DaVinci Resolve 21 : le logiciel gratuit d'Hollywood qui veut tuer Photoshop et Lightroom

DaVinci Resolve 21 : le logiciel gratuit d'Hollywood qui veut tuer Photoshop et Lightroom

Blackmagic Design vient de présenter DaVinci Resolve 21, son logiciel phare du montage vidéo professionnel qui intègre désormais un module complet de retouche photo, gratuit, et qui vise directement Lightroom et Photoshop.

Il y a des annonces qui changent discrètement les règles du jeu. Lors du NAB 2026, le grand salon de la production audiovisuelle de Las Vegas, Blackmagic Design a dévoilé DaVinci Resolve 21, la nouvelle version de son célèbre logiciel d'édition vidéo, salué et adopté par de nombreux professionnels pour ses qualités exceptionnelles. Cette nouvelle mouture franchit un cap inattendu : DaVinci Resolve est désormais la seule solution qui associe le montage, l'étalonnage, les effets visuels, les animations graphiques, la post-production audio et le montage photo dans un seul logiciel. Pour les photographes qui cherchaient depuis des années une alternative crédible à Adobe, l'heure est peut-être venue.

© Blackmagic Design

DaVinci Resolve 21 : le logiciel vidéo référence d'Hollywood

Pour comprendre pourquoi cette annonce compte, il faut revenir sur ce qu'est DaVinci Resolve dans le monde de la vidéo. Initialement créé en 2004 par DaVinci Systems comme outil d'étalonnage couleur, Blackmagic Design a repris le flambeau en 2009 pour transformer le logiciel en une suite beaucoup plus complète.

La version 12, en 2015, marque un tournant avec l'intégration complète du montage, Fusion rejoignant le logiciel en version 15 pour les effets visuels, et Fairlight complétant le pipeline audio. Aujourd'hui, DaVinci Resolve est la référence des professionnels d'Hollywood tout en restant accessible aux créateurs indépendants grâce à sa version gratuite exceptionnellement complète. Des films à gros budgets et des séries Netflix sont montés et étalonnés avec ce logiciel qu'on peut télécharger sans débourser un centime.

Face à Adobe Premiere Pro et ses quelques dizaines d'euros mensuels d'abonnement, DaVinci Resolve a convaincu des milliers de monteurs de franchir le pas. Si beaucoup de vidéastes amateurs, mais pas seulement, ont depuis longtemps délaissé Adobe Premiere et son onéreux abonnement Creative Cloud pour DaVinci Resolve, les photographes sont encore pour la plupart chevillés à l'écosystème du géant américain. C'est précisément ce bastion qu'essaie d'ébranler Blackmagic Design avec cette version 21.

DaVinci Resolve 21 : des outils d'étalonnage de qualité cinéma

Le cœur de la nouveauté, c'est ce que Blackmagic appelle la page Photo. Là où Lightroom ou Capture One empilent des tirettes dans un panneau latéral, DaVinci Resolve permet de construire des chaînes de corrections visuelles connectées entre elles comme un organigramme. Ce système de correction par nœuds – des blocs que l'on relie les uns aux autres, chacun portant une correction différente – est depuis longtemps la signature de DaVinci Resolve dans le monde de la vidéo. C'est ce que les étalonneurs utilisent pour donner à un film son identité visuelle. Un rendu identique peut être appliqué à un album entier en un clic grâce aux nœuds partagés.

© Blackmagic Design

DaVinci Resolve 21 prend en charge les fichiers RAW natifs de Canon, Fujifilm, Nikon et Sony, ainsi que le format Apple ProRAW de l'iPhone. Le logiciel propose aussi la prise de vue en tethering – c'est-à-dire le déclenchement à distance de l'appareil photo depuis l'ordinateur, avec les images qui arrivent directement dans le projet – avec les boîtiers Sony et Canon compatibles.

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C'est une pratique que l'on associe habituellement à Capture One en studio et en photo de mode. Côté organisation, les images peuvent être notées, marquées comme favorites ou rejetées, rangées dans des albums. Les albums se créent automatiquement par jour de prise de vue ou modèle d'appareil, et il est même possible d'importer des catalogues Lightroom existants – une façon d'abaisser le coût psychologique du changement pour ceux qui ont des années de photos déjà organisées.

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Là où Adobe impose encore de jongler entre Lightroom, Photoshop et Premiere Pro, DaVinci Resolve propose une approche unifiée, particulièrement adaptée aux créateurs hybrides qui alternent constamment entre photo et vidéo. C'est là que Blackmagic joue une carte que ses concurrents ne peuvent pas facilement répliquer : la cohérence d'un seul logiciel pour tout faire.

© Blackmagic Design

DaVinci Resolve 21 : l'IA pour la retouche d'image

DaVinci Resolve 21 ne mise pas seulement sur l'étalonnage. Parmi les nouveaux outils IA, Magic Mask sélectionne un sujet en un clic pour l'étalonner séparément, AI UltraSharpen améliore la netteté et corrige de légers défauts de mise au point, AI Blemish Removal lisse les imperfections cutanées en conservant la texture de la peau, et Relight FX permet de modifier l'éclairage en post-production. Des outils qui touchent au retouche de portrait, un terrain sur lequel Lightroom et Photoshop dominent depuis des années.

Du côté vidéo, les nouveautés sont tout aussi nombreuses. IntelliSearch fouille les clips pour y dénicher des objets, des mots-clés de dialogue ou des personnes spécifiques. L'AI CineFocus simule profondeur de champ et effets de mise au point progressive.

S'y ajoutent l'AI Face Age Transformer pour vieillir ou rajeunir les visages, l'AI Face Reshaper pour modifier les traits, et l'AI Motion Deblur qui récupère les séquences floues. La liste est longue. Ce qui frappe, c'est que la plupart de ces outils fonctionnent indifféremment sur les photos et les vidéos – une cohérence qui sert directement les photographes-vidéastes.

DaVinci Resolve 21 : un modèle économique anti-Adobe

Tout cela serait moins percutant si le tarif n'était pas aussi agressif. DaVinci Resolve 21 reste gratuit dans sa version de base. La version Studio, qui débloque les outils IA avancés et les résolutions supérieures à l'UHD 4K, coûte 306 euros en achat unique, mises à jour à vie incluses. Face à cela, le forfait Adobe Photography – Lightroom et Photoshop – revient à environ 24 euros par mois, sans jamais posséder le logiciel. Sur cinq ans, l'abonnement Adobe dépasse 1 400 euros, contre un achat unique une fois pour toutes chez Blackmagic.

La lassitude face aux abonnements, notamment chez Adobe, est de plus en plus visible. Certains créateurs déboursent plusieurs dizaines d'euros par mois pour accéder à l'ensemble des outils. Et ce mécontentement ne date pas d'hier : depuis qu'Adobe a basculé vers le tout-abonnement en 2013, le sujet est récurrent dans les communautés de photographes et de vidéastes.

Il faut aussi évoquer Affinity, désormais propriété de Canva, qui propose une suite complète de retouche photo, création de visuels et mise en page – le tout gratuitement. DaVinci Resolve n'est donc pas seul à bousculer Adobe, mais il arrive avec un argument que les autres n'ont pas : une crédibilité professionnelle bâtie sur des années de productions cinématographiques.

Reste une question honnête à poser. Lightroom bénéficie de plus de dix ans d'optimisation pour les workflows photo, d'un écosystème mobile et desktop intégré et d'un catalogue de presets gigantesque. Le workflow par nœuds représente un changement d'habitudes pour un photographe rodé aux curseurs de Lightroom. L'adoption dépendra aussi de la fluidité sur de gros volumes de RAW, un domaine où Lightroom et Capture One ont de l'avance. La bêta publique de DaVinci Resolve 21 est déjà téléchargeable gratuitement sur le site de Blackmagic Design. La version finale n'a pas encore de date annoncée, mais les photographes ont désormais de bonnes raisons de jeter un œil à ce logiciel qu'ils croyaient réservé aux monteurs vidéo.