Une très mauvaise surprise attend les particuliers équipés de panneaux solaires
Un projet d'arrêté gouvernemental prévoit d'abaisser drastiquement le tarif de rachat de l'électricité solaire des particuliers. Un tournant brutal qui change radicalement la logique économique des panneaux solaires.
Il fut un temps où installer des panneaux photovoltaïques sur son toit permettait de vendre la totalité de sa production à l'État, à des tarifs pouvant atteindre 60 centimes d'euro le kilowattheure, garantis pendant vingt ans. C'était à la fin des années 2000, quand le Gouvernement cherchait à doper l'équipement des ménages en subventionnant généreusement les pionniers. Ce temps est révolu – et la rupture s'accélère.
En mars 2025, pour les installations d'une puissance comprise entre 0 et 9 kilowatts-crête, typiquement le segment des particuliers, il n'était déjà plus possible de vendre la totalité de sa production d'électricité solaire à EDF OA – pour Obligation d'Achat, la structure qui rachète l'électricité –, mais seulement le surplus, soit la partie non autoconsommée. Le tarif d'achat était alors passé de 12 centimes à 4 centimes d'euro le kilowattheure. Ce n'était qu'une étape.
Un projet d'arrêté du Gouvernement, qui devrait paraître très prochainement, prévoit de faire tomber ce tarif plus bas encore, à 1,1 centime d'euro le kilowattheure, et seulement lorsque le cours de l'électricité sur le marché spot est positif. Dans le cas contraire, le tarif d'achat sera tout bonnement de zéro. En l'espace d'un an, l'État aura ainsi divisé par près de douze le prix auquel il rachète l'électricité solaire des particuliers.
Le coup ne s'arrête pas là. La prime à l'autoconsommation, versée en une fois un an après l'installation et qui avait déjà dégringolé à 80 euros par kilowatt-crête l'an dernier, serait purement et simplement supprimée par ce même projet d'arrêté. Ces deux mesures ensemble marquent la fin d'une ère : le petit photovoltaïque domestique ne bénéficiera plus d'aucun soutien public significatif.
Pour comprendre ce retournement, il faut regarder ce qui se passe sur le réseau électrique aux heures ensoleillées. Fin 2025, Enedis recensait 848 374 installations photovoltaïques en autoconsommation individuelle. Des afflux massifs d'électricité arrivent sur le réseau aux heures méridiennes des journées ensoleillées sans qu'il n'y ait de consommations suffisantes à mettre en face. La Commission de régulation de l'énergie recensait 352 heures à prix négatifs en 2024 et 513 heures encore l'an dernier. Difficile, dans ce contexte budgétaire serré, pour l'État de continuer à payer l'électricité solaire des particuliers à un tarif garanti.
La direction à prendre est désormais claire : " La rentabilité du projet ne se fait plus sur la vente de votre électricité solaire, rappelle David Gréau, délégué général d'Enerplan, syndicat professionnel de l'énergie solaire. Tout l'enjeu désormais est d'autoconsommer sa production d'électricité solaire. " Concrètement, il s'agit de faire coïncider ses usages électriques – lave-linge, chauffe-eau, voiture électrique – avec les heures de production des panneaux, et d'éviter ainsi d'acheter de l'électricité sur le réseau où le kilowattheure coûte actuellement autour de 20 centimes.
Dans ce contexte, il est impératif de ne pas surdimensionner son installation solaire, au risque d'avoir une production bien trop supérieure à sa consommation. Coupler l'achat de panneaux avec celui d'une batterie domestique est une bonne idée pour augmenter son taux d'autoconsommation.
Pour les propriétaires qui auront malgré tout un surplus à écouler, des alternatives privées commencent à émerger. En réaction à ce projet d'arrêté, Octopus Energy vient par exemple de lancer l'offre Solar Boost, dans laquelle le fournisseur s'engage à acheter 4 centimes du kilowattheure le surplus, à un tarif bloqué pendant trois ans – mais à condition de disposer d'une batterie domestique qu'il pilote à distance pour optimiser l'autoconsommation.
Ce marché privé reste toutefois encore jeune et inégal. Des acteurs peu fiables y ont déjà sévi, certains payant avec des mois de retard – voire jamais. Côté transition, les professionnels du secteur regrettent surtout la brutalité du virage. David Gréau estime qu'il aurait été plus judicieux de fixer, sur une période de l'année, des créneaux horaires toujours identiques pendant lesquels le tarif d'achat du surplus solaire est de zéro – par exemple d'avril à septembre entre 11 h et 14 h –, tout en maintenant 4 centimes les autres moments. Ce dispositif aurait été plus lisible pour les ménages, tout en les incitant à adapter leurs consommations. Mais cette proposition d'Enerplan a peu de chances d'être entendue.