Recherche d'emploi : cette IA fait passer des entretiens pour éliminer des candidats
Une IA qui fait passer des entretiens d'embauche pour filtrer et éliminer les candidats à la recherche d'un emploi : c'est l'idée innovante et surprenante que cette entreprise française propose aux recruteurs pour gagner du temps.
Depuis quelques années, l'IA fait partie intégrante des processus de recrutement, notamment pour résoudre un problème bien connu des entreprises : le volume, lorsqu'elles ont trop de candidatures, mais pas assez de temps pour toutes les évaluer. Les algorithmes analysent alors les CV, repèrent des mots-clés, évaluent des correspondances de compétences. Plus récemment encore, certaines solutions sont capables de mener des entretiens automatisés, à l'écrit ou à l'oral, en posant des questions et en évaluant les réponses sans intervention humaine. Une évolution présentée comme une révolution d'efficacité.
C'est le cas, par exemple, de la solution de recrutement ALLinOne, développée par l'agence de marketing RH Twinin. Grâce à l'IA intégrée, la solution est capable de diffuser automatiquement les offres sur les plateformes les plus pertinentes et d'ajuster en continu les canaux selon leur performance, ou encore d'analyser et de noter les CV en fonction des compétences, de l'expérience et de la compatibilité avec le poste. Mais sa singularité tient surtout à l'intégration d'Adèle, une IA capable de mener les entretiens de préqualification vocaux.
Son principe est simple : le candidat postule en ligne et, après une analyse rapide de son CV, Adèle le contacte pour un entretien vocal. Elle lui pose alors des questions préétablies sur son parcours, ses compétences ou ses disponibilités, en fonction de son CV, des qualifications requises pour le poste et de certaines demandes de l'employeur. Elle génère ensuite automatiquement un score, un résumé et des extraits audio clés. Notons que l'IA traite uniquement les propos du candidat, elle ne déchiffre pas la tonalité ou la qualité d'expression orale. De même, elle ne relance pas le candidat en fonction d'un élément de sa réponse, elle se contente de passer à la demande suivante.
Nous avons testé la démo proposée par l'entreprise et avons passé un entretien pour être vendeur en magasin. Nous avons choisi de tester Adèle sous le profil de Sophie Martin, vendeuse en prêt-à-porter, avec un CV noté 8/10 par l'IA. Celle-ci nous a immédiatement appelés pour nous poser des questions assez basiques – quel était notre job de vendeuse exactement, quelles sont nos qualités pour ce poste, comment créer un premier contact avec le client, quelles sont nos revendications salariales…
Le côté un peu "robotique" de l'échange a de quoi quelque peu déstabiliser, car il ne s'agit pas d'un échange justement, mais d'une sorte de formulaire à remplir à l'oral, et il est facile d'oublier des détails ou de faire des réponses trop courtes, comme l'IA ne "relance" pas le candidat pour demander des précisions comme le ferait une vraie personne – c'est du moins la sensation que nous avons eue. Mais l'entreprise assure qu'il ne s'agit là que d'un moyen de "valider" les CV, d'obtenir des détails supplémentaires à propos du candidat, avant de passer à un réel entretien, avec un humain cette fois.
L'approche se veut moderne et pragmatique. Pour les entreprises, Adèle incarne une promesse de rapidité et de rationalisation. Pour les candidats, elle est présentée comme un premier contact immédiat, sans attente, disponible à toute heure. Mais cette efficacité apparente soulève tout de même quelques interrogations, notamment à propos des biais algorithmiques.
En effet, les IA apprennent à partir de données existantes, qui peuvent parfois refléter des discriminations passées. L'affaire HireVue/Intuit est souvent citée comme un cas d'école. L'entreprise Intuit a cessé d'utiliser un outil d'entretien vidéo automatisé après des critiques accusant l'IA d'analyser les expressions faciales et la voix des candidats – ce que ne fait pas Adèle, précisons-le –, au risque de produire des évaluations biaisées et discriminatoires. Reste que, avec la popularisation de l'IA, il va bientôt falloir s'habituer à passer des entretiens avec un robot, pour le meilleur comme pour le pire.
