Cette machine fabrique de l'essence "propre" sans pétrole, à partir de l'air ambiant

Cette machine fabrique de l'essence "propre" sans pétrole, à partir de l'air ambiant

Une start-up américaine a mis au point une machine capable de produire de l'essence à partir de l'air et de l'électricité. Un système innovant et non polluant qui reproduit artificiellement la chimie naturelle du pétrole.

À première vue, l'idée semble complètement folle : produire de l'essence sans extraire une seule goutte de pétrole, simplement à partir de l'air  qui nous entoure. C'est pourtant la promesse d'Aircela, une jeune entreprise américaine qui a dévoilé il y a quelques mois une machine capable de synthétiser un carburant liquide à partir du CO₂ présent dans l'air ambiant. Le principe repose sur une technologie connue des chercheurs depuis plusieurs années, mais rarement envisagée à cette échelle pour un usage aussi concret.

En pratique, la machine est constituée de trois modules hexagonaux empilés, de la taille d'un être humain. Le premier capte le dioxyde de carbone directement dans l'atmosphère, grâce à un système de filtration chimique associant une solution d'hydroxyde de potassium et d'eau. Ce CO₂ passe ensuite dans le deuxième module où il est combiné à de l'hydrogène produit à partir d'eau via une électrolyse, un procédé de séparation électrique. Une fois ces éléments assemblés, une réaction chimique dans le troisième module permet d'obtenir un carburant liquide très proche de l'essence classique, compatible avec les moteurs thermiques actuels. Une essence "propre", dépourvue d'éléments polluants comme le soufre ou les métaux lourds.

Ce carburant de synthèse présente un avantage majeur : il ne nécessite aucune modification des voitures déjà en circulation. Là où les véhicules électriques ou à hydrogène impliquent un renouvellement du parc automobile et le développement d'un réseau de stations service adaptées, cette solution s'insère dans l'existant. En théorie, un automobiliste pourrait faire le plein avec cette essence "à l'air" et repartir sans sentir de différence notable à l'usage. Le carbone relâché à l'échappement correspondrait alors au carbone initialement capté, ce qui réduit fortement le bilan global d'émissions.

© Aircela

Sur le papier, la promesse est très séduisante. Dans la pratique, plusieurs obstacles subsistent. Ainsi, la machine présentée ne produit qu'une faible quantité de carburant : seulement 4 litres par jour. Et elle consomme 75 kWh pour cette opération. À 0,2 euro par kWh, cela met le litre de cette essence synthétique à près de 4 euros. C'est bien plus cher que le carburant issu du pétrole ! Et il faut ajouter à ce coût de production le prix de la machine, qui s'élève à quelque 15 000 euros…

Les concepteurs d'Aircela assurent toutefois que les coûts de cette technologie pourraient baisser avec une production industrielle et des progrès techniques. Et que son usage permettraient de prolonger la vie des véhicules thermiques sans polluer, en évitant de dépenser de l'énergie et des matières premières pour fabriquer des voitures électriques. Ils ajoutent que le système permet de produire du carburant de façon locale, n'importe où, sans les complexes et couteuses infrastructures d'extraction, de transport et de transformation du pétrole.

Reste l'impact potentiel sur l'industrie pétrolière et sur les habitudes de consommation. Si ce type de machine venait à se généraliser, il pourrait bouleverser la chaîne de production des carburants, en la rendant plus locale et moins dépendante des ressources fossiles. À court terme, cette essence de synthèse ne remplacera pas celle des stations-service. À plus long terme, elle pourrait toutefois devenir une pièce supplémentaire dans le puzzle complexe de la transition énergétique.