Smartphone et cancer : l'Anses donne son avis sur les risques
Depuis des années, beaucoup s'inquiètent sur les risques de cancer liés à l'utilisation des téléphones mobiles. Après avoir passé au crible 250 études, l'Agence nationale de sécurité sanitaire livre ses conclusions officielles.
Entre les smartphones, les tablettes, les ordinateurs, les box Internet et les objets connectés de toutes sortes, les ondes n'ont jamais été autant présentes dans notre quotidien, notamment dans nos foyers. Cette surexposition suscite des questions et des inquiétudes légitimes, en particulier quant à leur impact sur notre santé. Beaucoup craignent ainsi que ces rayonnements électromagnétiques causent des cancers, notamment par le biais des smartphones, des appareils qui sont portés près du corps à longueur de journée. Mais qu'en est-il vraiment ?
De nombreuses études ont été menées au cours des deux dernières décennies pour tenter de déterminer si les smartphones et les ondes représentent un risque pour la santé, en provoquant des tumeurs. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) s'est penchée sur ce sujet épineux en analysant par moins de 250 études réalisées entre 2013 et 2024. Et dans le rapport publié ce 26 novembre 2025, elle conclut qu'il n'y a aucun lien de causalité entre l'exposition aux ondes et l'apparition de cancers… tout en maintenant ses recommandations de "prudence" et d'"usage raisonné", notamment pour les enfants.
Rapport de l'Anses : pas de lien avéré entre ondes et cancer
Pour Olivier Merckel, chef de l'unité d'évaluation des risques liés aux agents physiques, il s'agit là d'une "question de santé publique". "Tout le monde y est exposé, de plus en plus jeune, avec 98% des plus de 12 ans qui utilisent un téléphone mobile dont les technologies évoluent, avec la 4G, la 5G...", observe-t-il. "Nous nous sommes penchés sur les ondes radioélectriques, utilisées par les communications hertziennes, TV, radio, la téléphonie mobile, les objets communicants, etc., et non les basses fréquences émises par les lignes à haute tension", précise-t-il toutefois.
Au total, 250 travaux ont été passés au crible, portant sur un millier de nouvelles études explorant l'éventualité d'un lien entre cancer et ondes radio. Il en ressort que toutes ces données "conduisent à ne pas établir de lien de cause à effet entre exposition aux ondes et apparition de cancers". Telle est la conclusion à laquelle est arrivée l'Anses.
Si certaines études expérimentales montrent des altérations de cellules, celles-ci seraient uniquement transitoires. En effet, si on trouve chez l'animal des "éléments de preuve des effets" des ondes des téléphones portables vis-à-vis du cancer de façon limitée, les études épidémiologiques chez l'humain, bien plus nombreuses qu'en 2016, "n'apportent pas d'éléments probants sur l'apparition de cancers", explique M. Merckel. "En agrégeant l'ensemble de ces données portant sur les mécanismes cellulaires, l'animal et l'humain, notre conclusion est qu'elles ne conduisent pas à établir un lien de cause à effet entre l'exposition aux ondes radio et le cancer, même s'il ne faut pas oublier les petits signaux d'effets, observés dans les études en laboratoire".
L'Anses n'exclut cependant pas que "de futurs travaux apportent des éléments nouveaux". C'est pourquoi elle renouvèle ses conseils de prudence, en particulier pour les enfants, "face à des usages qui évoluent très vite". Mieux vaut par exemple privilégier le haut-parleur ou un kit mains libres pour éloigner l'appareil de nous pendant un appel, et éviter de téléphoner l'oreille collée au smartphone. Attention, les fameux patchs anti-ondes ne vous serviront à rien, si ce n'est qu'à aggraver le problème (voir notre article).
Exposition aux ondes radio : le principe de précaution
À ce jour, aucun lien direct avec un effet nocif avéré sur la santé n'a été démontré, mais il est nécessaire de disposer de davantage de recul pour observer d'éventuels impacts à long terme – il faudra mesurer l'impact sur 30 ou 40 ans en continu. C'est pourquoi l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé les ondes émises par les smartphones comme "potentiellement cancérigènes" et que leur réduction s'inscrit dans une démarche de précaution.
Des règles existent aussi, par exemple avec le Débit d'absorption spécifique (DAS), un indicateur qui mesure la quantité d'ondes émise par un smartphone ou un objet connecté, ainsi que l'énergie absorbée par le corps humain. Il figure systématiquement dans les fiches techniques des appareils : plus sa valeur est faible, mieux c'est.
Les fabricants doivent respecter une limite de 2 W/kg pour la tête et le tronc, et de 4 W/kg pour les membres. Ces seuils tiennent compte des évolutions technologiques et correspondent à des situations "extrêmes", dans lesquelles l'appareil fonctionne à pleine puissance durant tout le test, ce qui ne reflète pas un usage réel. Ces normes relèvent elles aussi du principe de précaution, dans un contexte où subsistent des incertitudes scientifiques et un manque de recul scientifique. Dans tous les cas, surveiller sa consommation d'écran ne peut pas être une mauvaise chose, surtout au niveau cognitif et de la santé mentale !