Qui est John Ternus, l'ingénieur qui va succéder à Tim Cook à la tête d'Apple ?
Quinze ans après avoir succédé à Steve Jobs, Tim Cook passe le relais. C'est John Ternus, ingénieur de 51 ans qui a façonné l'iPhone, l'iPad et les puces Apple Silicon, qui prendra les rênes de la firme le 1er septembre 2026.
Le communiqué publié par Apple ce 20 avril 2026 a eu l'effet d'un séisme au-delà du seul univers de la tech mondiale, en mettant fin à des mois de rumeurs et de spéculations. Cette fois, c'est officiel : Tim Cook quittera son poste de directeur général le 1er septembre prochain pour endosser le rôle de président exécutif du conseil d'administration, où il continuera notamment à représenter l'entreprise auprès des responsables politiques.
Son successeur ? John Ternus, actuel vice-président senior de l'ingénierie matérielle, dont le profil dessine déjà les contours d'une nouvelle ambition où l'ingénierie et l'innovation matérielle reprendraient une place centrale au sein de l'identité de l'entreprise. Pour Apple, qui fêtait ses 50 ans quelques semaines plus tôt, c'est une troisième ère qui s'ouvre.
Tim Cook : un gestionnaire exemplaire
Pour comprendre l'ampleur de cette transition, il faut remonter à octobre 2011. Steve Jobs s'éteint après des années de combat contre un cancer du pancréas, laissant derrière lui une entreprise qu'il avait littéralement ressuscitée depuis le bord du gouffre où il l'avait retrouvée à la fin des années 1990. L'iMac, l'iPod, l'iPhone, l'iPad : en une quinzaine d'années, il avait redéfini des industries entières, avec un sens du récit et une maîtrise de la mise en scène qui relevaient du génie pur. Sa mort ouvre une question que beaucoup pensaient sans réponse satisfaisante : qui peut succéder à Steve Jobs ?
Tim Cook, directeur des opérations depuis 1998, est celui qui doit relever le défi. L'homme est l'exact opposé de son prédécesseur : discret, méthodique, sans la moindre flamme théâtrale. Là où Jobs imposait son charisme en scène avec une maestria qui faisait vibrer les salles, Cook aligne les colonnes de chiffres et les pourcentages de croissance. Lorsqu'il succède à Steve Jobs, Apple affiche une capitalisation boursière de 350 milliards de dollars.
Quinze ans plus tard, la valorisation dépasse 4 000 milliards et le chiffre d'affaires a quadruplé, à 416 milliards en 2025. Sur le plan financier, le verdict est sans appel : Cook a réussi au-delà de toute espérance, en faisant d'Apple une des entreprises les plus riches au monde et un exemple de rentablité. L'une de ses décisions les plus structurantes est le pivot vers les services numériques – Apple Pay en 2014, Apple Music en 2015, Apple TV+ en 2019. En 2024, ce segment représente près de 25% du chiffre d'affaires, avec une marge brute de près de 74%, soit le double de celle des produits physiques.
Tim Cook : des ratés technologiques
Pourtant, le mandat de Tim Cook ne s'écrit pas qu'en lettres dorées. Lancé en 2014 dans le plus grand secret, le "Project Titan" devait faire naître une voiture électrique autonome. Dix ans plus tard, il sera annulé sans avoir produit de prototype, après avoir mobilisé des milliers d'employés et englouti des milliards de dollars. Un gouffre industriel et un aveu de faiblesse stratégique, d'autant plus douloureux que Tesla et les constructeurs chinois ont su, eux, transformer l'essai.
Côté intelligence artificielle, Apple a accumulé les délais sur la refonte de Siri, dont les ambitions les plus avancées, annoncées à l'été 2024, ne sont toujours pas livrées. La firme a dû intégrer à ses appareils les chatbots de ses rivaux. L'Apple Vision Pro, casque de réalité mixte lancé en 2024 à plus de 3 000 dollars, n'a jamais trouvé son public. Brillant sur le plan technologique, le produit s'est heurté à un mur commercial que même la solidité de la marque n'a pas pu franchir. Pour une entreprise réputée ne sortir que des produits parfaitement calibrés pour leur marché, c'est une tache qui reste.
John Ternus : un ingénieur passionné
C'est dans ce contexte qu'émerge John Ternus. Né en mai 1975, diplômé en génie mécanique de l'Université de Pennsylvanie en 1997, il a fait partie de l'équipe universitaire de natation et a consacré son projet de fin d'études au développement d'un bras mécanique commandé par mouvements de tête pour les personnes atteintes de quadriplégie. Une anecdote révélatrice d'un homme qui pense l'ingénierie au service des autres. Avant Apple, il travaille chez Virtual Research Systems, un pionnier des casques de réalité virtuelle dans les années 1990. Il rejoint Apple en juillet 2001 au sein de l'équipe de conception de produits, d'abord sur le Cinema Display. C'est les premières années de la renaissance d'Apple sous Jobs, et Ternus absorbe dès le départ l'obsession du détail qui définit la culture maison.
Tout au long de sa carrière chez Apple, il supervise l'ingénierie matérielle sur des produits répartis dans toutes les catégories – nouvelles lignes comme l'iPad et les AirPods, mais aussi de nombreuses générations d'iPhone, de Mac et d'Apple Watch. Depuis qu'il a succédé à son mentor Dan Riccio en 2021, Ternus réussit un tour de force : apaiser les tensions historiques entre les équipes matérielles et logicielles. Sous son impulsion, une véritable symbiose s'installe, notamment grâce à sa complicité avec Craig Federighi, le responsable des logiciels. C'est cette entente qui a permis la transition historique vers les puces Apple Silicon ou l'arrivée de l'OLED sur l'iPad Pro. Il pousse également à ce que l'iPad dispose enfin d'un système d'exploitation propre, capable d'exploiter la puissance brute de la tablette avec un vrai multitâche.
John Ternus : des succès incontestables
Son parcours n'est pas exempt d'erreurs. Ternus a été l'un des artisans de la Touch Bar sur MacBook Pro, qu'il défendait en interne comme une idée marketing révolutionnaire. Elle a fini à la poubelle. Avant ça, le clavier papillon – conçu pour des appareils plus fins – a engendré des problèmes de fiabilité tels qu'il a conduit à des recours collectifs, dont un réglé par Apple pour 50 millions de dollars. Deux dossiers épineux. Mais dans les deux cas, Ternus a su tirer les leçons, corriger le tir et ne pas s'accrocher à ses mauvaises idées. Plus récemment, c'est lui qui a piloté le MacBook Neo, un portable à 599 dollars conçu de zéro pour rendre les Mac accessibles à un plus grand nombre, en utilisant une puce d'iPhone pour alimenter l'appareil.
Son profil détonne. Si Steve Jobs était l'innovateur visionnaire et Tim Cook le génie de la logistique, Ternus est un pur ingénieur. Il descend dans la soute, s'occupe des détails techniques que Cook ignore superbement. Dans son discours de remise de diplômes à Penn en 2024, il résumait sa philosophie ainsi : "Suppose toujours que tu es aussi intelligent que n'importe qui dans la pièce, mais ne suppose jamais que tu en sais autant qu'eux." Une humilité qui tranche avec l'arrogance ambiante dans la Silicon Valley. Tim Cook le décrit comme doté d'un "esprit d'ingénieur" et d'une "âme d'innovateur". Sa première déclaration en tant que futur PDG dit vouloir s'appuyer sur les valeurs qui ont façonné Apple depuis un demi-siècle.
John Ternus : des défis à relever pour l'avenir d'Apple
Dans la foulée de l'annonce, Apple a nommé Johny Srouji au poste de chief hardware officer. Arrivé en 2008, il avait notamment été recruté pour piloter le développement de l'A4, la première puce conçue en interne par Apple. Une équipe de direction remaniée qui confirme la direction prise : recentrer Apple sur ses racines technologiques et matérielles. Ternus assurera également la keynote de rentrée, où devraient être présentés les iPhone 18 – et peut-être le premier iPhone pliant d'Apple. Un baptême du feu immédiat.
Les défis qui l'attendent sont considérables, même pour une entreprise dont la trésorerie se compte en centaines de milliards. La dépendance d'Apple à la Chine, à la fois comme marché et comme atelier de fabrication, est devenue un fardeau à mesure que les tensions géopolitiques s'intensifient.
L'intelligence artificielle reste le chantier le plus urgent : les premiers fruits de la restructuration des équipes IA sont attendus avec l'iPhone 18, qui devrait embarquer un Siri refondé basé sur Gemini. Et au-delà de l'IA, Apple doit trouver sa prochaine grande catégorie de produits – celle qui succédera à l'iPhone comme moteur de croissance. Les rumeurs pointent vers la robotique et la maison connectée, deux domaines où Ternus a justement étendu son influence ces dernières années. L'ingénieur qui a passé la moitié dans les labos techniques hérite maintenant les clés d'une des entreprises les plus emblématiques au monde.