Ce nouveau carburant 100 % renouvelable fonctionne sur les moteurs thermiques sans modification

Ce nouveau carburant 100 % renouvelable fonctionne sur les moteurs thermiques sans modification

Plusieurs grands industriels automobiles viennent de lancer un expérimentation grandeur nature pour tester un nouveau carburant renouvelable qui fonctionne sur des moteurs essence classiques, sans nécessiter la moindre modification.

À première vue, rien ne les distingue des autres véhicules qui circulent sur les routes d'Espagne. Pourtant, depuis début juillet, une vingtaine de Toyota, Lexus, BMW et Mini participent à un projet original et ambitieux qui intéresse toute l'industrie automobile. Il ne s'agit pas de voitures électriques, ni même hybrides : ce sont de simples modèles thermiques à essence, strictement identiques à ceux de nombreux automobilistes. 

Et c'est ce qui fait tout l'intérêt de ce test grandeur nature mené conjointement par le constructeur Toyota Motor Europe, le groupe BMW, l'équipementier Bosch et le pétrolier espagnol Repsol, prévu pour durer six mois. Ces véhicules roulent en effet avec un nouveau carburant renouvelable qui possède une qualité très particulière..

Baptisée Nexa 95, cette essence est produite à 100 % à partir de matières premières renouvelables : résidus agricoles, huiles alimentaires usagées et autres déchets organiques valorisés par Repsol. Le pétrolier, déjà pionnier du diesel renouvelable, a industrialisé sa production et la distribue dans une vingtaine de stations, principalement à Madrid et Barcelone.

© Christina Telep - Unsplash

L'intérêt de ce carburant tient à un détail simple mais décisif : il s'utilise exactement comme une essence classique, dans un moteur thermique existant, sans la moindre adaptation technique. Conforme à la norme européenne EN 228, Nexa 95 peut remplacer le sans-plomb habituel pompe par pompe. Repsol met aussi en avant des propriétés nettoyantes qui limiteraient les dépôts dans le moteur et prolongeraient la durée de vie des injecteurs.

Sur le plan environnemental, le pétrolier revendique jusqu'à 70 % d'émissions nettes de CO2 en moins par rapport à une essence fossile équivalente, un chiffre obtenu grâce à la valorisation de déchets plutôt qu'à l'extraction de pétrole brut. De quoi offrir une piste de décarbonation immédiate à un parc automobile où des dizaines de millions de moteurs thermiques continueront de rouler encore longtemps, bien après l'arrêt programmé de leur vente en Europe.

Pour que la démonstration soit crédible, encore fallait-il pouvoir prouver, données à l'appui, que chaque plein est bien exclusivement composé de ce carburant renouvelable. C'est le rôle de Bosch, qui a développé un système baptisé Digital FuelTwin. Cet outil recoupe les informations du véhicule, de la station-service et de la carte de paiement utilisée pour tracer, du réservoir jusqu'à la pompe, l'origine du carburant consommé.

Les trois partenaires industriels espèrent que les résultats de cette expérimentation grandeur nature pèseront dans le débat européen sur la décarbonation automobile, aujourd'hui largement centré sur l'électrique. Toyota, par la voix de son vice-président aux affaires publiques Pascal Ruch, estime que l'objectif d'un parc 100 % zéro émission d'ici 2035 pourrait ne pas être pleinement atteint, ce qui laisserait une place aux carburants renouvelables, notamment associés aux motorisations hybrides.

Reste un obstacle de taille pour convaincre les consommateurs : le coût de production, encore élevé. Avant d'espérer voir le Nexa 95 couler dans les stations service françaises, Repsol devra démontrer qu'elle peut multiplier ses volumes sans faire exploser les prix à la pompe.