Copilot est trop curieux : l'IA de Microsoft récupère des données dans d'autres produits, même dans des mails confidentiels
En exploitant des documents internes et des mails privés, Copilot a récemment accédé à des données qu'il n'aurait jamais dû voir. Ces révélations relancent le débat sur la protection de la vie privée chez Microsoft.
L'intelligence artificielle promet d'assister, d'accélérer et de simplifier. Mais lorsqu'elle se met à fouiller là où elle n'est pas invitée, le discours change radicalement. Ces dernières semaines, plusieurs enquêtes ont mis en lumière un comportement pour le moins troublant de Copilot, l'IA intégrée aux outils de Microsoft. En cause : une collecte de données bien plus large que prévu, touchant à la fois d'autres produits de l'éditeur et, plus grave encore, des courriels censés rester strictement confidentiels.
Le problème n'est pas seulement technique. Il touche à la confiance que des millions d'utilisateurs accordent à des logiciels utilisés au quotidien, parfois dans un cadre scolaire, professionnel ou administratif. Et il met en évidence une dérive inquiétante : une IA déployée trop vite, sans garde-fous suffisants.
Copilot trop curieux : des données aspirées depuis d'autres produits Microsoft
Premier volet de cette affaire : Copilot ne se limite pas à l'application dans laquelle il est invoqué. Selon plusieurs analyses indépendantes, notamment de Windows Latest, l'IA est capable d'aller puiser des informations dans d'autres services Microsoft liés au même compte utilisateur, tels que le navigateur Edge ou le moteur de recherche Bing. Historique de navigation, centres d'intérêt déduits de la lecture d'articles, interactions passées : autant d'éléments qui peuvent être agrégés sans que l'utilisateur en ait pleinement conscience.
Cette circulation interne des données n'est pas totalement nouvelle dans l'écosystème Microsoft. Les services du groupe communiquent déjà entre eux pour personnaliser certains contenus. Ce qui change ici, c'est l'intervention d'une IA générative capable de synthétiser ces informations et de les reformuler sous forme de réponses détaillées. En clair, Copilot peut reconstituer un profil plus précis que jamais, à partir de données issues de plusieurs logiciels distincts.
Officiellement, Microsoft explique que ces échanges servent à améliorer la pertinence des réponses et qu'un paramétrage permet de limiter, voire de désactiver, certaines collectes. Dans la pratique, ces options restent peu visibles et rarement activées par défaut. Pour un utilisateur peu technophile, comprendre exactement ce que l'IA voit et utilise relève presque du parcours du combattant.
Cette opacité pose un problème de fond. Une IA intégrée aussi profondément dans un environnement logiciel devrait, a minima, expliquer clairement l'étendue de son accès aux données. Or, les révélations récentes montrent surtout un manque de finition et de pédagogie, laissant l'impression que la technologie avance sans respecter l'utilisateur.
Copilot trop curieux : quand l'IA utilise des mails confidentiels
Le second aspect de l'affaire est autrement plus sensible. Des utilisateurs de Microsoft 365 – un produit payant ! – ont découvert que Copilot avait eu accès à des courriels marqués comme confidentiels, notamment dans des boîtes de messagerie professionnelles. Une intrusion rendue possible en contournant les politiques de prévention de pertes de données (DLP) mises en place par les entreprises pour protéger leurs informations sensibles. Ces messages, parfois liés à des ressources humaines, à des dossiers médicaux ou à des échanges juridiques, n'auraient jamais dû être analysés par une IA.
Microsoft a reconnu l'existence d'un bug, détecté le 21 janvier dernier et catalogué sous la référence technique CW1226324, évoquant une mauvaise gestion des droits d'accès. Selon l'entreprise, le problème aurait été corrigé rapidement et aucun usage malveillant n'aurait été constaté. Cette réponse peine toutefois à rassurer. Même temporaire, un tel dysfonctionnement révèle une faille grave dans la conception du système.
Les mails constituent l'un des espaces numériques les plus intimes. Ils contiennent des informations personnelles, mais aussi des secrets professionnels ou familiaux. Que Copilot ait pu les lire, même brièvement, change la nature du débat. Il ne s'agit plus seulement de personnalisation ou de confort d'usage, mais d'une atteinte potentielle à la vie privée.
Pour les entreprises qui utilisent l'IA de Microsoft 365, le risque est évident. Des données stratégiques pourraient être exposées, volontairement ou non, à un outil automatisé dont le fonctionnement précis reste flou. Pour les particuliers, c'est la crainte d'une surveillance diffuse, où chaque échange pourrait nourrir une intelligence artificielle sans consentement explicite.
Copilot trop curieux : une dérive de l'IA qui inquiète les utilisateurs de Microsoft
Cette affaire met en avant un problème de taille : une IA déployée à grande échelle sans garanties suffisantes sur ses limites, notamment en terme de confidentialité. Microsoft insiste sur sa volonté de corriger les erreurs et de renforcer la transparence. Mais le mal est fait. La confiance, une fois ébranlée, se reconstruit difficilement. Et dans le cas de Microsoft, elle est déjà largement entamée avec Windows 11 qui soufre d'un manque évident de finition et de contrôle, comme en témoignent les dernières mises à jour catastrophiques du début 2026, qui s'ajoutent aux précédents incidents.
Le géant américain n'en est pas à sa première controverse liée aux données personnelles. Cette fois, toutefois, l'ampleur est différente. Copilot n'est pas un service isolé, mais une couche transversale appelée à s'intégrer partout. Chaque nouveau point d'accès multiplie les risques, surtout lorsque les règles ne sont pas claires.
Cette situation soulève une question plus large : jusqu'où accepter que l'IA explore nos données pour produire des réponses toujours plus pertinentes ? À force de vouloir tout connecter, Microsoft semble avoir sous-estimé l'importance des limites. Une technologie aussi puissante exige une rigueur exemplaire, tant sur le plan technique que sur celui du respect de la vie privée.
À court terme, les utilisateurs peuvent ajuster certains paramètres et rester vigilants. À long terme, c'est surtout à l'éditeur de revoir sa copie. Sans transparence réelle ni contrôle simple, l'IA risque de devenir synonyme de méfiance plutôt que de progrès.