Ces constructeurs de Smart TV espionnent leurs utilisateurs : la justice s'en mêle
Ce que vous regardez à la télévision en révèle beaucoup sur vous. Des constructeurs de téléviseurs l'ont bien compris et ils utilisent leurs TV connectés pour espionner leurs utilisateurs et revendre des données sur leur comportement.
Ce n'est pas un secret, les appareils numériques et connectés que nous utilisons au quotidien collectent un nombre phénoménal de données personnelles – même si nous avons du mal à prendre conscience de l'ampleur du phénomène. Ordinateurs, smartphones, montres, voitures et même lave-linge, tous en savent beaucoup sur leurs utilisateurs. Et les TV connectés n'y font pas exception. Si l'on savait déjà que les applications installées récoltaient elles aussi beaucoup d'informations, les choses vont parfois beaucoup plus loin, au point que la justice en vienne à intervenir.
Espionnage par Smart TV : plusieurs actions en justice entreprises
Ainsi, en décembre dernier, le procureur général du Texas, Ken Paxton, a engagé des poursuites contre Sony, Samsung, LG, Hisense et TCL pour l'utilisation d'une technologie baptisée ACR (Automated Content Recognition), qui regroupe les données de visionnage afin d'analyser les usages des utilisateurs, dans le but de revendre le tout à des tiers. Selon les accusations, ce système réalise une capture d'écran toutes les 500 millisecondes, soit plus de 170 000 images par jour, afin d'identifier précisément ce que regarde l'utilisateur.
Cela concerne l'ensemble des contenus affichés, qu'il s'agisse des plateformes de streaming, des chaînes de télévision, des consoles de jeux, des boîtiers TV ou encore des ordinateurs connectés en HDMI – et donc en dehors de l'interface de Smart TV. Ces nombreuses captures permettent alors d'identifier les contenus regardés et de reconstituer des habitudes de consommation, dans le but d'alimenter des bases de données exploitées à des fins publicitaires.
Le problème, c'est que cette vaste collecte s'effectuerait sans un réel consentement de la part de l'utilisateur, en dissimulant le tout derrière des menus complexes et des paramètres opaques lors de la configuration initiale. C'est notamment le cas de Hisense, qui répartit les options de désactivation dans plusieurs sous-menus, rendant la compréhension des conditions d'utilisation particulièrement laborieuse pour l'utilisateur lambda.
Les autorités texanes évoquent également un risque d'exposition des données sensibles visibles à l'écran, comme des mots de passe, des informations bancaires ou des documents professionnels. Cerise sur le gâteau : Hisense et TCL étant deux entreprises chinoises, elles craignent que les autorités de Pékin ne se servent de cette technologie et de la loi sur la sécurité nationale chinoise pour espionner les entreprises – rien de mieux qu'un peu de géopolitique pour compliquer les choses.
Quelques jours plus tard, le procureur général du Texas a obtenu une ordonnance de restriction temporaire à l'encontre de Hisense, lui imposant de suspendre l'usage de ces mécanismes dans l'État. Début janvier, Samsung a aussi fait l'objet d'une mesure similaire, bien qu'elle ait été ensuite temporairement suspendue dans l'attente d'une audience ultérieure. Attention, cela n'équivaut pas à une condamnation, mais c'est un début. Enfin, le 15 janvier dernier, une action collective à l'encontre de Samsung a été déposée à New York pour les mêmes raisons. Les demandeurs demandent un procès devant jury et réclament des dommages-intérêts.
Espionnage par Smart TV : vers un durcissement de la législation ?
Les affaires d'espionnage sur les Smart TV ne datent pas d'hier. On se souvient notamment de Vizio, qui avait dû payer une amende de 2,2 millions de dollars en 2017 pour avoir répertorié ce que ses utilisateurs – identifiés par adresse IP – regardaient et vendu ces informations à des publicitaires. De même, un rapport du Center for Digital Democracy avait déjà décrit les Smart TV comme de véritables "chevaux de Troie numériques" au cœur d'un écosystème publicitaire capable de croiser les données domestiques, les identifiants publicitaires et le ciblage algorithmique à grande échelle. Reste qu'en 2026, rien n'a changé à ce niveau-là.
Toutefois, si les tribunaux américains venaient à sévir vis-à-vis de ces pratiques, cela pourrait obliger les constructeurs à revoir véritablement leur mécanisme de collecte, y compris sur le Vieux Continent. D'autant plus que l'Europe peut compter sur le RGPD, qui impose un consentement explicite, transparent et révocable, ainsi que des paramètres de confidentialité non intrusifs par défaut. En attendant, le mieux est de prendre le temps de fouiller dans les paramètres de son appareil pour désactiver la collecte d'informations – vraiment, c'est un premier pas indispensable pour limiter la quantité astronomique de données dérobées sur tout un chacun !
