Remplir un jerrican à la station-service : les règles que tout le monde ignore
Avec la guerre en Iran qui fait grimper les prix du pétrole, certains automobilistes songent à faire des réserves. Mais si remplir des jerricans à la station-service est légal, il faut respecter des règles précises que peu de gens connaissent.
Le conflit iranien fait revenir une pratique que beaucoup pensaient réservée aux années de pénurie : remplir un jerrican à la pompe. Quand les prix s'envolent ou que les files d'attente s'allongent devant les stations, le réflexe de constituer une petite réserve revient vite. Mais avant de placer le bidon sous la pompe, mieux vaut savoir ce que la loi autorise – et ce qu'elle interdit.
Premier point indiscutable : le transport de carburant est régi par l'accord européen ADR (accord européen relatif au transport international des marchandises dangereuses par route), complété en France par l'arrêté du 29 mai 2009. En pratique, le transport est limité à 333 litres d'essence ou 1 000 litres de gazole par véhicule. Ces chiffres peuvent surprendre – ils autorisent théoriquement beaucoup de jerricans – mais ils ne dispensent pas du respect de règles strictes. Pour les particuliers, en revanche, une exemption simplifiée s'applique : jusqu'à 240 litres au total par véhicule, sans contrainte particulière, à condition que chaque récipient ne dépasse pas 60 litres. Au-delà, les exigences de l'ADR s'appliquent pleinement.
Le contenant lui-même est soumis à des conditions précises. Le carburant doit impérativement être transporté dans des récipients homologués conformes à l'ADR – groupe II pour l'essence, groupe III pour le gazole. Cette homologation est matérialisée par le symbole de l'ONU, marqué en relief sur le bidon. Pour les jerricans en plastique, le mois et l'année de fabrication doivent être indiqués, car leur durée d'usage ne peut dépasser cinq ans. Un vieux bidon de récupération trouvé au fond du garage ne fera donc pas l'affaire, quelle que soit son apparente solidité.
Côté sécurité à bord, l'accord ADR impose des mesures que beaucoup ignorent. Parmi les dispositions obligatoires figurent l'arrêt du moteur pendant les opérations de manutention, l'interdiction de fumer et la présence d'un extincteur à poudre ABC d'au moins 2 kg. En outre, tout véhicule transportant des marchandises dangereuses doit être muni d'au moins deux extincteurs portatifs, dont les caractéristiques varient selon le poids total autorisé en charge du véhicule. Un détail que quasiment aucun automobiliste ne connaît, et qui pourrait poser problème en cas de contrôle ou d'accident.
Le remplissage lui-même obéit à une règle souvent négligée : il faut toujours remplir le jerrican en dehors du véhicule, posé sur le sol, afin que l'électricité statique puisse se dissiper – une étincelle suffit à provoquer un embrasement. Il ne faut jamais remplir à ras bord : ne remplir le jerrican qu'à 95 % maximum pour permettre l'expansion des vapeurs. Une fois en route, les récipients doivent être solidement arrimés et calés, et il est interdit de les ouvrir à bord du véhicule. Si les bidons sont transportés dans un coffre fermé, le véhicule doit être correctement ventilé.
Enfin, le contexte géopolitique actuel peut changer la donne localement. Le préfet territorialement compétent peut restreindre, voire interdire le transport de carburant en jerrican en raison de circonstances particulières. Ce fut le cas en 2022 lors des grèves dans les raffineries, lorsque plusieurs préfectures ont temporairement suspendu ce droit pour éviter que les stations ne soient vidées en quelques heures. Avant de faire la queue avec vos bidons, un coup d'œil aux arrêtés préfectoraux en vigueur dans votre département peut donc éviter de mauvaises surprises.