Protection des mineurs : l'Union européenne a son application de vérification d'âge
Pour obliger les géants du numérique à mieux protéger les mineurs, l'UE va lancer son système de vérification d'âge pour se connecter aux réseaux sociaux et aux grandes plateformes en ligne. L'application est "prête, d'un point de vue technique".
La protection des mineurs en ligne revient régulièrement dans le débat public. Entre les contenus inappropriés, le cyberharcèlement, la dépendance aux écrans et d'autres usages à risque, les menaces sont nombreuses. Dans ce contexte, de nombreux pays cherchent à renforcer les mécanismes de vérification de l'âge des jeunes internautes.
À l'échelle européenne, le Digital Services Act (DSA) impose aux grandes plateformes en ligne (VLOP) de s'assurer que "les droits et l'intérêt supérieur des enfants [sont] au cœur du fonctionnement de leurs services". Cela peut passer, notamment, par la mise en place de dispositifs de vérification de l'âge, ainsi que le blocage de leur accès si celui-ci n'est pas présent ou efficace.
Plusieurs États membres, dont la France, ont déjà tenté de légiférer sur ce sujet, mais tous se heurtent encore à des obstacles techniques, éthiques et juridiques. Aussi, afin d'harmoniser la façon dont l'âge des internautes est vérifié, l'Union européenne a décidé de développer sa propre application de vérification d'âge, qui était initialement prévue pour cet été (voir notre article). Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 15 avril, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la commissaire en charge de la Souveraineté technologique, Henna Virkkunen, ont présenté un point d'étape sur son développement.
Verdict : après avoir testé pendant plusieurs mois un prototype dans cinq États membres (le Danemark, la France, la Grèce, l'Italie et l'Espagne), "notre application européenne de vérification de l'âge est prête d'un point de vue technique et elle sera bientôt disponible pour que les citoyens puissent en faire usage", s'est réjouie la première.
Si tout se passe bien, les internautes devront alors "prouver qu'ils ont l'âge requis lorsqu'ils accèdent à des plateformes en ligne, tout comme des enseignes demandent une preuve de l'âge lorsque certaines personnes achètent des boissons alcoolisées dans leurs magasins".
Our app ticks all the boxes.
— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) April 15, 2026
Highest privacy standards in the world
Works on any device
Easy to use
Fully open source pic.twitter.com/EUqHlA3ts0
Vérification d'âge en UE : une application attendue de pied ferme
Selon les premières démonstrations et plusieurs sources, l'application reposerait sur la "preuve à divulgation nulle de connaissance" (zero-knowledge proof). Pour faire simple, les utilisateurs procéderaient à une vérification d'identité initiale (avec un document officiel, un selfie ou une vidéo), après quoi l'application générerait une preuve de majorité, sans enregistrer les données d'identité.
Selon la présidente de la Commission, les plateformes qui s'appuieront sur cet outil pour vérifier l'âge de leurs utilisateurs n'auront accès ni à leur identité, ni à leurs données sensibles. Tout se fait "de manière complètement anonyme, et sans pouvoir être tracés". Avec cette solution, Ursula von der Leyen estime que les grandes plateformes "n'auront plus d'excuses" pour se défausser.
Sept États membres ont d'ores et déjà accepté d'intégrer l'outil à leur portefeuille numérique national, à savoir la France, le Danemark, la Grèce, l'Italie, l'Espagne, Chypre et l'Irlande. L'application fonctionnera sur tous les appareils, smartphones, ordinateurs et tablettes, en "code source ouvert", ce qui permettra aux pays partenaires des États membres de l'UE de pouvoir également l'adopter.
Cette solution tombe à point nommé, alors que plusieurs pays européens souhaitent fixer un âge minimum pour accéder aux réseaux sociaux. En effet, la France et le Danemark veulent les interdire aux moins de 15 ans, tandis que l'Espagne et le Portugal se battent pour un seuil de 16 ans. Et, jusqu'à présent, les tentatives ont été pour le moins décevantes.
L'Espagne a ouvert la voie en 2024, en tentant d'imposer la vérification par la carte d'identité nationale pour accéder aux sites pornographiques, mais le projet fait face à la pression des experts en cybersécurité et des défenseurs des libertés civiles. De son côté, la France a bien adopté la loi SREN en mai 2024 et est sur le point d'adopter un projet de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais elle peine à faire appliquer efficacement la législation. Enfin, le Portugal a voté en février 2026 l'interdiction des comptes pour les moins de 13 ans, tandis que la Norvège a fixé un âge minimum de 15 ans avec une vérification obligatoire.
Ursula von der Leyen a assuré "écouter" et "partager" les préoccupations des pays membres. Elle plaide pour "une approche européenne harmonisée" de la protection des mineurs en ligne, notamment sur la question de l'âge minimum. Dans cette optique, elle et Emmanuel Macron vont organiser, le jeudi 16 avril, une visioconférence avec plusieurs chefs d'État européens afin d'aborder les différentes pistes visant à encadrer l'accès des mineurs aux réseaux sociaux. Leurs recommandations seront disponibles "d'ici à l'été".