Piratage de la DGFiP : les données fiscales de près de 680 000 personnes potentiellement compromises
La DGFiP a confirmé avoir été victime d'une cyberattaque, qui pourrait avoir compromis les données fiscales de près de 680 000 personnes. Une seconde fuite, cette fois liée aux données cadastrales, a également été revendiquée.
L'hécatombe continue pour les services publics français ! Comme l'a repéré le site spécialisé French Breaches, un cybercriminel a revendiqué être parvenu à pirater la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Face à ces allégations, Bercy a fini par confirmer, le jeudi 13 août par le biais d'un communiqué, qu'un acteur malveillant avait bel et bien réussi à accéder à son système d'information et à extraire des données concernant des particuliers et des professionnels. Si le pirate affirme avoir dérobé les informations de près de 700 000 personnes, l'administration fiscale n'a toutefois pas encore confirmé précisément l'ampleur de la fuite ni la nature de l'ensemble des données compromises. Pire : le cybercriminel revendique également une seconde fuite, cette fois concernant les données cadastrales de plus de 2 millions de personnes.
Piratage DGFiP : des investigations qui sont toujours en cours
Tout a commencé le 12 août, lorsqu'un cybercriminel se faisant appeler ZeroBytes a revendiqué sur un forum spécialisé le piratage de la DGFiP. Selon ses affirmations, il aurait récupéré les données de 678 000 personnes, et plus particulièrement 392 867 comptes de particuliers et 285 570 comptes professionnels. Bercy, de son côté, se garde pour l'instant de confirmer ce nombre. Il indique seulement que "des investigations approfondies se poursuivent afin de déterminer précisément les données et le nombre d'usagers concernés".
L'administration confirme toutefois l'essentiel des faits avancés par le pirate. L'accès frauduleux au système d'information de la DGFiP a eu lieu à la fin du mois de juin 2026, à la suite d'une usurpation d'identité d'une personne disposant d'un accès "au système d'information". Autrement dit, le pirate n'a pas exploité une faille permettant d'entrer librement dans les systèmes informatiques du fisc, mais a utilisé l'identité d'une personne disposant déjà d'un accès au système d'information. L'accès a ensuite été coupé dans le cadre d'un contrôle réalisé par l'administration.
La nature des informations exposées constitue l'autre grande inconnue de cette affaire. Les éléments présentés par le pirate font état de données particulièrement sensibles : noms, dates de naissance, adresses, situation familiale, nombre de personnes à charge, mais aussi des informations liées au patrimoine immobilier, comme les identifiants fonciers, le taux de prélèvement à la source et des renseignements sur les biens détenus. Le revenu fiscal de référence et l'historique de certaines demandes adressées aux services fiscaux apparaissent également dans l'échantillon de données mis en avant.
Pire encore, toujours selon French Breaches, une seconde cyberattaque aurait visé le Serveur Professionnel de Données Cadastrales (SPDC) de la DGFiP. ZeroBytes affirme avoir obtenu un accès à ce système, via un contournement de l'authentification multifacteur, puis avoir extrait 252 149 lignes correspondant, selon lui, à 2 041 778 personnes. Cette fois, il s'agirait de données essentiellement cadastrales : noms et prénoms, dates et lieux de naissance, adresses, identifiants fonciers, références de parcelles et association entre les titulaires et les biens.
La DGFiP n'a pas confirmé ces éléments à ce stade. Elle indique seulement que les données concernent à la fois des particuliers et des professionnels et qu'elle cherche encore à déterminer précisément quelles informations ont été consultées ou extraites.
Dès la publication de la première revendication, la DGFiP a mis en place de nouvelles mesures de restriction, et elle collabore avec l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) et le service du Haut fonctionnaire de défense et de sécurité (SHFDS) des ministères économiques et financiers afin de connaître l'étendue des dégâts. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) va également être notifiée et une plainte déposée, comme il est de coutume dans cette situation. Les personnes concernées par l'intrusion recevront quant à elles dans les plus brefs délais "une information individuelle précisant les données susceptibles d'avoir été consultées ou extraites et, le cas échéant, les mesures de vigilance à adopter".
Piratage DGFiP : jamais deux sans trois ?
Si les allégations du pirate se confirment, une telle combinaison d'informations peut se révéler extrêmement dangereuse. Les cybercriminels pourraient mettre au point des tentatives d'escroquerie particulièrement crédibles. Un fraudeur disposant de renseignements précis sur la situation d'un contribuable pourrait par exemple se faire passer plus facilement pour un organisme public, une banque ou un autre interlocuteur de confiance.
De même, des informations patrimoniales détaillées pourraient également permettre à des escrocs de cibler certaines personnes en fonction de leur situation financière ou de leur patrimoine, voire d'organiser des cambriolages ciblés. En effet, selon l'échantillon présenté par le pirate, certains revenus fiscaux atteignent plusieurs centaines de milliers d'euros. 386 d'entre eux dépasseraient même les 1 million d'euros et 8 les10 millions d'euros…
Cette nouvelle attaque (et potentiellement la deuxième) est d'autant plus préoccupante que ce n'est pas la première fois que la DGFiP est piratée. En effet, en février dernier, un cybercriminel était déjà parvenu à accéder au fichier national des comptes bancaires (FICOBA), qui recense les comptes ouverts en France. Il avait ainsi pu s'emparer des IBAN et des RIB de 1,2 million de personnes, les exposant à des arnaques en tous genres, mais aussi à des prélèvements bancaires frauduleux et à des usurpations d'identité (voir notre article). Notons que le pirate qui a revendiqué les deux attaques de cet été, ZeroBytes, serait également lié aux cyberattaques ayant touché Intermarché, Eva GG et la Fédération française de handball (FFHandball).
