Manifest V3 Google : les bloqueurs de pub risquent de disparaître de Chrome

Manifest V3 Google : les bloqueurs de pub risquent de disparaître de Chrome

Pour améliorer son navigateur Chrome, Google va modifier la façon dont les extensions doivent fonctionner. Un changement bénéfique en principe, mais qui risque fortement de nuire aux bloqueurs de publicité, uBlock Origin en tête.

Google va-t-il tuer les bloqueurs de publicité ? On peut se poser la question quand on sait que la pub est la principale source de revenus du géant d'Internet, notamment à travers les annonces diffusées dans son moteur de recherche et ses différents services. Et tout ce qui empêche l'affichage des pubs sur le Web entraîne inévitablement un manque à gagner. Google ne cesse d'ailleurs de durcir sa politique sur sa plateforme YouTube, en empêchant la lecture de vidéos quand un ad-blocker est détecté, ce qui ne manque pas d'agacer les utilisateurs. Et les choses devraient bien devenir encore plus compliquées, cette fois directement dans Chrome, son navigateur maison. Un outil essentiel pour l'Américain, que ce soit sur ordinateur ou sur mobile.

S'il caracole toujours en tête du classement avec près de 65 % de parts de marché (loin devant Safari avec 19,5 % et Edge et ses 4,5 %) au dernier relevé effectué par StatCounter en mai 2023, Chrome est souvent pointé du doigt pour sa consommation boulimique de ressources, notamment en mémoire, et pour ses indiscrétions – il récolte énormément de données pour Google, qui les monétise. Depuis quelque temps, Google s'attache à améliorer son navigateur – par exemple, en mettant les onglets inactifs en veille. Mais le géant veut également prendre d'autres mesures dont certaines pourraient entraîner la suppression de vos extensions préférées, et plus particulièrement des bloqueurs de publicité. Il ne sera plus possible de les utiliser et encore moins de les récupérer et de les installer depuis le Chrome Web Store. On risque fort de voir la boutique d'extensions de Chrome se vider promptement.

En effet, Chrome affiche désormais un message indiquant que certaines extensions "pourraient bientôt ne plus être prises en charge", comme on peut le voir ci-dessous. Au cours des prochains mois, Google les désactivera, suite au passage de son navigateur au Manifest V3. L'extension la plus touchée : le célèbre bloqueur de publicités uBlock Origin.

Manifest V3 Google : un changement drastique de règles 

Google travaille en effet depuis plus de cinq ans à revoir le mode de fonctionnement des extensions pour Chrome. Et un changement majeur arrive avec la version 127 du navigateur,  qui va marquer la transition du Manifest V2 vers le Manifest V3. Le Manifest, c'est une sorte de cahier des charges qui définit les règles que les extensions Chrome doivent respecter pour fonctionner (comportement, accès et permissions, déclenchement, exécution de scripts en arrière-plan, etc.). La prochaine version est censée améliorer la sécurité et les performances du navigateur, mais il y a un prix à payer… 

En effet, si le Manifest V2, en place depuis 2012, se montrait assez généreux pour laisser un champ d'action plutôt large aux extensions, le Manifest V3 se montre bien plus restrictif, notamment sur le blocage de contenu à la volée. Car les premières extensions à en souffrir sont celles dédiées au blocage des publicités telles que AdBlock, uBlock ou encore AdGuard pour n'en citer que quelques-unes. Ces extensions emploient en effet de très nombreuses règles pour filtrer de façon dynamique les contenus affichés dans les pages Web. uBlock Origin, par exemple, en contiendrait plus de 300 000. Or, avec la nouvelle version du Manifest, le nombre maximal est fixé à 30 000 afin de garantir plus de souplesse au navigateur et de meilleures performances, rendant au passage les bloqueurs de pub bien moins efficaces. Par conséquent, la version complète d'uBlock Origin ne peut pas être entièrement portée sur la nouvelle plateforme Manifest V3.

Alors, bien sûr, il existe des alternatives. Le développeur d'uBlock Origin propose déjà une extension uBlock Origin Lite qui prend en charge Manifest V3, mais qui possède moins de fonctions que l'extension uBlock Origin "complète". Sans compter que la nouvelle API ne permet pas aux extensions de modifier les en-têtes ou les corps des requêtes. Les extensions auront par conséquent plus de mal à contrer les techniques de pistage ou à contourner les mesures anti-blocage de publicités.

© Google

Google avait déjà présenté les contours du Manifest V3 l'an passé. Les restrictions étaient alors encore plus strictes avec un nombre de règles maximum fixé à 5 000. Suite au tollé général, la firme avait mis en pause son développement afin de prendre le temps de consulter les développeurs, notamment en augmentant le nombre de règles maximum. Avant de revenir à la charge fin 2023 avec "une amélioration de la prise en charge du filtrage de contenu en fournissant des limites plus généreuses" selon ses propres termes. Finalement, elle a commencé à désactiver les extensions Chrome développées avec Manifest V2 début juin 2024.

Manifest V3 Google : trouver des alternatives ou se tourner vers un autre navigateur

Depuis le 3 juin, les utilisateurs des canaux Chrome Beta, Dev et Canary ont vu apparaître un avertissement sur la page des extensions du navigateur, les informant que certaines ne seront plus prises en charge. Un message similaire apparaissait si l'on accédait directement à la page d'une extension dans la boutique. Aujourd'hui, la version publique stable de Chrome affiche également ce message d'avertissement. 

Au cours des prochains mois, les extensions non compatibles seront progressivement désactivées. Pendant une période limitée, il sera toujours possible de les réactiver sous Manifest V2 mais, à terme, cette possibilité disparaîtra. Les utilisateurs seront alors dirigés vers le Chrome Web Store pour trouver une alternative. Selon Google, l'objectif est de remplacer complètement Manifest V2 par V3 d'ici le début de l'année 2025.

Ainsi, les utilisateurs de Chrome rencontrant des obstacles pour exécuter des extensions non prises en charge devront soit trouver des alternatives, comme uBlock Origin Lite, soit se tourner vers un autre navigateur. Firefox, qui a adopté le Manifest V3 avant Google, apparaît comme une bonne alternative, puisque Mozilla a annoncé qu'il continuerait à prendre en charge les extensions Manifest V2, dont uBlock Origin. Brave peut également être une bonne solution de dépannage, puisqu'il intègre d'office un bloqueur de publicité et que la firme affirme qu'il "continuera à prendre en charge certaines extensions MV2 liées à la confidentialité [...] aussi longtemps que [cela sera] possible". À chacun de voir !