Il connait tous les projets secrets d'Apple et les dévoile au monde entier avant les annonces officielles

Il connait tous les projets secrets d'Apple et les dévoile au monde entier avant les annonces officielles

Chaque semaine, les projets les mieux gardés de la marque à la pomme s'étalent dans la presse. Derrière ces fuites et ces informations exclusives, un seul passionné, qui a commencé à enquêter alors qu'il était encore adolescent.

Si vous suivez régulièrement l'actualité high-tech, vous avez dû noter que de nombreuses informations confidentielles sur Apple sont dévoilées en début de semaine. C'est en effet généralement le lundi que la plupart des médias spécialisés font leurs gros titres sur les projets secrets et les futurs produits de la marque à la pomme, bien avant les annonces officielles. Cela ne doit rien au hasard : tous reprennent les révélations publiées la veille dans Power On, la lettre d'information de Mark Gurman, un journaliste de Bloomberg qui suit de très près tout ce qui se passe à Cupertino, le siège d'Apple.

Rien ne prédestinait ce fils d'agents immobiliers à devenir la bête noire d'Apple. Sa passion pour la marque commence dès l'enfance, en 2004, avec un iPod Mini qui le fascine. Il se met alors à tout lire sur l'entreprise de Steve Jobs, en suivant assidûment les rumeurs et toutes les informations disponibles sur Internet. 

Début 2010, à 15 ans, il rejoint l'équipe. Son premier coup d'éclat tient du jeu de piste : il découvre qu'une entité liée à Apple a enregistré le nom de domaine iSlate.com. Un indice sérieux d'une tablette en gestation. En 2009, alors qu'il n'a que 15 ans, il découvre qu'une entité liée à Apple a enregistré un nom de domaine particulier et y voit l'indice qu'une tablette tactile est en préparation : ce sera effectivement l'iPad. Le site 9to5Mac le recrute dans la foulée. À 17 ans, il révèle avant tout le monde l'existence de Siri, le célèbre assistant vocal. Diplômé de l'université du Michigan en 2016, il entre aussitôt chez Bloomberg, où il dirige aujourd'hui l'équipe consacrée aux technologies grand public.

© Bloomberg

Comment s'y prend-il ? À ses débuts, il exploite des informations publiques : des dépôts de brevets, des noms de domaine, mais aussi des lignes de code cachées dans les versions de test d'iOS qu'il sait analyser, puisqu'il a lui-même développé des applis pour iPhone. L'essentiel de ses scoops vient pourtant d'un réseau de sources patiemment construit, qu'il connaît personnellement. Ce réseau compte des salariés d'Apple, des ingénieurs jusqu'aux vendeurs des boutiques, mais aussi des développeurs, des sous-traitants et des employés de fournisseurs. Beaucoup ont été repérés sur les réseaux sociaux, puis contactés directement. Il affiche même publiquement un identifiant sur Signal, une messagerie chiffrée, pour recueillir les confidences en toute discrétion. Sur l'identité de ses sources, en revanche, il ne lâche jamais rien.

Car ces informateurs prennent de gros risques. Apple, qui maintient un secret quasi militaire sur ses projets, ses produits et ses technologies, dispose d'une équipe interne, baptisée Global Security, chargée de traquer les fuites jusque chez ses fournisseurs. Certains de ses enquêteurs sont d'anciens agents de la NSA ou du FBI et leurs méthodes empruntent à l'espionnage.

En 2023, Apple a ainsi démasqué un informateur en communiquant à ses salariés des dates de sortie différentes selon les destinataires. Il suffisait ensuite de voir laquelle fuitait. En 2018, un mémo interne dressait un bilan sans fard. L'année précédente, 29 informateurs avaient été démasqués, et 12 d'entre eux arrêtés. Le texte brandissait la menace du licenciement, mais aussi de la prison et de lourdes amendes, car, pour Cupertino a appris une chose à ses dépens : il est plus facile de licencier un informateur que de faire taire un journaliste.. Ironie de l'histoire, ce mémo destiné à effrayer et à museler les bavards a lui-même fuité. Et c'est évidemment Mark Gurman qui l'a publié sur Bloomberg !

Pour éviter les poursuites judiciaires, le journaliste profite de l'appui des services juridiques de Bloomberg en veillant à ne jamais franchir la ligne blanche. Et il n'est pas infaillible : ses prédictions ne réalisent pas toujours, et ses calendriers glissent parfois. Mais il est globalement très bien informé et ses révélations passionnent aussi bien les afficionados d'Apple que les geeks, les concurrents et les investisseurs de Wall Street, toujours friands d'informations stratégique sur un marché juteux. Son influence est telle qu'on pourrait malicieusement le surnommer "Guruman", tant il fait figure de gourou dans l'univers Apple.