est vu proposer par un vendeur une offre d'essai d'un mois gratuit. Par la suite, il a reçu plusieurs mails de bienvenue ainsi qu'un contrat mentionnant la souscription définitive de l'abonnement assortie d'un engagement de 24 mois. Il n'a jamais reçu de message l'informant de la possibilité de résilier avant que l'offre ne devienne définitive. Une autre cliente a souscrit l'offre pour un ami de 67 ans en situation de vulnérabilité : il s'est retrouvé engagé pendant 24 mois sans même disposer du matériel pour regarder la chaîne ! Malgré de nombreuses contestations et une saisine de la Répression des fraudes, Canal+ a refusé toute résiliation anticipée.

Ce ne sont pas des cas isolés. Cela fait des années que les magasins Fnac proposent cette offre de découverte dans le cadre d'un partenariat. Mais certains vendeurs semblent oublier de préciser que le client s'engage dans un abonnement dont il doit procéder lui-même à la résiliation sur le site de Canal+, avant le 24 du mois suivant, s'il ne veut pas être lié pour deux ans.

© Canal+ - Fnac

Ce mécanisme – une période gratuite qui bascule silencieusement en engagement long – ne se limite pas à la Fnac ni à Canal+. Il irrigue l'ensemble du secteur des abonnements numériques. Lorsque Deezer propose trois mois d'écoute offerts, ou qu'Amazon offre 30 jours d'essai à Prime Video, la souscription implique de renseigner un numéro de carte bancaire.

À l'issue de la période promotionnelle, le prélèvement mensuel s'enclenche automatiquement, s'il l'on oublie de résilier à temps – parfois au moins 48 heures avant la date de renouvellement. Ce délai, mentionné dans les conditions générales mais rarement mis en évidence, suffit à faire rater la fenêtre de sortie. La Commission européenne estime qu'environ 10 % des consommateurs européens ont déjà souscrit un abonnement non désiré de cette façon.

Les offres combinées de Canal+ – incluant Netflix ou Disney+ à prix réduit pendant les premiers mois – imposent souvent un engagement de 12 à 24 mois. Les clauses de reconduction tacite prolongent l'abonnement sans action explicite du client, et les offres promotionnelles alléchantes masquent parfois des engagements à long terme peu avantageux.

La loi française tente d'encadrer tout cela : le vendeur est tenu d'informer clairement le consommateur avant la souscription, et doit le prévenir entre trois mois et un mois avant la date limite de résiliation pour lui rappeler ses droits. Dans les faits, cette obligation est souvent remplie a minima, via un mail discret qui se perd dans la boîte de réception ou une mention enfouie dans un contrat de plusieurs pages.

Si vous vous retrouvez dans cette situation, tout n'est pas perdu. Vous pourriez être en droit de contester et de demander l'annulation du contrat si vous pouvez établir que le vendeur a passé sous silence des éléments essentiels : le fait que la démarche entraîne immédiatement la souscription d'un abonnement, la durée d'engagement de 24 mois, et/ou la date limite de résiliation. Cette pratique pourrait s'apparenter à une pratique commerciale trompeuse au titre du Code de la consommation, couplée à un vice du consentement prévu par le Code civil.

En cas de litige, les recours disponibles sont le service client du distributeur ou de l'opérateur, SignalConso, le médiateur désigné par le professionnel, une association de consommateurs comme UFC-Que Choisir, ou en dernier ressort un conciliateur de justice.