La vidéosurveillance avec IA est autorisée dans les magasins pour détecter les vols en temps réel

La vidéosurveillance avec IA est autorisée dans les magasins pour détecter les vols en temps réel

Face à l'augmentation des vols à l'étalage, l'Assemblée nationale a autorisé une expérimentation dans les commerces de la vidéosurveillance algorithmique, pour détecter les voleurs en temps réel grâce à une IA.

Pour les commerçants, le vol à l'étalage est devenu un problème majeur : d'après les statistiques officielles, il a progressé de 14 % entre 2021 et 2022 en France. Et la tendance ne semble pas s'inverser, portée notamment par la flambée des prix. L'inflation figure en effet parmi les principaux facteurs de cette recrudescence, en particulier dans l'alimentaire. Face à ce phénomène, les enseignes multiplient les mesures de prévention – antivols, caméras, agents de sécurité – sans toujours parvenir à enrayer la spirale. La preuve : les vols continuent d'augmenter. Chaque année, les distributeurs français enregistrent plus de 10 milliards d'euros de pertes, entre les marchandises dérobées et les coûts liés à la sécurité.

Face à ce défi, les députés viennent officiellement de voter une proposition de loi "visant à encadrer l'utilisation par les commerçants d'outils d'analyse vidéo automatique pour lutter contre le vol". Portée par le député Renaissance Paul Midy, elle a été adoptée le lundi 16 février à l'Assemblée nationale grâce au soutien du groupe présidentiel, du RN et de LR, malgré l'opposition de la gauche – le MoDem, lui, s'est abstenu. Reste que certains magasins n'ont pas attendu la législation pour recourir à cette pratique.

IA dans les magasins : pas de reconnaissance faciale ni d'identification biométrique

Ce projet de loi autorise, à titre expérimental, l'utilisation d'algorithmes pour analyser en temps réel les images de vidéosurveillance dans les centres commerciaux et boutiques. L'idée est de coupler les caméras déjà en place avec un algorithme capable de détecter des comportements suspects, comme un produit glissé discrètement dans une poche ou des regards furtifs, pour envoyer immédiatement une alerte au commerçant – c'est ce qu'on appelle de la surveillance algorithmique (VSA), un procédé déjà utilisé en France lors de plusieurs concerts et les Jeux olympiques de Paris en 2024. C'est alors au gérant du magasin de vérifier le signalement et d'ensuite décider de quoi faire. Le texte précise que l'alerte de l'algorithme ne peut en aucun cas "fonder par lui-même aucun acte de poursuite". Elle peut en revanche en être à l'origine. 

Le projet de loi tente de contenir les inquiétudes en établissant des garde-fous. Ainsi, la reconnaissance faciale et l'identification biométrique sont formellement interdites, et les images filmées ne peuvent pas être réutilisées pour entraîner d'autres algorithmes ou être croisées avec des bases de données extérieures. De même, le contrôle humain doit être continu, et l'usage d'une telle technologie doit avoir un usage "légitime et proportionné". L'expérimentation doit avoir lieu jusqu'à fin 2027, qui est également la date limite de l'expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique pour les Jeux d'hiver de 2030. Si les résultats sont jugés concluants, le procédé devrait être généralisé dans les années à venir.

© Veesion

Avec ce texte, le député Renaissance entend lutter contre le "fléau majeur" du vol à l'étalage, qui représenterait "jusqu'à 4 % des ventes annuelles, ce qui menace directement la rentabilité de nombreuses entreprises", alors que les marges nettes sont assez faibles. Selon lui, "un vol de 20 euros de marchandises, commis quatre fois par semaine, peut entraîner une perte de plus de 4000 euros par an". Un préjudice qui a poussé certains commerçants à s'équiper de ces logiciels, en dépit du flou juridique (voir notre article).  

IA dans les magasins : un compromis entre sécurité et respect des libertés individuelles

Mais la vidéosurveillance algorithmique soulève de nombreuses problématiques, notamment à propos du respect de la vie privée des usagers et de l'exploitation des données. La CNIL, le gendarme du numérique, avait déjà précédemment jugé que ce type de technologie n'était pas conforme au Règlement général sur la protection des données (RGPD). Elle a d'ailleurs envoyé un courrier de mise en garde à Veesion, une entreprise qui commercialise un logiciel de détection des "comportements suspects en temps réel" grâce à l'intelligence artificielle.

Lors des débats à l'Assemblée nationale, plusieurs députés de gauche se sont indignés face à un tel projet. "Protéger les commerçants est évidemment une nécessité, le faire au prix d'un renoncement à nos libertés fondamentales ne le sera jamais", avait ainsi déclaré le député socialiste Hervé Saulignac. 

"C'est un non-sens : on ne peut d'un côté expliquer que les grandes sociétés de la technologie sont en train d'absorber nos données et de l'autre leur livrer les plus sensibles de celles-ci en urgence [...] au mépris de tout principe de précaution", a de son côté souligné la parlementaire écologiste Sandra Regol. La proposition de loi doit désormais être débattue au Sénat. Dans le cas où les délais s'éterniseraient, Paul Midy envisage de l'intégrer par amendement dans un futur projet de loi sur la sécurité du quotidien.