Ce nouveau Bac pro forme des pilotes de drones : une première unique en France

Ce nouveau Bac pro forme des pilotes de drones : une première unique en France

Dans un lycée du Haut-Rhin, onze élèves préparent la toute première option dronautique intégrée à un bac professionnel en France. Une formation qui attire déjà l'armée et ouvre des débouchés dans de nombreux secteurs.

Dans le laboratoire d'électronique du lycée Louise Weiss de Sainte-Marie-aux-Mines, une petite commune alsacienne de 5 000 habitants nichée dans les Vosges, deux adolescents sont penchés sur un banc d'essai. Leur mission du moment : mesurer à partir de quelle vitesse les moteurs d'un drone peuvent soulever l'engin. Pendant ce temps, un camarade fait slalomer un quadricoptère entre des plots.

La scène n'a rien d'un cours d'aéromodélisme du mercredi après-midi. Ces onze élèves préparent un bac professionnel Ciel – pour Cybersécurité, informatique et réseaux, électronique – dans lequel a été intégrée une option dronautique, une spécialité sans équivalent dans aucun autre établissement scolaire en France.

L'idée est venue du proviseur, François Ginoux, avec une ambition clairement formulée : créer une filière innovante qui n'existe nulle part ailleurs, en utilisant le drone non pas comme gadget mais comme un véritable outil professionnel. Le pari semble réussi. L'option dronautique a recréé un véritable regain d'intérêt pour le bac pro Ciel, au point que le proviseur doit désormais refuser des élèves à l'inscription en début d'année. Pour un diplôme professionnel en filière électronique et informatique, ce n'est pas si courant.

© sutadimages - Adobe Stock

La formation couvre à la fois la pratique du pilotage et des bases techniques solides. Les élèves apprennent à faire voler les engins, mais aussi à comprendre leur fonctionnement mécanique et électronique – portance, motorisation, équilibrage. Ils intègrent également la réglementation en vigueur, notamment les zones de survol interdites et les procédures d'autorisation nécessaires pour opérer légalement. La théorie et la pratique sont indissociables : on ne pilote pas un drone sans comprendre pourquoi il vole, ni sans savoir où l'on a le droit de le faire.

Ce qui distingue vraiment cette formation, c'est le partenariat noué avec l'Armée de l'air et de l'espace. Des instructeurs militaires ont dispensé des cours de pilotage aux élèves et les ont emmenés visiter des bases aériennes de la région. Ces compétences intéressent directement les forces armées, dont les besoins en opérateurs de drones ne cessent de croître, que ce soit pour la surveillance, la reconnaissance ou les opérations tactiques. Pascal Fischer, commandant du Centre Régional de Recrutement de l'Armée, a confirmé que ces profils formés dès le lycée présentent un intérêt réel pour les recruteurs militaires.

Les débouchés ne se limitent pas au secteur militaire. Les drones ont envahi des secteurs professionnels très variés : agriculture de précision pour surveiller les cultures ou épandre des traitements ciblés, inspection d'infrastructures comme les ponts, lignes électriques ou toitures, cartographie, cinéma et production audiovisuelle, sécurité civile. Des métiers qui recrutent et qui peinent à trouver des opérateurs formés – une réalité que le marché n'a pas encore totalement rattrapée.

Pour le proviseur Ginoux, l'étape suivante est claire. Il souhaite que l'Éducation nationale reprenne cette initiative pour l'étendre à d'autres lycées en France, soulignant qu'il n'existe à ce jour aucune filière équivalente dans l'enseignement professionnel français. Un modèle à dupliquer, donc – mais qui nécessite des équipements spécifiques, des partenariats solides et des enseignants capables d'accompagner les élèves sur le terrain autant qu'en salle de cours.

En attendant, les onze pionniers de Sainte-Marie-aux-Mines s'apprêtent à passer leur examen avec une option que personne d'autre en France ne peut encore revendiquer sur un CV. Un avantage concurrentiel qui ne nécessite pas de traduction.