Cette technologie française estime l'âge des internautes en examinant leur main

Cette technologie française estime l'âge des internautes en examinant leur main

Une start-up montpelliéraine a développé une nouvelle technique de vérification d'âge reposant sur l'analyse de mouvements de la main. Une solution très originale qui allie efficacité et confidentialité.

Les préoccupations concernant les effets des réseaux sociaux sur la santé mentale, le développement et la sécurité des enfants et des adolescents se font de plus en plus croissantes et sont plus que jamais au cœur du débat public. Il y a, à travers le monde, une vraie prise de conscience des différents gouvernements de l'urgence à protéger les plus jeunes de l'effet destructeur de certaines plateformes. Aussi, plusieurs pays ont pris la décision radicale d'imposer la vérification d'âge pour celles qui sont accessibles aux mineurs, afin d'être certains que les plus jeunes ne soient pas exposés à des contenus trop sensibles et inappropriés.

La majorité des plateformes ayant mis en place cette vérification d'âge ont opté pour des systèmes demandant aux utilisateurs de prendre un selfie et/ou une courte vidéo d'eux en direct afin d'estimer leur âge facial, ou de fournir un document d'identité officiel. Mais il y a aussi des solutions plus originales, qui se basent sur des mouvements de main.

BorderAge : un bouclier pour filtrer l'entrée sur les plateformes

Comme le rapporte Le Figaro, la société montpelliéraine Needemand a mis au point une technologie baptisée BorderAge qui repose sur l'intelligence artificielle. Concrètement, l'utilisateur doit filmer sa main quelques secondes devant la caméra de son téléphone ou de son ordinateur en réalisant un mouvement simple. L'algorithme analyse ensuite différents éléments, comme la morphologie de la main, la texture de la peau ou encore la manière dont les doigts bougent. Ces informations permettent d'établir une estimation de l'âge avec un niveau de précision jugé suffisant pour distinguer un mineur d'un adulte.

© Needemand

"La recherche médicale a montré un lien précis entre l'âge d'un individu et certains éléments physiologiques des mouvements de sa main", explique Jean-Michel Polit, le directeur commercial de Needemand, à nos confrères. "De la naissance à l'âge adulte, nous effectuons ces mouvements différemment. Il s'agit de différences qui ne sont pas perceptibles à l'œil nu. Nos modèles d'IA se basent sur l'analyse de ces éléments physiologiques pour évaluer l'âge."

En effet, sur une période allant de 10 à 25 ans, les variations hormonales modifient profondément le système nerveux et musculaire. Avec l'âge, les gestes changent et deviennent plus économes et moins erratiques. Ce sont ces micro-variations que détectent les algorithmes. 

Contrairement aux systèmes de reconnaissance faciale, cette méthode entend limiter les risques liés à la vie privée, car elle ne nécessite ni visage, ni nom, ni document officiel. Elle constitue une solution relativement fiable – à 99 % selon Needemand – sans avoir à renseigner des données personnelles ou à donner son visage. Il suffit juste de quelques gestes de la main devant une caméra. De quoi offrir un bon compromis entre efficacité et respect de la vie privée.

BorderAge : une solution pour éviter le partage de données

Les solutions actuellement utilisées présentent de nombreuses limites. Certaines plateformes demandent simplement une date de naissance, facilement falsifiable. D'autres expérimentent la reconnaissance faciale ou le téléchargement de pièces d'identité, mais ces dispositifs soulèvent des inquiétudes importantes concernant la protection des données personnelles, notamment avec les vagues de piratage successives qui frappent les différents services numériques et les fuites massives qui en découlent. Sans compter qu'ils sont facilement contournables – l'association Internet Matters révèle par exemple que de nombreux enfants britanniques y parviennent en se dessinant une simple moustache (voir notre article). Alors que, en théorie, les mouvements de la main ne peuvent être imités.

L'entreprise de Montpellier affirme que les données biométriques analysées ne sont pas conservées et que le système ne vise pas à identifier une personne, mais uniquement à déterminer une tranche d'âge. Elle ne conserve ni image, ni IP, ni aucune information personnelle. Seuls des points de mesure anonymes transitent sur des serveurs disposant de capacités de stockage minimales. 

© Needemand

La technologie BorderAge est commercialisée depuis avril 2025, mais les discussions pour son adoption se sont réellement accélérées en automne dernier. En effet, l'Australie a interdit l'utilisation des réseaux sociaux aux moins de 16 ans en décembre 2025, et de nombreux pays ont souhaité suivre son exemple en légiférant. Résultat : en quelques mois, le système de Needemand a été déployé dans plus de 100 pays à la fois par des réseaux sociaux, mais aussi des sites pour adultes et des applications de rencontres. L'été dernier, le gouvernement australien a même mené une évaluation à grande échelle dont les résultats ont fait pas mal de bruit, si bien que le Congrès américain et le Parlement canadien étudient actuellement la technologie. 

En France, le Gouvernement a déployé il y a peu sur France Identité une fonction permettant de fournir une preuve de l'âge au service qui le demande selon le principe du double anonymat (voir notre article).

De son côté, l'Union européenne cherche à définir des standards communs pour la vérification de l'âge en ligne respectueux de la vie privée. Plusieurs États membres participent à ce travail, avec pour objectif de rendre ces systèmes interopérables à l'échelle européenne. L'UE a déjà dévoilé en avril dernier sa propre application de vérification d'âge en open source, mais elle avait été piratée en seulement quelques minutes, obligeant le Vieux Continent à revoir sa copie.