Les Googlebook arrivent : mais à quoi vont servir ces nouveaux ordinateurs portables sous Android ?
Avec Acer, Asus, Dell, HP et Lenovo, Google vient de présenter les premiers Googlebook, des PC portables de nouvelle génération conçus pour les applis Android et l'IA Gemini. Un concept original, mais qui laisse perplexe, et pas seulement pour le prix.
Google a présenté ce lundi 21 septembre 2026 les Googlebook, une toute nouvelle famille d'ordinateurs portables destinée à succéder aux Chromebook. Cinq constructeurs partenaires, Acer, Asus, Dell, HP et Lenovo, produisent chacun leur propre machine autour d'un socle logiciel commun, mêlant Android, des briques héritées de ChromeOS et même un véritable terminal Linux. Quatre de ces cinq modèles arriveront en France dès le 5 octobre, les précommandes ayant ouvert le jour même de l'annonce. Le Chromebook, lui, n'est pas abandonné : Google assure vouloir continuer à le proposer dans l'éducation et sur l'entrée de gamme, laissant le Googlebook s'installer sur un terrain résolument premium pour d'autres usages.
Googlebook : l'ordinateur
Les arguments principaux de Google tiennent en deux mots : continuité et intelligence. Avec ses Googlebook, Google mise sur une liaison poussée avec Android, grâce à une synchronisation totale. La fonction "Continuer" permet ainsi de reprendre sur l'ordinateur une tâche commencée sur un téléphone, "Accès rapide" fait apparaître les photos et fichiers du mobile directement dans le gestionnaire de fichiers du PC, et "Caster mes applis" projette une application mobile du smartphone sur le grand écran sans rien installer de plus. De quoi rendre le passage du téléphone à l'ordinateur nettement plus fluide qu'avec un PC Windows classique – à condition évidemment de posséder un téléphone Android. Un réel avantage, et peut-être même un rêve pour ceux qui jonglent en permanence entre les deux appareils.
Gemini, de son côté, s'invite partout. Il suffit d'agiter le pointeur de la souris pour activer l'IA de Google et sélectionner un élément à l'écran, une photo ou un passage de texte, afin de lui poser une question ou lui demander une comparaison. La commande vocale "Hey Google" ouvre un dialogue les mains libres, capable de partager l'écran ou de discuter d'un document en cours. La dictée, enfin, ne se contente plus de retranscrire : elle reformule les phrases hésitantes en texte structuré.
Sur le plan matériel, Google impose un socle commun à tous ses partenaires, en plus d'une touche G sur le clavier, en lieu et place des Commande et Windows : au minimum 16 Go de RAM, 256 Go de stockage, un écran tactile et des matériaux premium comme l'aluminium, le magnésium ou la fibre de carbone. Une barre lumineuse à Led incrustée dans le capot permet de vérifier le niveau de batterie et la charge en un clin d'œil. Une puce de sécurité Titan C gère le déverrouillage biométrique par empreinte digitale ou reconnaissance faciale, en plus d'autres fonctions de cryptage pour les mots de passe notamment. Un cahier des charges qui rappelle ce que Microsoft avait fait pour ses fameux PC estampillés Copilot+, avec le succès qu'on connaît.
Googlebook : cinq marques partenaires
Sur les cinq machines annoncées dans le monde, seules quatre sont pour l'instant commercialisées en France. Le XPS Googlebook de Dell, vendu aux États-Unis à partir de 1199 dollars avec un processeur Snapdragon X Elite et un écran LCD de 13,4 pouces, reste absent du catalogue français au lancement.
| Modèle | Prix de BASE | Processeur | Écran | Poids | Autonomie annoncée |
|---|---|---|---|---|---|
| HP Googlebook 14 | 1099 € | Snapdragon X Elite | OLED 14'' 2,8K tactile | 1,24 kg | Jusqu'à 19 heures |
| Acer Googlebook 14 | 1199 € | Intel Core Ultra 5/7 | OLED 14'' 2,8K tactile | 1,13 kg | Jusqu'à 16 heures |
| Lenovo Googlebook 15 | 1349 € | Intel Core Ultra 5 | OLED 15,3'' 2,8K tactile | 1,29 kg | Jusqu'à 13 heures |
| Asus Googlebook 14 | 1399 € | Intel Core Ultra 5/7 | OLED 14'' 3K tactile | 0,99 kg | Jusqu'à 16 heures |
Si tous ces modèles se conforment aux exigences de Google, ils en offrent plus avec notamment des écrans à dalle Oled, plus qualitative que le classique LCD, et des claviers rétroéclairés, toujours appréciable pour travailler dans la pénombre. Pour l'heure, ils fonctionnent avec des puces signées Intel ou Qualcomm, AMD n'étant pas de la partie.
Chaque constructeur cultive une singularité. Le HP, le moins cher des quatre, est aussi le seul à afficher à la fois déverrouillage facial et lecteur d'empreinte dès son lancement. L'Acer est l'unique modèle convertible en tablette de la gamme. Le Lenovo mise sur le plus grand écran, quitte à sacrifier l'autonomie, la plus courte du lot. L'Asus, enfin, revendique le châssis le plus léger et le tarif le plus élevé, avec six haut-parleurs et davantage de ports que ses concurrents.
Googlebook : des prix qui piquent
Google présente le Googlebook comme une alternative aux PC Windows et aux Mac portables. Une promesse à nuancer. Le modèle d'entrée de gamme, le HP à 1099 euros, coûte très exactement le même prix que le MacBook Air M5, l'ultraportable Apple positionné au milieu de la gamme. Le comparatif est encore plus sévère face au MacBook Neo, le vrai Mac d'entrée de gamme lancé par Apple en mars 2026 à 699 euros : il faut débourser 400 euros de plus pour le Googlebook le moins cher alors qu'Apple n'est pas réputé pour pratiquer des prix doux. Côté PC Windows, des configurations comparables en mémoire vive, en stockage et en puissance de calcul se trouvent assez facilement sous la barre des 800 euros. Difficile, dans ces conditions, de parler d'alternative accessible.
Sans doute pour faire passer la pilule, Google accompagne les Googlebook de quelques bonus, comme , ainsi que plusieurs mois des versions d'essai de YouTube Premium, Adobe Photoshop, Premiere ou CapCut, douze mois d'abonnement de Google AI Pro avec 5 To de stockage en ligne ou un an de GeForce Now pour faire tourner de gros jeux PC depuis le cloud. Surtout, Google promet dix ans de mises à jour pour son système, afin de garantir une certaine pérennité de son écosystème. Mais le géant américain a déjà abandonné plusieurs projets emblématiques comme Stadia, ce qui laisse planer un doute sur ses promesses.
Le moment choisi n'arrange rien. Le marché des composants traverse une flambée des prix de la mémoire vive et du stockage, alimentée par la demande des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Jason Chen, le patron d'Acer, l'un des cinq partenaires du Googlebook, prévenait justement cette semaine que les prix des PC devraient encore grimper de 5 à 20 % au quatrième trimestre 2026, sans détente avant le milieu de l'année 2027. Les tarifs de lancement des Googlebook, déjà élevés, n'ont donc aucune raison de baisser dans les mois qui viennent, et pourraient même être revus à la hausse comme le reste du marché.
Googlebook : un pari ambitieux
L'autre point qui laisse perplexe concerne le logiciel. Sur son site officiel dédié au Googlebook, Google ne donne jamais de nom clair au système qui fait tourner ses Googlebook : le site parle d'un appareil "conçu pour Gemini Intelligence", sans jamais nommer l'OS sous-jacent. La presse spécialisée, elle, l'appelle tantôt "Googlebook OS", tantôt "Aluminium OS", ce second nom circulant dans la documentation technique et chez certains développeurs depuis plusieurs mois. Cette base repose sur Android, enrichie de briques issues de ChromeOS et, nouveauté pour une machine grand public de ce type, d'un véritable terminal Linux permettant d'exécuter des outils de développement ou des agents de codage comme Claude Code directement sur la machine.
Ce flou sur le plan logiciel a une conséquence concrète : Google confirme qu'aucune installation de logiciels de bureau classiques n'est prévue au lancement. L'utilisateur reste cantonné au catalogue du Play Store, où les applications mobiles, même optimisées pour les grands écrans, ne remplacent pas toujours un vrai logiciel pensé pour le clavier et la souris. Plusieurs observateurs spécialisés émettent déjà des doutes sur la capacité réelle de cet écosystème à rivaliser avec les habitudes de travail installées sous Windows ou macOS.
Reste donc une question simple : à qui s'adresse vraiment les Googlebook ? Pour un utilisateur de smartphone Android déjà accoutumé aux services Google, la continuité promise entre téléphone et ordinateur constitue un argument que ni Windows ni macOS ne proposent avec la même fluidité. Les spécialistes de l'IA se ruent déjà massivement vers les nouveaux Mac mini et Mac Ultra et les PC à puces puissantes – comme le Ryzen AI Max+ 395 d'AMD – pour faire tourner en local des modèles, en attendant l'arrivée des machines à base de Spark Nvidia, clairement destinées à cet usage spécifique.
Pour tous les autres, le Googlebook demande de payer le prix d'un Mac pour un système encore mal identifié, dont l'écosystème logiciel reste à prouver à l'usage. Les premières livraisons, prévues pour le début octobre, donneront une indication sur l'accueil et la compréhension du public face à cette nouvelle offre.

