Les produits à bas prix d'Amazon Haul ont des problèmes de sécurité selon 60 millions de consommateurs
60 millions de consommateurs a examiné plusieurs articles vendus sur Haul, la boutique low cost d'Amazon. La plupart des produits posent des problèmes de conformité et de sécurité, entraînant des risques pour les utilisateurs.
Page d'accueil truffée d'émoticônes, produits déstockés à gogo, logos qui clignotent, promotions à tout-va... Non, vous n'êtes pas sur Temu, Shein ou AliExpress, mais sur Amazon Haul, la plateforme du géant américain qui commercialise des produits à très bas prix expédiés directement depuis la Chine. Lancée fin 2025 en France, elle propose une gamme de produits sans marque, telle qu'une variété de vêtements, d'accessoires de maison et d'articles du quotidien à des prix mini, compris entre 1 € et 20 € – avec une majorité sous la barre des 10 €.
Une façon assumée de marcher sur les plates-bandes de ses concurrents – quitte à copier leur bilan carbone désastreux et à promouvoir le consumérisme débridé. Pour réduire les coûts, le produit commandé sur Amazon sera directement envoyé par le fabricant depuis la Chine, selon la méthode du dropshipping, dans un délai allant jusqu'à deux semaines maximum.
Mais que valent exactement ces produits aux tarifs agressifs ? Généralement, ceux trouvés sur les plateformes chinoises n'ont pas bonne réputation. Pour vérifier si c'est également le cas ici, 60 millions de consommateurs en a commandé dix. Et, sans grande surprise, la majorité a des problèmes de conformité ou de sécurité, exposant les utilisateurs à de sérieux risques.
Amazon Haul : 7 produits sur 10 comportent de sérieux problèmes
Selon les conclusions de 60 millions de consommateurs, à peine trois des produits commandés sont conformes. Certains ne respectent pas les normes européennes en vigueur, notamment en matière de sécurité électrique, de composition chimique ou de solidité. Ces manquements peuvent entraîner des risques concrets pour les consommateurs, qu'il s'agisse de brûlures, d'intoxications ou de défaillances matérielles.
L'association met également en évidence des lacunes dans les informations fournies aux acheteurs. Les fiches produits comportent parfois des descriptions imprécises, des traductions approximatives ou se démarquent par l'absence de mentions réglementaires. Une opacité qui renforce là aussi les risques.
Par exemple, l'organisme s'est procuré des lunettes de soleil, qui se sont révélées ne fournir aucune protection UV. Il a également noté l'absence de marquage CE, pourtant obligatoire sur tous les équipements de protection personnels à destination de l'Union européenne. Cela signifie donc que le produit ne satisfait pas les exigences fixées par la législation française. Enfin, les montures et les charnières, annoncées en métal dans la fiche technique de l'annonce, se sont révélées être en plastique.
Dans la même logique, des vêtements annoncés comme étant en coton étaient finalement en polyester de faible qualité. Même chose pour la ceinture soit disant en cuir qui ne mentionne pas le matériau utilisé dans sa description – alors qu'elle sent le plastique à plein nez. Enfin, la température du boîtier du chargeur a atteint les 100 °C lorsque deux appareils étaient branchés, entraînant des risques de brûlure. Et ce ne sont que quelques exemples !
60 millions de consommateurs en profite pour souligner l'utilisation abusive de dark patterns, des techniques de manipulation destinées à influencer le comportement des consommateurs pour les inciter à acheter, récupérer leurs données personnelles ou encore leur faire payer davantage (voir notre article). Elles sont pourtant prohibées par le règlement européen sur les services numériques (DSA). Ainsi, des vignettes "En forte demande" apparaissent sur certaines images de produits pour favoriser les achats compulsifs, tandis que des rappels interviennent fréquemment pour rappeler que les frais de livraison sont gratuits à partir de 10 euros de commande, afin de pousser à la surconsommation.
Amazon Haul : une enquête qui incite à la prudence
Les problèmes décrits par l'association ne sont pas marginaux, mais révélateurs d'un modèle économique. Le fonctionnement d'Amazon Haul repose en grande partie sur sa marketplace, qui permet à des vendeurs indépendants de proposer leurs produits directement aux clients.
Ce système favorise une multiplication des références et une forte concurrence par les prix, mais il complique aussi le contrôle de la qualité. Les vendeurs, souvent situés en Chine, peuvent alors contourner plus facilement les obligations réglementaires ou fournir des informations incomplètes.
Contacté par l'association, Amazon s'est voulu rassurant. "Nos équipes sont mobilisées au quotidien pour garantir que tous les produits répondent à nos standards et nous nous appuyons sur un ensemble complet de contrôles proactifs pour maintenir une boutique sûre et conforme", assure l'entreprise.
60 millions de consommateurs appelle à une vigilance accrue de la part des consommateurs. L'organisme invite à prêter attention à l'origine des produits, à la fiabilité des vendeurs et à la présence de certifications conformes aux normes européennes. Il souligne aussi la nécessité d'un encadrement plus strict de ces places de marché, afin de mieux protéger les acheteurs face à la prolifération d'articles non conformes.
Amazon : des investissements de taille à venir en France
Mais, malgré ces problèmes, les ambitions d'Amazon sont grandes pour la France ! Dans un communiqué de presse publié le 5 mai, l'entreprise a annoncé un investissement de 15 milliards d'euros en France sur trois ans (2026-2028), ainsi que la création de 7 000 emplois en CDI.
Les investissements dont il est question doivent permettre la construction de sites logistiques, le développement des capacités de cloud et de l'intelligence artificielle, ainsi que la consolidation du réseau existant. Quatre centres de distribution émergeront ainsi à partir de 2026 : à Illiers-Combray, en Eure-et-Loir ; à Beauvais, dans l'Oise ; à Colombier-Saugnieu, dans le Rhône ; et à Ensisheim, dans le Haut-Rhin.
Ces investissements devraient rapidement se faire ressentir auprès des consommateurs, où ils se traduiront par "des livraisons plus rapides, un choix plus large et des prix bas accessibles partout en France et une empreinte environnementale réduite grâce à un réseau logistique de proximité ", selon Jean-Baptiste Thomas, directeur général d'Amazon en France. De plus, ils "bénéficieront directement aux territoires, avec plus de 7 000 emplois en CDI ainsi créés, et aux entreprises françaises qui s'appuient sur notre place de marché, nos technologies, et nos solutions dans le cloud et l'IA pour se développer".
Le géant américain assure également qu'il contribuera aux recettes fiscales des collectivités. Enfin, il assure que cela se traduira aussi par des améliorations écologiques, puisque les distances de livraison entre les entrepôts et les clients seront réduites. Une façon de répondre aux plateformes asiatiques concurrentes, accusées de fragiliser l'économie française, de ne pas suffisamment investir dans le pays ni y créer des emplois. Même si, avec Haul, on se retrouve quand même avec des produits bas de gamme venus de Chine.

