Voilà pourquoi ces feux tricolores passent au rouge sans raison apparente

Voilà pourquoi ces feux tricolores passent au rouge sans raison apparente

Dans certaines rues, vous avez certainement déjà du stopper à cause d'un feu tricolore qui passait au rouge alors qu'il y avait ni piéton ni autre véhicule. Malgré les apparences, il y a une bonne raison à cet arrêt imposé.

Alors que vous roulez tranquillement dans une rue dégagée, un feu tricolore passe brusquement au rouge, vous imposant un arrêt ou au moins un ralentissement. Il n'y a pourtant aucun piéton prêt à traverser, ni véhicule provenant d'une rue transversale. Plus étonnant, le feu repasse automatiquement au vert en une seconde !

Ce comportement étrange, et souvent frustrant, ne résulte pas d'un défaut de conception ou d'un dysfonctionnement. Au contraire, il est intentionnel et vise un but très particulier. Dans plusieurs villes françaises, ces feux particuliers sont de plus en plus fréquents, et ils ne fonctionnent pas comme les feux classiques que l'on connaît depuis toujours.

Ces dispositifs sont souvent appelés feux tricolores "récompense" ou "micro-régulés". Ils restent au rouge de base, puis passent au vert seulement si un véhicule arrive en respectant la limitation de vitesse définie — typiquement 30 ou 50 km/h. Si la vitesse dépasse la limite, le feu n'accorde pas le passage immédiatement ou retarde le vert.

© annebel146 - 123RF

Ce système repose sur des capteurs — souvent des radars doppler — placés avant le feu. Ils mesurent la vitesse des véhicules qui s'en approchent. Si vous ralentissez suffisamment à l'avance, le feu s'illumine en vert à votre arrivée. L'objectif affiché par les collectivités qui les installent est simple : calmer le trafic et encourager une conduite plus sage et plus régulière, tout en lissant les vitesses pour réduire les freinages brusques ou les petits chocs aux abords des zones urbaines.

Cette logique peut dérouter. Pour un conducteur pressé, un feu qui passe systématiquement au rouge alors qu'il n'y a ni voiture ni piéton peut sembler inutile ou arbitraire. Pourtant, la règle n'est pas anarchique. Depuis l'arrêté publié au Journal officiel en avril 2021, ces feux tricolores dits "récompense" sont officiellement autorisés en France, mais sous conditions très encadrées. Ils doivent être installés en agglomération, sur des portions de voie simple, loin des intersections et passages piétons.

Ce cadre légal interdit toutefois un autre type de dispositif, celui qu'on appelait feu "sanction". Contrairement au feu "récompense", ce dispositif basculait au rouge à cause d'une vitesse excessive, même si aucun autre usager n'était présent. Cette forme de feu tricolore, qui aurait pu sembler logique pour punir les excès de vitesse, a été rappelée comme illégale et doit être reconfigurée ou retirée quand elle est encore en service.

Concrètement, si vous voyez un feu isolé en pleine ligne droite, souvent précédé d'un panneau indiquant que le respect de la vitesse permet au feu de passer au vert, c'est un feu "récompense". Il peut sembler "passer au rouge sans raison" parce qu'il reste au rouge jusqu'à ce qu'un véhicule soit détecté à la bonne allure. Ces feux ne violent pas le Code de la route : ils sont bel et bien des feux tricolores au même titre qu'un carrefour classique, et leur non-respect est puni comme n'importe quel feu rouge selon l'article R412-30 du Code de la route.

Pour les conducteurs, la clé est simple : lever le pied à l'approche de ce type de signalisation, garder une vitesse stable en respectant les limitations et ne pas considérer ces feux comme un obstacle arbitraire. En réalité, ils combinent signalisation et régulation, encourageant une conduite plus fluide et plus sûre en milieu urbain.