Voilà pourquoi les films Netflix sont de plus en plus bizarres et ennuyeux (c'est votre faute)
Vous l'avez peut-̂être remarqué : les films récents des plateformes de streaming comme Netflix pariassent répétitifs, et presque ennuyeux. Ce n'est pas une impression : c'est une stratégie délibérée que des acteurs révèlent.
Il y a quelques mois, Matt Damon et Ben Affleck étaient invités sur le podcast de Joe Rogan pour promouvoir leur nouveau film The Rip, sorti sur Netflix en janvier 2026. Entre deux anecdotes de tournage, Damon a lâché une confidence qui a rapidement fait le tour des médias spécialisés – et qui résume à elle seule l'évolution inquiétante d'une certaine façon de faire du cinéma.
Selon lui, Netflix pousse désormais les réalisateurs à placer une grande scène d'action dès les premières minutes du film – pour "garder les gens" – et à réexpliquer l'intrigue trois ou quatre fois dans les dialogues, "parce que les gens sont sur leur téléphone pendant qu'ils regardent". La formule est limpide. La plateforme ne fait plus des films pour des spectateurs attentifs : elle les conçoit pour des gens à moitié absents, l'œil constamment partagé entre le téléviseur du salon et l'écran de leur smartphone.
Matt Damon a détaillé comment la logique narrative traditionnelle du film d'action – une grande scène au premier acte, une au deuxième, une au troisième, avec le climax en finale – est en train d'être abandonnée au profit d'un format qui "accroche" immédiatement, quitte à sacrifier la construction dramatique. Ce n'est plus un arc narratif. C'est une succession de stimulations calibrées pour retenir un spectateur dont l'attention est supposée fuir à chaque instant.
Moins pessimiste, Ben Affleck estime que le formatage n'est pas une fatalité, citant l'exemple de Adolescence, la série britannique qui a cartonné sur Netflix début 2026 sans obéir à ces nouvelles règles. Constat que partage Matt Damon… en soulignant que c'est justement l'exception.
Ce que les deux acteurs décrivent n'est que la partie visible d'un phénomène plus large. Les plateformes de streaming disposent de données comportementales d'une précision redoutable : à quelle seconde les spectateurs décrochent, à quel moment ils passent à autre chose, quels types de scènes retiennent l'attention. Ces données alimentent des décisions éditoriales de plus en plus mécaniques – et de moins en moins artistiques.
Quand un spectateur regarde une série en faisant défiler son fil Instagram, il envoie un signal à la plateforme : faites des contenus qui se passent de mon attention. Netflix obéit. Et ce faisant, contribue à appauvrir un peu plus l'art de raconter des histoires – avec la complicité involontaire des téléspectateurs connectés en permanence…
L'IA s'invite désormais dans ce processus à tous les niveaux. Des outils d'analyse prédictive aident déjà les studios à évaluer le potentiel commercial d'un scénario avant même qu'une caméra soit allumée. Certains vont plus loin et génèrent directement des structures narratives, des dialogues ou des synopsis optimisés pour maximiser l'engagement. La grève des scénaristes hollywoodiens de 2023 portait déjà en germe cette question : jusqu'où l'industrie est-elle prête à aller pour remplacer la créativité humaine par des algorithmes ?
Il est trop tôt pour conclure et imaginer l'avenir de la production télévisuelle. Ce qui est certain, en revanche, c'est que les producteurs et les studios font tout donner au public ce qu'il attend, sans le déranger dans ses habitudes. Et sans le surprendre. Surtout, ce la montre que nous sommes entrés dans une ère où l'enjeu majeur – donc commercial – est de capter l'attention, bien plus que de divertir ou de cultiver…