Presque comme un iPhone : ce développeur fait tourner iOS sur un smartphone Android à 200 euros
Un développeur courageux a réussi à installer le véritable système de l'iPhone sur un smartphone Android vendu 200 euros. Une prouesse technique rare, qui montre surtout à quel point le monde d'Apple est verrouillé.
Les applications qui donnent à un smartphone Android l'apparence d'un iPhone ne manquent pas. Icônes arrondies, centre de contrôle copié à l'identique, horloge géante sur l'écran de verrouillage : l'illusion fonctionne, jusqu'au premier passage dans les réglages, où le système de Google reprend aussitôt ses droits. Le smartphone dont la vidéo fait le tour des réseaux sociaux depuis la mi-octobre 2026 est d'une tout autre nature. Quand on ouvre ses réglages, c'est bien la véritable application d'Apple qui s'affiche. Surtout, elle présente l'appareil comme un iPhone X tournant sous iOS 16.
Ce téléphone n'a pourtant rien d'un iPhone. Il s'agit d'un Xiaomi Redmi Note 12 4G, un smartphone Android de milieu de gamme, lancé en France en mars 2023 à moins de 200 euros – et encore moins cher aujourd'hui ! Le tour de force est l'œuvre d'un développeur connu sous le pseudonyme de Makr, qui a publié son projet, baptisé ios-topaz, sur GitHub. Réalisé en partie avec Claude, l'IA d'Anthropic, il s'appuie sur ios-sweet, un projet antérieur de l'équipe dipa studio, qui avait déjà fait démarrer iOS 16 sur un autre smartphone de Xiaomi, le Redmi Note 10 Pro.
Ici, ni thème ni émulateur : il n'y a aucun logiciel qui imite un iPhone. Makr fait tourner directement le cœur du système d'Apple sur la puce Snapdragon du Redmi. Ce noyau, baptisé XNU, est en partie publié en open source par Apple, qui le partage entre iOS et macOS. Le développeur y greffe ensuite le système officiel de l'iPhone X, avec son écran d'accueil et ses services. Après environ trois minutes de démarrage, l'écran de verrouillage d'iOS apparaît.
Si l'exploit est si rare, c'est qu'iOS n'a jamais été conçu pour sortir de l'iPhone. Android repose sur un noyau Linux, pensé pour s'adapter à des milliers de composants différents, d'où la variété des smartphones qui l'utilisent. iOS, lui, est taillé sur mesure pour le matériel d'Apple, et pour lui seul. Le développeur a donc dû écrire ou adapter un à un les pilotes indispensables au Redmi : écran tactile, stockage, et même le Wi-Fi. Le processeur lui a aussi donné du fil à retordre. iOS gère la mémoire par blocs de 16 Ko, un format que quatre des huit cœurs du Snapdragon ne savent pas traiter : le téléphone ne fonctionne donc que sur la moitié de ses cœurs. Et certaines instructions utilisées par iOS sont inconnues de cette puce plus ancienne, qui doit les simuler une par une, au prix d'une grande lenteur.
Le résultat reste d'ailleurs une simple démonstration. Le smartphone est privé de son, d'appareil photo, de Bluetooth, de GPS et même de réseau mobile : impossible de téléphoner. Sans accélération graphique, le processeur doit dessiner seul chaque élément de l'interface, et le navigateur Safari n'affiche que des pages blanches. Inutile donc d'espérer transformer un smartphone à 200 euros en iPhone du quotidien.
Mieux vaut d'ailleurs ne pas essayer. L'installation exige des compétences techniques pointues, un PC sous Linux et un smartphone débloqué, et elle efface toutes les données d'Android. La plupart des protections de sécurité d'Apple y sont désactivées, si bien que l'appareil ne doit contenir aucune donnée personnelle. La question juridique n'est pas non plus réglée. Makr ne distribue aucun fichier d'Apple : chacun doit télécharger lui-même le système de l'iPhone sur les serveurs de la marque. Mais le contrat de licence d'iOS réserve son installation aux appareils Apple. Et la firme de Cupertino n'hésite pas à défendre son territoire : en 2019, elle avait poursuivi la société Corellium, qui proposait des iPhone virtuels aux chercheurs en sécurité, avant de conclure un accord confidentiel en 2023.
Le chemin inverse, faire tourner Android sur un iPhone, est pourtant connu depuis longtemps : le projet iDroid y parvenait dès 2010. C'est tout le paradoxe du monde Apple. Ses appareils sont ouverts aux bidouilleurs les plus tenaces, mais son système, lui, reste jalousement enfermé dans son propre matériel. Il aura fallu un développeur passionné, des nuits de travail et l'aide d'une intelligence artificielle pour l'en faire sortir, le temps d'une démonstration.