Shein, Temu, AliExpress… L'UE va appliquer une grosse taxe aux petits colis chinois

Shein, Temu, AliExpress… L'UE va appliquer une grosse taxe aux petits colis chinois

Alors que la France peine à taxer les petits colis provenant de plateformes chinoise, l'Union européenne vient de voter plusieurs mesures pour renforcer leur contrôle et leur taxation. Bientôt la fin des commandes à bas prix ?

Depuis plusieurs années, commander des produits vendus quelques euros sur des sites étrangers comme Shein, Temu ou AliExpress est devenu une habitude pour de nombreux consommateurs, notamment en France. Une pratique d'autant plus avantageuse pour les consommateurs que les colis d'une valeur inférieure à 150 euros sont totalement exonérées de frais de douane et que les plateformes proposent en plus très souvent des envois sans frais pour les commandes regroupant plusieurs articles. 

Le hic, c'est que cette forme de vente à distance a littéralement fait exploser le nombre de petits colis entrant sur le territoire, tout en saturant les services de douane et de logistique. Pour endiguer ce phénomène, et compenser symboliquement le manque à gagner pour les commerçants français, le Gouvernement a récemment mis en place depuis le 1er mars 2026 une taxe forfaitaire de 2 euros, appliquée sur chaque catégorie d'articles d'un colis à moins de 150 euros tous les petits paquets provenant de pays hors de l'Union européenne. Las, la mesure n'est absolument pas efficace, les géants chinois de la distribution ayant déjà réussi à contourner ce dispositif voir notre article). 

En effet, pour que la taxe douanière s'applique, il faut que le colis arrive directement sur le sol national. Pour éviter les frais, ils n'ont qu'à faire atterrir leurs avions cargos remplis de colis directement dans des pays voisins, comme les Pays-Bas ou la Belgique. Pire encore : avec cette stratégie, les plateformes échappent aux contrôles qui étaient effectués par les douanes françaises. Aussi, le Gouvernement est en train de préparer sa riposte et a annoncé dans un communiqué renforcer le pouvoir des douanes. Mais la solution va surtout venir de l'Union européenne.

Taxe sur les petits colis : une mesure provisoire avant la réforme douanière

Du côté de Bercy, un arrêté publié au Journal officiel autorise désormais les douanes à intervenir même après le passage en frontière, y compris lorsque les colis ont été vérifiés ailleurs dans l'Union européenne. Ainsi, les agents pourront inspecter les flux dans les entrepôts ou sur les axes routiers et sanctionner les manquements. Mais il s'agit là d'une procédure transitoire, car plusieurs mesures ont été prises par l'Union européenne et vont entrer en vigueur dans les prochains mois.

En effet, après des mois de négociations intenses,  le Parlement européen et le Conseil de l'UE sont parvenus à un accord sur la réforme du code des douanes de l'Union européenne. Aussi le 1er juillet prochain, de nouveaux droits de douane européens entreront en vigueur, à hauteur de 3 euros par catégorie d'article, auxquels s'ajouteront à partir du 1er novembre des frais de traitement de 2 euros également par catégorie d'article.

Un exemple pour y voir plus clair. Si vous achetez sur une plateforme chinoise trois coques de smartphone à 4 euros pièce, deux clés USB à 5 euros, et une paire d'écouteurs sans fil à 8 euros, votre colis contiendra trois catégories d'articles taxés chacune à 5 euros – 3 euros de frais de douane + 2 euros  de frais de traitement –, ce qui ajoutera 15 euros au total de votre commande. 

Et cette fois, Shein, Temu et consorts ne pourront plus contourner ces taxes ! La France pourra donc abandonner sa taxe au profit d'un système plus harmonisé. Et, étant donné qu'environ 4,6 milliards de petits colis d'une valeur inférieure à 150 euros ont été importés dans l'UE en 2024, cela va faire une sacrée source de revenus. Reste que les plateformes risquent de répercuter ces frais supplémentaires sur le portefeuille des consommateurs...

Taxe sur les petits colis : l'union douanière des États membres

En parallèle, les États membres et les eurodéputés se sont également mis d'accord pour sanctionner les plateformes de commerce en ligne qui importent des produits dangereux, celles-ci étant considérées comme responsables des articles vendus sur leur marketplace. Elles s'exposent à des amendes pouvant atteindre jusqu'à 6 % de la valeur totale des marchandises introduites dans l'Union européenne au cours des douze derniers mois. En cas de manquements graves ou répétés, une suspension des plateformes concernées pourra même être envisagée.

Shein, Temu et compagnie auront aussi la possibilité de décrocher le statut d'"importateur de ventes à distance", qui les rendra responsables des procédures douanières et du respect des règles européennes des produits qu'elles exportent dans l'UE. En compensation, les géants du e-commerce chinois pourront prétendre à un autre statut, celui de "Trust and Check Trader", qui leur permettra de bénéficier d'une réduction sur les futurs frais de traitement – 0,50 € au lieu de 2 € par colis – en échange de l'implantation d'entrepôts sur le territoire européen, ce qui faciliterait le travail des douaniers.

Dernier point : l'Union européenne va créer une autorité douanière européenne, dont le siège sera situé à Lille, afin de piloter la plateforme centralisée qui remplacera les 27 systèmes informatiques douaniers nationaux, de coordonner l'activité des différents services douaniers et de s'assurer que les contrôles seront réalisés de manière uniforme sur tout le territoire de l'UE. Notons que certains points des mesures mentionnées sont encore en discussion.