On l'accuse de tous les maux : ce gaz à effet de serre est pourtant indispensable à la vie sur Terre

On l'accuse de tous les maux : ce gaz à effet de serre est pourtant indispensable à la vie sur Terre

Il est souvent présenté comme le grand responsable du dérèglement climatique. C'est vrai, mais incomplet. Car s'(il participe à l'effet de serre, ce gaz est aussi à la base de toute vie sur Terre. Petit rappel scientifique.

Dans le débat climatique, le dioxyde de carbone – plus connu sous le nom de CO2, son appellation chimique – a fini par incarner le mal absolu. On le pointe, on le comptabilise, on cherche à l'éliminer, en l'accusant de tous les maux qui frappent la planète. Cette focalisation est légitime, mais elle occulte une réalité que la science enseigne depuis des siècles : le CO2 est indispensable à la vie telle que nous la connaissons. Pas malgré ses propriétés, mais précisément grâce à elles.

Commençons par le commencement. Le CO2 est vital pour la photosynthèse et le cycle du carbone – le C de CO2, le O désignant l'oxygène. Sans lui, la vie telle que nous la connaissons serait impossible. Les plantes absorbent le dioxyde de carbone, le décomposent grâce à l'énergie solaire, libèrent l'oxygène que nous respirons et conservent le carbone pour construire leur biomasse. C'est la base de toute la chaîne alimentaire sur Terre – des algues microscopiques aux forêts tropicales. Le CO2 est la source essentielle du carbone minéral transformé en carbone organique par la photosynthèse, sans laquelle la vie n'est pas possible sur la Terre. Et comme beaucoup d'animaux, nous le produisons simplement en respirant ! 

Ce même gaz joue un second rôle fondamental : il participe à l'effet de serre naturel, qui maintient notre planète à une température habitable. Sans gaz à effet de serre, la température moyenne de la Terre avoisinerait les -18°C, plutôt que la moyenne actuelle de 15°C. Ce n'est pas le CO2 qui est problématique en lui-même – c'est son accumulation anormale dans l'atmosphère sous l'effet des activités humaines qui dérègle un équilibre naturel finement réglé sur des millions d'années.

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Car cet équilibre a existé, et il était remarquable. À l'échelle des temps géologiques, la principale source de CO2 naturelle est constituée par les volcans. Le temps de résidence du CO2 dans l'atmosphère est de l'ordre de 100 ans. Pendant des centaines de milliers d'années, les concentrations atmosphériques de CO2 ont oscillé entre 180 et 280 ppm – parties par million – selon les cycles glaciaires et interglaciaires, dans un ballet parfaitement synchronisé avec les températures. En novembre 2020, la concentration de CO2 atmosphérique a atteint 413 ppm, alors qu'elle était de l'ordre de 280 ppm jusqu'à la révolution industrielle. En 2024, elle dépasse 422 ppm à l'échelle mondiale. C'est cette rupture brutale du cycle naturel – et non le CO2 lui-même – qui constitue le problème.

La nuance mérite d'être soulignée avec soin, parce qu'elle est souvent mal comprise. Le CO2 contribue à l'effet de serre total actuel à hauteur de 20 à 30 %, contre 60 à 70 % pour la vapeur d'eau. C'est la vapeur d'eau qui est le premier gaz à effet de serre naturel. Mais sa concentration dans l'atmosphère est directement contrôlée par la température – elle amplifie les changements sans en être le moteur. Le CO2, lui, peut jouer un rôle moteur précisément parce que sa concentration ne dépend pas uniquement de la température et que sa durée de vie dans l'atmosphère est centenaire. C'est pour cette raison que les scientifiques le surveillent avec une attention particulière : pas parce qu'il est intrinsèquement dangereux, mais parce qu'il est le levier sur lequel les activités humaines agissent le plus directement.

Il faut aussi mentionner un effet paradoxal que la vulgarisation climatique passe souvent sous silence : une concentration légèrement accrue de CO2 stimule la croissance des végétaux. Une augmentation de la concentration atmosphérique en CO2 accélère la photosynthèse, en entraînant le plus souvent une augmentation de la vitesse de croissance des arbres. C'est d'ailleurs pour cela que les serriculteurs en injectent délibérément dans leurs cultures. Mais cet effet bénéfique localisé ne compense pas les déséquilibres globaux – acidification des océans, dérèglements des précipitations, fonte des glaces… – qu'entraîne le surplus atmosphérique à l'échelle planétaire.

Remettre le CO2 à sa juste place n'est pas du climato-scepticisme : c'est de la rigueur scientifique. Ce gaz n'est pas un poison pour l'homme o la nature : c'est un acteur clé d'un système d'une complexité remarquable, que deux siècles d'industrialisation intensive ont profondément déséquilibré. Le comprendre vraiment, c'est mieux mesurer l'ampleur du défi : il ne s'agit pas d'éliminer une substance nuisible, mais de restaurer un équilibre que la nature avait mis des millions d'années à construire et que l'activité humaine a détruit. C'est le défi qui nous attend les prochaines années.