Bitchat : cette messagerie sans connexion Internet cartonne face aux menaces de blocage des réseaux sociaux
Face à un possible blocage des réseaux sociaux en France, Bitchat connaît un regain de popularité. Cette messagerie, parfois utilisée lors de manifestations et de mouvements de contestation, permet d'échanger sans Internet.
La messagerie Bitchat connaît un regain de popularité inattendu en France. Lancée à l'été 2025 par Jack Dorsey, le cofondateur de Twitter, l'application s'est hissée, le 22 octobre 2026, à la première place de la catégorie "Réseaux sociaux" sur l'App Store français. Elle figure également parmi les dix applications les plus téléchargées, toutes catégories confondues. Sur Android aussi, les téléchargements connaissent une forte hausse, avec plus d'un million à l'heure où nous écrivons ces lignes.
Cet engouement s'explique par les inquiétudes autour d'un éventuel blocage des réseaux sociaux en France. En effet, après les dégradations et les pillages survenus en marge des manifestations du 17 octobre, Gabriel Attal a proposé de bloquer temporairement les réseaux sociaux dans les territoires touchés par des émeutes – comme le Gouvernement l'avait fait lors des émeutes en Kanaky/Nouvelle Calédonie, avant que la décision soit retoquée par le Conseil d'Etat. Une suggestion qui a relancé le débat sur les moyens de communication accessibles en cas de restrictions.
Bitchat : une messagerie qui fonctionne sans connexion Internet
La particularité de Bitchat tient à son fonctionnement. Contrairement à WhatsApp, Messenger ou Telegram, l'application peut transmettre des messages sans passer par Internet, un réseau mobile ou un serveur centralisé, en s'appuyant sur le Bluetooth. Concrètement, les téléphones équipés de Bitchat peuvent communiquer directement entre eux lorsqu'ils se trouvent à proximité. Chaque appareil sert de relais pour transmettre un message vers un autre téléphone, même si son destinataire se trouve plus loin. C'est ce que l'on appelle un réseau maillé : les messages circulent d'un appareil à l'autre, de proche en proche, jusqu'à atteindre leur destinataire. Plus il y a d'appareils, plus la couverture réseau est étendue.
Cette messagerie ne permet pas pour autant de communiquer avec n'importe qui, n'importe où, sans réseau. Pour que le système fonctionne, les personnes concernées doivent avoir installé l'application et se trouver à portée d'un réseau Bluetooth constitué par les appareils environnants. Sans utilisateurs à proximité pour relayer les messages, le réseau maillé ne peut pas remplir son rôle.
Heureusement, Bitchat dispose d'un mécanisme complémentaire : lorsque le destinataire est hors de portée Bluetooth mais dispose d'une connexion Internet, l'application peut utiliser le protocole Nostr pour acheminer les messages. Si aucun canal n'est disponible, ces derniers peuvent être conservés temporairement, en attendant qu'une connexion soit de nouveau disponible. Ce système ne garantit donc pas une livraison immédiate.
Bitchat propose un chiffrement des messages propre à l'application et génère des clés cryptographiques éphémères par zones géographiques. Un mode "Panic" permet également d'effacer toutes les données rapidement.
Bitchat : un outil pour échapper à la répression
Si, au moment de son lancement, Bitchat a été conçu pour être utilisable lors de gros événements, où le réseau mobile et le Wi-Fi ne sont pas ou peu fonctionnels, les nombreux mouvements de contestation de ces derniers mois ont modifié son utilisation. Car Bitchat ne se présente pas simplement comme une alternative à WhatsApp ou Messenger. Cette messagerie capable de fonctionner sans Internet s'inscrit dans une histoire politique, celle des outils de communication utilisés lors de manifestations, de mouvements de contestation et de révoltes, notamment lorsque les autorités coupent les réseaux ou restreignent l'accès aux plateformes en ligne – ces derniers constituent un véritable contre-pouvoir en permettant aux citoyens de partager des informations et de s'organiser entre eux. Son regain de popularité en France s'inscrit dans ce contexte, entre inquiétudes autour de possibles restrictions des réseaux sociaux et recherche de moyens de communication plus autonomes.
Le phénomène dépasse largement les frontières françaises. Bitchat a déjà connu des pics de téléchargements au Népal, en Iran, en Ouganda, à Madagascar et en Birmanie. En janvier 2026 par exemple, l'agence Reuters rapportait que des utilisateurs iraniens et ougandais se tournaient vers l'application alors que les autorités limitaient l'accès au réseau.
Les réseaux sociaux ne peuvent pas être le point de ralliement des casseurs et le moteur du mimétisme violent. Lors des émeutes, nous devons pouvoir bloquer temporairement et de manière ciblée l'accès à certaines plateformes pour stopper l'effet de meute. https://t.co/MLt8a0SOuQ
— Gabriel Attal (@GabrielAttal) October 19, 2026
Cela pousse d'ailleurs certains pays à prendre des mesures contre la messagerie. En Inde, les autorités ont demandé en 2026 le blocage de dépôts de code source de Bitchat sur GitHub, après que l'application a attiré l'attention lors de manifestations. En Chine, les autorités ont également demandé son retrait de l'App Store.
Dans le cas de la France, les discussions sur un éventuel blocage temporaire de certaines plateformes ont relancé l'intérêt pour Bitchat. En effet, invité par RTL lundi dernier, l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, candidat Renaissance à l'élection présidentielle, a suggéré de procéder à "un blocage temporaire ciblé sur les territoires où se déroulent les émeutes". C'est pour cela que, bien qu'aucune coupure ne soit envisagée pour le moment, les appels sur les réseaux sociaux à télécharger Bitchat se multiplient.
