Lutte contre l'IPTV pirate : la justice ordonne le blocage simultané des FAI, DNS et VPN

Lutte contre l'IPTV pirate : la justice ordonne le blocage simultané des FAI, DNS et VPN

Pour lutter contre l'IPTV pirate, la justice française a déclenché une offensive sans précédent, en imposant un blocage massif et simultané aux FAI, mais aussi aux outils de contournement que sont les DNS et les VPN.

Ces derniers mois, la justice française a multiplié les décisions de blocage des sites diffusant des contenus piratés, tout en élargissant progressivement son champ d'action. En effet, si les actions judiciaires ciblaient jusqu'à présent les fournisseurs d'accès à Internet (FAI), qui étaient chargés de bloquer l'accès à des sites diffusant illégalement des contenus protégés, elle s'est depuis également intéressée aux VPN et aux DNS alternatifs, soit aux outils permettant à ces sites de rester accessibles malgré les blocages. 

Dans un jugement rendu le 18 mars 2026, la justice franchit un cap historique : elle s'attaque à 35 sites de streaming sportif très populaires en ciblant de façon simultanée à la fois les FAI, les VPN (dont CyberGhost, ExpressVPN et ProtonVPN) et les DNS (dont Google, Cloudflare et Quad9). Le but est clair : verrouiller toutes les portes d'entrée de l'IPTV illégale.

IPTV pirate : les intermédiaires techniques désormais impliqués

Le tournant dans la lutte contre le piratage s'opère progressivement à partir de 2025, sous l'impulsion des diffuseurs sportifs comme Canal+ ou beIN Sports, soutenus par la Ligue de football professionnel. Face à l'ampleur de l'IPTV illégale, ils parviennent à obtenir des décisions de justice de plus en plus larges. Dans un premier temps, les tribunaux ordonnent aux FAI de bloquer l'accès à certains sites diffusant illégalement des compétitions. Mais cette approche montre rapidement ses limites, car les internautes contournent facilement ces restrictions.

C'est pourquoi les diffuseurs se sont attaqués aux DNS. En effet, en modifiant leurs paramètres DNS, les utilisateurs peuvent continuer à accéder aux sites bloqués par leur opérateur. Les tribunaux ont alors considéré que ces services jouent eux aussi un rôle d'intermédiaires techniques et peuvent être contraints de filtrer certains domaines. Même chose pour les VPN, qui sont des outils de contournement particulièrement efficaces puisque, en masquant l'adresse IP et en simulant une connexion depuis l'étranger, ils permettent de contourner les blocages nationaux. Là encore, les juges ont estimé qu'ils participent indirectement à la diffusion illégale de contenus et peuvent donc être soumis aux mêmes obligations que les autres intermédiaires.

Cette nouvelle approche est visible dans les récentes décisions de justice. Par exemple, fin mars 2026, cette dernière a imposé à deux fournisseurs de DNS alternatifs de participer eux aussi au blocage de sites pirates (voir notre article). Mais, ce qui est différent avec les sept jugements rendus le 18 mars, c'est que le juge Jean-Christophe Gayet a décidé de profiter de ces précédents isolés pour ordonner le blocage simultané de 35 noms de domaines de sites de streaming sportif ainsi que de nombreux moyens de contournement. Parmi eux, Cloudflare, qui a été sommé d'agir sur l'ensemble de son infrastructure, à savoir son DNS public, son CDN et son service proxy. Ces mesures s'appliqueront jusqu'au 21 juin 2026 et pourront évoluer, puisque de nouveaux sites pourront être ajoutés à la liste par l'ARCOM.

IPTV pirate : beIN Sports à la rescousse de la LaLiga

Cette fois, c'est la ligue de football espagnole LaLiga qui est à l'origine de ces actions en justice. Toutefois, le tribunal a jugé que ses demandes étaient irrecevables en droit français, puisque son statut d'organisation étrangère ne répond pas aux critères du Code du sport permettant d'engager ce type de procédure. En plus, elle ne pouvait invoquer un préjudice direct étant donné que ses droits de diffusions exclusifs ont été cédés sur le territoire. Aussi, c'est beIN Sports France, le diffuseur officiel de la compétition en France, qui a porté les dossiers devant la justice. Et a finalement obtenu gain de cause.

Voici la liste complète des noms de domaine ciblés par l'ordonnance : 

  • daddylive.dad
  • daddylive2.top
  • daddylivehd.world
  • daddyliveru.top
  • rojadirecta.at
  • rojadirectaenvivo.me
  • rojadirectaenvivo.sx
  • la12hd.com
  • jalaace2.cc
  • jalaliveace3.cc
  • stream196tp.com
  • hoca4u.xyz
  • bfpc.jllivetx.cc
  • bienkoora.live
  • kora-live.im
  • yalla1shoot.com
  • camel1.live
  • yacine-tv.com
  • ppv.to
  • live-match-tv.net
  • librefutboltv.su
  • yallashooot.video
  • tv.tflix.app
  • hesgoal.im
  • rojadirecta-tv.net
  • directfr.sbs
  • koora-live.net
  • live.sia-live.live
  • s3.stream-on.live
  • yacine-tv.watch
  • ar.kora-top.space
  • envivolibre.com
  • pl.yalashoot.xyz
  • tflix.live
  • ballcontrol.click

Le président de la ligue espagnole Javier Tebas s'est félicité de ce dénouement : "Ces décisions représentent une avancée significative, car elles étendent la protection à l'ensemble de l'écosystème technique sur lequel repose actuellement le piratage." À qui le tour ?