Amazon Leo : le rival de Starlink pourra bien opérer en France
Le Conseil d'État a rejeté le recours du syndicat CFE-CGC, autorisant ainsi le déploiement en France de Leo, le service d'Internet par satellite d'Amazon. De quoi concurrencer sérieusement Starlink ?
Malgré les investissements massifs des opérateurs, le déploiement de la fibre optique sur l'ensemble du territoire français reste un chantier de longue haleine. Dans certaines zones blanches, les contraintes liées au relief, aux conditions météorologiques et aux coûts d'installation rendent même son déploiement particulièrement difficile, voire impossible.
Pour ces territoires mal desservis, l'Internet par satellite constitue une alternative crédible. En s'appuyant sur des constellations de milliers de satellites en orbite basse, cette technologie permet d'accéder à une connexion haut débit, y compris dans les régions les plus isolées. Pas étonnant qu'en quelques années à peine, le marché de la connectivité spatiale à haut débit a vu surgir de nombreux nouveaux acteurs partout dans le monde – il est d'ailleurs estimé à 16 milliards de dollars à l'horizon 2030.
Et justement, le lancement en France d'Amazon Leo, le concurrent direct de Starlink, vient de franchir une étape décisive. Comme le rapporte La Tribune, le Conseil d'État a rejeté le recours déposé contre l'autorisation accordée par l'Arcep au service d'accès à Internet par satellite du groupe américain. Cette décision met un terme au principal obstacle juridique qui pesait sur le projet et permet à Amazon de poursuivre son calendrier de déploiement sur le territoire français.
Amazon Leo : un revers judiciaire pour le syndicat CFE-CGC Télécoms
L'affaire remonte à juillet 2025, lorsque l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) a autorisé Amazon Kuiper, devenu depuis Amazon Leo, à utiliser des fréquences radio pour "établir et exploiter un réseau ouvert au public du service fixe par satellite" en France pendant une durée de dix ans. Cette autorisation était indispensable pour permettre au service de fonctionner dans l'Hexagone.
Mais, quelques mois plus tard, la CFE-CGC Télécoms avait saisi le Conseil d'État afin d'obtenir l'annulation de cette décision. Le syndicat estimait notamment que l'autorisation avait été accordée sans véritable mise en concurrence et que la consultation publique menée par le régulateur était insuffisante. Il faisait également valoir plusieurs inquiétudes concernant les conséquences potentielles de ces constellations de satellites sur l'emploi, la concurrence loyale entre opérateurs, la sécurité publique ainsi que l'environnement.
Ces arguments n'ont finalement pas été retenus par la plus haute juridiction administrative française, qui a estimé que la CFE-CGC ne justifie pas d'un intérêt lui permettant de contester cette autorisation, celle-ci ne portant pas directement atteinte aux intérêts défendus par le syndicat. Le Conseil d'État a par conséquent rejeté le recours et condamné la CFE-CGC à verser 3 000 euros à Amazon Kuiper, la filiale qui exploite Amazon Leo, au titre des frais de justice.
Amazon Leo : un déploiement encore balbutiant
Le service de connexion Internet par satellites Amazon Leo peut donc officiellement faire ses débuts en France. Il destine son offre aussi bien aux particuliers qu'aux entreprises, aux administrations et aux opérateurs de télécommunications. Reste à voir quelles seront ses performances lors de son arrivée sur le marché. Pour l'instant, le service compte 396 satellites déployés en orbite. À titre de comparaison, Starlink, le réseau de satellites de SpaceX qui est aujourd'hui largement dominant sur le marché, en comptait 900 lors de son lancement. Ses performances risquent donc d'être plus modestes. À terme, Amazon prévoit de mettre en orbite près de 3 000 satellites.
Nous ignorons encore la date de commercialisation du service en France, ainsi que le matériel nécessaire pour pouvoir en bénéficier. Chris Weber, vice-président de la division commerciale et produits d'Amazon Leo, a assuré que le service était prêt pour une commercialisation "mi-2026", aux États-Unis. Si l'entreprise mène déjà des essais auprès d'un nombre limité de partenaires, le lancement d'une phase bêta destinée aux premiers utilisateurs en France n'est attendu qu'à la fin de 2026 ou au début de 2027, sous réserve de la poursuite du déploiement de la constellation.
