Depuis que son mail a été piraté, il reçoit jusqu'à 40 contraventions par jour
Depuis des années, un retraité normand vit un véritable enfer ; suite à une usurpation d'identité il reçoit des dizaines d'amendes chaque jour pour des infractions concernant quelque 3000 voitures mises à son nom.
Christian Derrey, retraité de 75 ans installé en Seine-Maritime, vit un cauchemar éveillé depuis des années :chaque jour, il reçoit des dizaines de PV pour des infractions commises par des conducteurs qu'il ne connaît même pas. Excès de vitesse, stationnements interdits, péages impayés : sa boîte aux lettres déborde de courriers officiels. Et les montants de ces amendes s'accumulent sans fin, atteignant un total hallucinant de 180 000 euros.
Tout a commencé par le piratage de sa boîte mail, en 2019. Les hackers y dénichent une pièce jointe contenant sa carte d'identité, envoyée quelques années plus tôt lors d'un échange anodin. Avec ce sésame, des escrocs créent une société automobile à son nom pour vendre des véhicules. Un pur exemple d'usurpation d'identité.
Le mécanisme est bien rodé. Ces fraudeurs sans scrupule proposent des voitures à prix cassés sur des plateformes comme Leboncoin. Et ils demandent aux acheteurs d'immatriculer leur véhicule au nom de cette société fantôme pour ne pas payer de PV de leur vie. Et pour cause : c'est Christian qui les reçoit puisque la société écran est enregistrée à son nom ! En tant que propriétaire officiel, il est le destinataire des contraventions.
Et il ne s'agit pas de quelques voitures : au total, plus de 3 000 véhicules ont été immatriculés frauduleusement à son nom ! "Quelques jours après le piratage, j'ai commencé à recevoir des PV. Depuis, c'est devenu une avalanche avec parfois jusqu'à 40 amendes par jour", confie-t-il. Le problème se transforme vite en catastrophe financière. Les services fiscaux, ignorant la supercherie, prélèvent automatiquement les sommes dues sur son compte bancaire, aggravant encore sa situation.
Pourtant, Christian n'est pas resté sans réagir en multipliant les démarches dès les premiers signes d'usurpation. Dépôts de plainte, courriers à l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions, signalements auprès des préfectures. Mais le système, conçu pour gérer des cas isolés, peine à absorber une fraude d'une telle ampleur. Pire, Christian a vu aussi sa retraite bloquée par les impôts, qui le considèrent comme redevable de sommes colossales. Les services de l'État, saturés par ce genre de dossiers, peinent à démêler le vrai du faux. "Chaque fois que je crois avoir réglé un problème, un nouveau PV arrive ", explique-t-il, épuisé.
Le cœur du problème réside dans l'usurpation d'identité numérique. Le piratage du mail n'a pas seulement permis d'accéder à des échanges privés, il a donné accès à des documents sensibles conservés dans la messagerie, parfois par simple souci de praticité. Une fois la carte d'identité récupérée, les escrocs ont pu facilement créer des dossiers au nom de leur victime et contourner certains contrôles. Et les dégâts peuvent bouleverser une vie, avec des démarches complexes et longues, et des sanctions allant des amendes aux saisies sur compte bancaire sans parler de restrictions administratives.
Cette affaire met en lumière une faille bien connue des spécialistes en cybersécurité : la messagerie électronique est souvent le coffre-fort le moins protégé des particuliers. Mot de passe trop simple, absence de double vérification, documents personnels stockés sans précaution. Autant de failles exploitées par des réseaux organisés.
Ce cas extrême rappelle une règle simple trop souvent négligée : il est indispensable de protéger sa messagerie surtout si elle contient des pièces d'identité. Une seule intrusion peut suffire à déclencher une spirale administrative dont il est très difficile de sortir.